COMMUNICATION: L'Observatoire mondial des médias pour veiller au respect del'éthique dans la presse

PORTO ALEGRE, Brésil, 29 jan (IPS) – L'Observatoire mondial des médias (Global Media Watch) encouragera la création de comités nationaux pour observer les violations de l'éthique journalistique dans différents pays, a annoncé l'organisation à la fin du troisième Forum social mondial annuel (FSM), mardi.

Les comités nationaux devant être financés par l'organisme d'observation des médias, créé l'année dernière par l'agence internationale de presse Inter Press Service (IPS) et le quotidien français, Le Monde Diplomatique, fourniront un instrument destiné à protéger les journalistes et le public de la "manipulation", a déclaré Roberto Savio, président émérite de IPS et membre de la commission internationale du FSM.

Le but de l'organisation est de dénoncer et de se documenter sur des violations de l'éthique, du droit des citoyens à l'information plurielle, et du libre exercice du journalisme.

Selon Savio, la dénonciation est fondamentalement sujette à deux genres de pressions : celle du marché, qui met les intérêts économiques en présence de l'éthique; et celle de la politique, quand des propriétaires des organes de presse les mettent au service des luttes pour le pouvoir.

Un cas patent de manipulation a été noté dans la ville italienne de Florence en novembre, à l'occasion du Forum social européen, a indiqué Savio, qui a été nommé secrétaire général de l'Observatoire mondial des médias.

Un journal italien très influent a demandé aux gens du coin de boycotter le forum social en fermant les magasins, les hôpitaux et autres services, et a prévenu que la ville serait envahie par des "vandales" qui détruiraient un des centres de la culture européenne, a poursuivi Savio.

Mais la marche du Forum social européen, qui a amené un million de personnes à manifester contre une guerre des Etats-Unis contre l'Irak, a montré que la population locale a "vite compris les mensonges du journal" et s'est jointe en grand nombre à la manifestation de paix, a-t-il souligné.

Cependant, le journal a écrit que tout ce qu'il avait prédit s'était en fait réalisé, a ajouté Savio.

L'Observatoire mondial des médias, qui sera basé en France, sera présidé par le directeur du Monde Diplomatique, Ignacio Ramonet. Les vice-présidents de l'organisation seront le directeur général de IPS, Mario Lubetkin et le journaliste Joaquim Palhares, de l'agence brésilienne de presse Carta Maior.

Selon les statuts et charte des principes de l'organisation, les comités nationaux seront composés de trois membres : des représentants de la presse et du public, et un membre de la communauté universitaire qui apportera la méthodologie et les bases scientifiques pour l'évaluation de la conduite éthique des médias.

Des comités nationaux d'observation des médias ont été déjà installés en Argentine, en Uruguay et au Venezuela, et un autre est en cours de création au Brésil, selon Palhares.

Au cours du FSM, qui a pris fin mardi dans la ville brésilienne de Porto Alegre, dans le sud, un tribunal international a également commencé par "juger" des affaires "d'extrême manipulation" des médias, comme ce qui se passe actuellement au Venezuela, a déclaré le réalisateur italien de film Gabriele Nunzio, qui a produit un film sur l'histoire vénézuélienne.

Le tribunal, mis en place par des organisations vénézuéliennes, et des personnalités internationales comme le Prix Nobel de la paix, l'Argentin Adolfo Pérez Esquivel, consistait en un "jury" de quatre membres, dont l'écrivain pakistanais Tariq Ali ainsi que l'écrivain et activiste canadien Naomi Klein, auteur du livre 'Pas de logo'. Près d'une douzaine de journalistes et d'activistes ont témoigné devant le jury et une audience d'environ 300 personnes, décrivant le contrôle monopolistique que le mouvement d'opposition, qui cherche la démission du président Hugo Chávez, exerce sur la presse.

Ils ont également attiré l'attention sur la complicité présumée entre les propriétaires des organes de presse privés du Venezuela, les affaires et les responsables militaires qui ont dirigé la tentative de coup d'Etat manqué en avril, qui a démis Chávez de ses fonctions pendant deux jours. De plus, ils se sont plaints du manque de professionnalisme au sein des journalistes au Venezuela.

Savio a insisté que l'Observatoire mondial des médias était différent du tribunal international en ce que son but n'est pas de "condamner les médias", mais d'alerter les citoyens sur de possibles tentatives de manipulation.

En outre, il n'est pas axé sur des critères politiques comme le tribunal, mais sur une analyse rigoureuse des informations, qui couvrent des aspects économiques, sociaux et culturels, et pas seulement des aspects politiques, a-t-il fait remarquer.

La participation des chercheurs d'université et l'application stricte des règles scientifiques et la méthodologie visent à empêcher l'Observatoire mondial des médias de devenir un instrument de campagnes politiques, a expliqué Savio.

L'objectif "n'est pas de pratiquer la censure", mais de d'offrir des instruments permettant aux consommateurs de l'information et aux journalistes de parvenir à leurs propres conclusions sur des tentatives de manipulation, de dissimulation de l'information, de distorsions des événements, de fabrications et de propagande. Les sanctions seront éthiques, a ajouté Savio.

Dans un projet de ce genre, la crédibilité est capitale, ce qui veut dire que les normes scientifiques et professionnelles sont "indispensables", a-t-il souligné.

Les problèmes relatifs à la communication et à l'information étaient au centre des discussions animées pendant le FSM qui a duré six jours, et a commencé jeudi dernier.

Dans un séminaire organisé lundi par IPS et Le Monde Diplomatique, Ramonet a estimé que la presse ne constituait plus le soi-disant quatrième pouvoir, en tant qu'une force critique pour la défense des citoyens contre les trois pouvoirs de l'Etat.

Selon Ramonet, ce rôle a perdu son importance, en partie à cause des liens de la presse avec de gros intérêts économiques privés, dans le contexte actuel de globalisation et du rôle croissant des compagnies transnationales.

Cet espace doit être maintenant occupé, a-t-il indiqué, par le "cinquième pouvoir" — une société civile organisée.

Pour sa part, Savio a rappelé une tentative de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) dans les années 70 pour favoriser des débats et des changements dans le système mondial d'information et de communications.

L'initiative, connue sous le nom de "Nouvel ordre mondial dans l'information et la communication", a été tournée en dérision par les grands organes de presse, et les Etats-Unis ont retiré leurs contributions à l'UNESCO, a-t-il souligné.