DROITS-NAMIBIE: Le parlement va relancer le projet de loi sur la violencedomestique en février

WINDHOEK, 16 jan. (IPS) – Les Namibiens attendent impatiemment l'ouverture du parlement en février afin qu'il réactive le "Projet de loi pour combattre la violence domestique" qui a été mis en suspens à la fin de l'année dernière.

Les esprits qui s'échauffaient dans la Chambre entre les députés de sexe masculin et ceux de sexe féminin, ont poussé à reporter, en février, les débats sur le projet de loi.

Les 78 législateurs – 56 hommes et 22 femmes – en sont presque venus aux mains et se sont appelés par des termes injurieux comme "auteurs de violence domestique, sorcières, briseurs de foyer et arracheuses de mari".

Certains députés hommes ont dit qu'il n'était nullement pas nécessaire pour la Namibie d'avoir une loi séparée, qui ne traite que de la violence domestique. Ils ont exprimé des inquiétudes au sujet de certaines clauses qui permettront aux organes d'application de la loi d'enquêter sur des cas signalés de violence domestique au foyer.

Ils pensent qu'en entrant dans les maisons et dans les chambres à coucher, la police violera la vie privée des gens, une disposition faisant partie intégrante de la constitution en Namibie.

Les différences nettes, entre les législateurs, ont conduit au renvoi du projet à la "Commission parlementaire permanente sur le genre" pour des études plus approfondies.

La Namibie, avec une population d'environ 1,8 million d'habitants, connaît un fort taux de violence domestique. La plupart des affaires de violence domestique comprennent les mauvais traitements infligés à la femme et à l'enfant ainsi que les injures. Plus de 2.000 cas de violence domestique sont rapportés à la police chaque année, selon des groupes de défense de droits humains.

Selon Mose Tjitendero, président du parlement, l'institution fera en sorte que le projet de loi soit voté. La 'Commission parlementaire permanente sur le genre' est en consultations avec les parties prenantes dans ce pays d'Afrique australe pour solliciter des contributions sur certaines dispositions du projet de loi qui ont suscité des débats à la Chambre.

"Certains des détails ne sont pas acceptables pour certains citoyens; c'est leur droit. La violence est la violence et elle doit être éradiquée", affirme-t-il.

"Les chambres à coucher doivent être respectées, à condition qu'elles soient des lieux de romance, d'amour et d'affection. Mais si elles sont transformées en abattoirs, alors elles n'échapperont pas à l'autorité de la loi", déclare Tjitendero.

Il condamne également le meurtre des épouses, ou des partenaires, en Namibie. "Nous devons traiter cela (le meurtre) comme un acte criminel, qui n'est dirigé contre aucun groupe, ni contre les hommes ni contre les femmes", estime Tjitendero.

Les Namibiens se rappellent encore un incident dans lequel Thomas Florin, un boucher, a tué sa femme, Monique, a démembré son corps, a préparé sa chair, et a caché les restes dans le plafond de leur maison.

Florin aurait soi-disant suspecté sa femme d'avoir une liaison avec un autre homme. Il a été condamné à la prison à vie – une année après le meurtre survenu dans la ville côtière namibienne de Swakopmund, en 1998.

Dans un autre incident, un policier s'est déchaîné, il y a deux ans, tuant deux personnes ayant des relations avec sa copine, avec un fusil d'assaut AK-47, alors qu'il cherchait sa copine qui l'avait laissé tomber. Au moment de l'incident, la copine était sous la protection de la police après que son copain a continué de l'agresser et de menacer de la tuer si elle ne reprenait pas avec lui. L'affaire est toujours au tribunal, puisqu'on a prescrit au policier de suivre un examen psychiatrique pour déterminer sa santé mentale.

Des femmes députées, comme Margareth Mensah, sont déçues par le fait que parlement n'ait pas pu voter le projet de loi l'année dernière.

Vêtue de noir, symbole du deuil, Mensah a déclaré que les femmes en Namibie continuaient d'être maltraitées par leurs partenaires et époux et que le retard dans le vote du projet de loi ne faisait que permettre la perpétuation de cet abus.

Selon elle, la loi actuelle en Namibie ne protège pas les femmes contre la violence conjugale, puisque les organes d'application de la loi perçoivent cet abus comme une question de foyer qui doit être réglée par le couple lui-même ou par les membres de la famille et non au tribunal.

Une étude nationale initiée par la Commission de réforme juridique et de développement (LRDC) a montré que plus d'un cinquième de tous les crimes violents en Namibie ont lieu dans le contexte des relations familiales.

Il y a également une dimension genre dans les activités criminelles se déroulant en Namibie. Sur plus de 2.000 cas de violence conjugale rapportés à la police annuellement, 86 pour cent des victimes sont des femmes, contre seulement 14 pour cent d'hommes, selon un rapport du LRDC. Dans les crimes violents, autres que la violence conjugale, près de 60 pour cent des plaintes viennent des hommes et environ 40 pour cent viennent des femmes. Le rapport confie que, si la violence domestique pouvait être éradiquée de la société, les femmes seraient beaucoup plus à l'abri de la violence.

Le rapport souligne que le plus grand nombre de violences à l'encontre des femmes est perpétré par leurs copains soit au cours de leur amitié, soit après leur rupture. La plus courante est la violence commise par des maris contre leurs femmes, suivie par la violence commise par des frères contre leurs sœurs. Il a été également établi que, dans la plupart des cas, le plaignant et l'accusé vivent dans la même maison au moment de la violence.

Dianne Hubbard de la Campagne multimédia sur la violence à l'encontre des femmes et des enfants, une organisation non gouvernementale (ONG), estime que la violence domestique est devenue un crime insupportable et que la promulgation de la loi introduirait des règles meilleures pour traiter des affaires criminelles qui surviennent au domicile.

Hubbard souligne que le projet de loi peut également traiter de dispositions spéciales ayant rapport à la caution et aux mécanismes pour garder au secret l'identité des partenaires, afin que la crainte de la publicité ne puisse pas influencer les gens et les dissuader de rapporter le crime.

"Plus important encore, le projet de loi prévoit des règles de procédure pour la protection des personnes qui ont souffert de la violence domestique, mais sont réticentes à intenter des poursuites pénales. Dans le contexte domestique, la victime peut dépendre émotionnellement et financièrement de l'auteur", ajoute Hubbard.

Les règles de protection, dit-elle, constituent une autre façon de décourager de nouveaux actes de violence, sans nécessairement envoyer quelqu'un en prison, tandis que le système peut fonctionner comme une importante forme de prévention du crime.

On croit généralement que le Projet de loi pour combattre la violence domestique est l'une des lois namibiennes qui ont fait l'objet d'études et de recherches approfondies, tandis que des consultations appropriées ont été également initiées pendant plus de huit ans avant qu'il ne soit déposé sur la table du parlement pour être débattu à la fin de l'année dernière.

En préparation au projet de loi, le gouvernement namibien a organisé des audiences publiques dans 19 endroits à travers le pays entre 1996 et 1997.

La plate-forme a été utilisée pour solliciter des opinions et des contributions de la part du public. De larges consultations ont été également effectuées avec des responsables de l'Afrique du Sud, qui a réussi à réduire la violence domestique à travers des règles de protection.

La Campagne multimédia sur la violence à l'encontre des femmes et des enfants a recommandé aux législateurs de voter la loi dès que possible, puisque sans elle, la violence domestique ne sera jamais éradiquée.

Des ONG et des Groupes de femmes font également pression pour s'assurer que le parlement votera le projet de loi, sans difficulté, en février prochain.