KAMPALA, 14 jan. (IPS) – Musa Musisi, 48 ans, vend du charbon de bois à Wandegeya, une banlieue de Kampala, la capitale de l'Ouganda. Heureusement pour lui, les coûts élevés de l'électricité ont ramené les abonnés au charbon de bois.
Dans son petit stand, sombre et broussailleux à Wandegeya, Musisi livre des sacs de charbon, une source régulière d'énergie pour la cuisine.
Chaque matin, un camion de charbon venant du district de Nakasongola, au nord de Kampala, est livré à Wandegeya où Mususi vend un sac à 6.000 shillings (4 dollars US).
Grâce à la vente de charbon, Musisi a réussi à construire une petite maison familiale et à scolariser ses enfants. Pour lui, vendre du charbon est un moyen de gagner sa vie.
"Le marché est florissant et je n'ai aucun problème avec mon commerce.
Chaque jour, je vends presque tout mon stock", affirme Musisi.
"L'Ouganda consomme de l'énergie à un taux légèrement supérieur à une quantité équivalente de cinq millions de tonnes de pétrole par an. Plus de 90 pour cent de cette masse est constitué de biomasse (bois, charbon et résidus agricoles) qui est la principale source d'énergie pour la plupart des ménages", selon le document de Van Nicholas Wamariala, "Développement et gestion des ressources hydroélectriques en Ouganda', présenté en Norvège en juin 2002.
Actuellement, 6 pour cent seulement de la population ougandaise a accès à l'électricité, selon l'Office ougandais d'électricité (UEB). L'Ouganda a un énorme potentiel hydroélectrique, même si moins de 10 pour cent seulement a été exploité.
Tandis que les populations rurales — qui constituent plus de 90 pour cent des 23 millions d'Ougandais — abattent des arbres pour le bois de chauffage, les citadins les utilisent pour le charbon de bois, une pratique qui ne fait qu'aggraver la déforestation.
Le bois de chauffage est également utilisé pour faire le marwa (une bière locale préparée à partir du petit mil et du sorgho). Des écoles et universités l'utilisent également pour la cuisine.
"Il y a en effet un marché pour le bois de chauffage à Kampala. J'ai vendu le bois de chauffe et j'ai mis mes enfants à l'école avec l'argent que je gagne dans ce commerce", affirme Joseph Kissule, qui vend du bois de chauffe à Kalerwe, une banlieue pauvre de Kampala.
Le gros du charbon de bois vendu à Kampala vient des districts environnants : Nakasongola, Kiboga, Bugiri, Kamuli et Kayunga. Une autre partie vient des petites forêts autour de Kampala, comme Mpigi et Mukono, où la combustion du charbon est faite.
"La plupart des consommateurs préfèrent le charbon parce que c'est abordable", indique Julius Kibombo, un habitant de Nateete, une autre banlieue de Kampala. Pour lui, dépenser plus de 80.000 shillings (40 dollars US) par mois en électricité est beaucoup trop élevé. Un sac de charbon coûte 6.000 shillings (4 dollars US).
En mai 2001, le gouvernement avait augmenté les prix de l'électricité de 60 pour cent, les faisant passer de 100 shillings à 168 shillings/unité pour les abonnés domestiques. Une maison moyenne utilise 500 unités, dont la grande partie va dans la cuisine et le chauffage.
"Pour un Ougandais moyen, cela (le tarif) est trop élevé", estime Kibombo.
Le gouvernement envisage d'étendre le barrage kiira, situé le long des berges du Lac Victoria, afin que 80 mégawatts supplémentaires d'électricité puissent être produits pour une plus large distribution.
En 1999, le gouvernement a signé un contrat avec une compagnie américaine, AES Nile Power, pour la construction d'un autre barrage à Bujagali, à Jinja, à 80 kilomètres à l'est de Kampala, pour fournir l'électricité – avec les autres centrales électriques – pour tout le pays. L'accord a suscité beaucoup de controverses entre les écologistes et les industriels. Le projet a été interrompu, avec le retrait des principaux donateurs et autres partenaires.
"Selon moi, la construction du barrage de Bujagali aurait même aggravé le problème. Oui, il y aurait plus d'électricité produite, mais les prix auraient également augmenté", estime un ingénieur du ministère de l'Energie, qui a préféré garder l'anonymat.
Tous les 320 mégawatts d'électricité, produits depuis Nalubaale, Kiira et Kasese, ne sont pas consommés actuellement à cause des tarifs élevés..
Aux termes de l'ancienne politique gouvernementale, la plantation d'arbres ne pouvait se faire que dans des réserves forestières, et par le gouvernement. Une nouvelle politique encourage les locaux à planter des arbres.
Selon Godfrey Achaye, directeur des forêts au ministère des Forêts, les terres forestières reculent depuis des années en raison de l'accroissement des populations, qui ont besoin de plus de terres pour l'agriculture, du développement industriel, ainsi que de l'abattage des arbres pour l'énergie.
Avant l'indépendance de cet ancien protectorat britannique en 1962, entre 30-40 pour cent du territoire ougandais était couvert de forêt. Aujourd'hui, 6 à 7 pour cent seulement du pays est couvert de forêt, selon Achaye. La cuisson de briques provoque également la déforestation, poursuit-il.
Les populations locales, qui abattent des arbres pour l'énergie, utilisent également les sols fertiles pour la culture ainsi que pour le pâturage.
Le département des Forêts met en contact des communautés ou des individus, qui cherchent à planter des arbres, leur fournit la connaissance technique et, quelquefois, les ressources pour la production des pépinières.
"Présentement, parce que le gouvernement n'a pas assez de ressources pour planter des arbres, le département encourage les petits agriculteurs à acquérir la terre dans les réserves forestières qui sont ouvertes, à faire leurs propres plantations. Les arbres leur appartiennent, mais la terre appartient toujours au gouvernement", explique Achaye.
"Un bon nombre de personnes a commencé cette activité et cela marche bien", souligne-t-il.
Les agriculteurs locaux intéressés demandent un permis de cinq ans et reçoivent cinq hectares pour démarrer. Ce faisant, il y a eu une énorme quantité de plantations et une assistance à travers ce pays d'Afrique orientale. Selon un programme quinquennal de l'Union européenne, seuls ceux qui désirent planter des arbres pour le bois peuvent entrer en possession des terres. Le projet a démarré en juillet 2002.
"Nous voulons nous concentrer sur quelques espèces (d'arbres) qui sont prometteuses, nous essayerons d'autres espèces aussi qui poussent relativement très vite, à condition qu'elles s'acclimatent bien dans le pays", affirme Achaye.
Actuellement, les agriculteurs préfèrent l'eucalyptus, qui pousse très vite.
Ils en plantent jusqu'à 50 hectares.
"Le plus gros de la déforestation se déroule à la lisière des réserves forestières qui constitue actuellement 70 pour cent de la couverture forestière dans le pays" ajoute Achaye.
Les effets de la déforestation sont vastes. Pendant que les forêts créent un sol fertile et servent de zones de captage d'eau, elles influent sur les moyens d'existence, y compris les températures.
"En tant que pays agricole, comme c'est le cas de l'Ouganda, nous avons réellement besoin de protéger nos arbres", affirme Achaye.
L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime à 100.000 hectares, le volume d'arbres abattus en Ouganda chaque année. Et, aussi longtemps que les prix élevés de l'électricité continueront à nuire aux consommateurs potentiels, l'usage du combustible de bois restera toujours la meilleure option.

