BRAZZAVILLE, 9 jan. (IPS) – Les habitants de Brazzaville, la capitale du Congo, ne résistent pas à acheter à manger dans des restaurants douteux qui prolifèrent dans la ville, au mépris des règles d'hygiène.
Sous des arbres et à côté des immondices, quelques gargotes improvisées – un gril et quelques planches en bois surmontées d'un toit en tôle ondulée – servent de précieux en-cas. Cuisses de poulets, ailes de dinde, gésiers, haricots, morceaux de maniocs, riz… servis dans des sachets à emporter et dont la qualité est douteuse, sont consommés sans encombre par les habitants de Brazzaville.
Selon le chef du Service d'hygiène de Brazzaville, Dr Gabriel Eleka, tout se passe comme s'ils étaient devenus des "acheteurs de maladies" dans la rue.
"Les Congolais sont des acheteurs de maladies. Nous sommes nous-mêmes les auteurs de la dégradation de notre santé. Si les Congolais sont informés et s'obstinent, c'est une aliénation", souligne-t-il.
Malgré les risques que fait planer la consommation des aliments dans des endroits insalubres, Bienvenu Afalewou, couturier, se réjouit de manger ces repas. "Certes, la préparation et l'exposition de ces aliments aux microbes constituent un réel problème de santé, j'en consomme parce qu'il fait partie de ce que j'appelle l'action rapide", déclare-t-il.
"Je ne justifie pas cela par le manque de moyens financiers comme les gens ont l'habitude de le dire. Pour moi, c'est un choix, une préférence. Je suis plus friand des grillades que de la nourriture cuite à la maison", renchérit Afalewou, apparemment inconscient du danger.
La vente dans la rue des aliments est en grande partie à l'origine de nombreux cas de fièvre typhoïde enregistrés dans des centres de santé et hôpitaux de la capitale. Cette infection est en passe de devenir la quatrième cause de consultation médicale et de mortalité après le paludisme, le SIDA et la tuberculose.
Maladie de l'insalubrité, la fièvre typhoïde est tributaire des conditions d'hygiène. "A Brazzaville, au sortir de la guerre civile de 1997, les populations ont vécu dans un environnement très pollué. En dehors de certains éléments non négligeables, s'ajoute le manque de dépotoirs publics dans les grands marchés de la place", indique Dr Eleka.
"Dans ces marchés, les aliments faisandés, exposés à la poussière et attirant les mouches, sont proposés aux clients. Et les Congolais, victimes de la pauvreté, sont obligés de les acheter à moindre coût. Ce faisant, ils achètent aussi la maladie", explique-t-il.
Le sérodiagnotic de Widal et Félix (SDW) est l'examen le plus demandé à Brazzaville pour le dépistage de la fièvre typhoïde. "Sa prescription a connu une forte hausse après les événements de 1997-1998. Sa positivité constitue un excellent indice de la dégradation des conditions hygiéniques, qui a caractérisé cette période, indépendamment du facteur saisonnier, car la maladie sévit à l'état endémique tout au long de l'année", révèle le directeur général du Laboratoire national de santé publique (LNSP), le professeur Henry Joseph Para.
De 25,28 pour cent en 1997, la séropositivité au sérodiagnotic SWD a atteint le taux de 48,85 pour cent en 2000, avant d'amorcer une descente à partir de 2001, avec 46,64 pour cent de positivité. Cette légère chute est le résultat de l'organisation, l'année dernière au LNSP, des campagnes de vaccination contre la typhoïde.
Pour le ministre de la Santé et de la Population, Alain Moka, la maladie est l'indicateur d'un manque de propreté, d'assainissement et d'hygiène. Les données officielles indiquent que seuls 14 pour cent de la population urbaine et 7 pour cent des ruraux ont accès à un environnement sain. Globalement, 70 pour cent des Congolais vivent en dessous du seuil de pauvreté, 30 pour cent souffrent de la faim, alors que 46 pour cent des Brazzavillois ignorent l'usage de la poubelle, selon des chiffres officiels.
Le Congo compte 3,2 millions d'habitants dont 900.000 à Brazzaville.
"On aura beau vacciner, mais tant qu'il y aura moins de règles d'hygiène, tant que l'individu seul n'aura pas le réflexe de se laver les mains avant de manger, tant que la femme qui prépare ne lavera pas les légumes, on restera là. La typhoïde est simplement un problème d'hygiène", soutient le ministre de la Santé.
Pour le président de l'association des consommateurs, Dieudonné Moussana, "La meilleure façon de mettre les Brazzavillois à l'abri de ces mauvais aliments, est d'octroyer des moyens au Service d'hygiène pour lui permettre de faire correctement son travail qui consiste à interdire la vente des produits impropres à la consommation".
Cette idée est partagée par nombre de Congolais pour qui une collaboration est nécessaire avec les chefs de quartiers. Ils estiment aussi qu'il faut créer des comités d'hygiène pour informer les populations sur les conséquences de l'insalubrité et réduire les risques d'exposition aux maladies.

