LUSAKA, 7 jan. (IPS) – "Nous avons des vivres traditionnels en abondance. Je ne sais pas pourquoi il y a cette manie du maïs alors que certaines de nos provinces ne cultivent même pas du maïs, traditionnellement", affirme Mundia Sikatana, ministre zambien de l'Agriculture.
Sikatana estime qu'il y a une focalisation malsaine sur le maïs comme seul "aliment" en Zambie, ce qui amène les consommateurs à croire qu'ils mourront de faim lorsqu'il se fait rare.
Mais, un responsable du Programme alimentaire mondial (PAM), qui a requis l'anonymat, souligne que les populations d'Afrique australe demandent aux donateurs de leur fournir du maïs, leur aliment de base. "C'est une caractéristique commune en Afrique sub-saharienne et nous n'avons appris rien d'autre", affirme-t-il.
Donner aux Africains d'autres céréales comme le blé signifierait "enseigner" aux consommateurs comment l'utiliser – un exercice qui prend beaucoup de temps et implique la mobilisation et le plaidoyer, ajoute-t-il.
Mais Charles Banda, expert agricole à Lusaka, estime que la raison pour laquelle les donateurs insistent sur le maïs est simplement économique. C'est la céréale que les agriculteurs occidentaux produisent en surplus, pour l'alimentation du bétail.
"Le PAM nous donne du maïs parce que c'est ce que les agriculteurs au Nord cultivent et ils doivent les maintenir au travail en achetant leurs stocks", poursuit-il.
Banda soutient que le maïs n'est pas l'aliment traditionnel des Zambiens ou même d'un natif du sol d'Afrique australe, c'est une importation d'Amérique du Sud.
Détracteur insatiable des aliments génétiquement modifiés (GM), il déclare : "Regardez-nous maintenant, nous paniquons parce que nous n'avons pas de maïs, mais nos aliments traditionnels sont le mil, le manioc et le sorgho. Il est nécessaire que nous retournions non seulement à nos aliments de base, mais que nous cultivions également les céréales les mieux appropriées à notre sol. Le maïs est une importation et c'est pourquoi c'est difficile à cultiver en Afrique australe".
Mais le PAM soutient : "Nous donnons aux gens ce qu'ils savent manger".
Une autre pomme de discorde entre le gouvernement et le PAM est l'achat des vivres. Alors que le PAM insiste pour distribuer du maïs dans le cadre de l'aide alimentaire, le gouvernement dit qu'il y a plus de graines traditionnelles qu'il n'en faut pour nourrir les affamés.
Sikatana, citant des statistiques de l'Association nationale des paysans et petits agriculteurs de Zambie, affirme qu'il y a un surplus de plus de 300.000 tonnes métriques de manioc, dans les parties nord et nord-ouest de la Zambie "qui a désespérément besoin" d'un marché.
Selon lui, la Zambie a une longue histoire d'utilisation du manioc comme principale culture de sécurité alimentaire. Trente pour cent de la population zambienne est dépendante du manioc, une culture résistant à la sécheresse, en tant que principale source d'énergie.
"Si nous pouvons acheter du manioc, alors nous aurons gagné la guerre sur cette famine et les agriculteurs deviendront solvables et pourront produire plus de vivres pour la prochaine saison", affirme Sikatana.
Le représentant résident du PAM en Zambie, Richard Ragan, a déclaré à une réunion de bailleurs récemment à Lusaka que "le gouvernement nous demandait d'utiliser les fonds mobilisés pour acheter des vivres localement, mais nous sommes contraints par nos règlements".
Selon Sikatana, le gouvernement encouragera l'agence onusienne à changer d'avis. "Nous avons réussi à convaincre certains de nos aimables donateurs à stipuler, comme condition, que leurs fonds sont pour des achats locaux, nous progressons donc lentement", dit-il.
Ceci a amené des rancunes, indique une source au ministère de l'Agriculture. Le PAM est la principale agence en charge de la mobilisation et de l'acheminement de l'aide alimentaire en Afrique australe.
"En tant que ministère, nous sommes mal à l'aise. Nous ne pouvons pas nous empêcher de croire en cette vieille ruse qui consiste à donner quelque chose avec la main droite et à le reprendre de la main gauche. L'argent donné pour les vivres par l'Occident y retourne via l'achat du maïs auprès de ses agriculteurs", indique la source au ministère de l'Agriculture.
Selon le dernier rapport d'urgence, la Zambie a besoin de 224.000 tonnes métriques (TM) de céréales pour nourrir sa population affamée jusqu'en mars 2003. Le Programme alimentaire mondial a promis de fournir 82.000 TM, ce qui laisse un déficit de 120.000 TM.
La société civile a accru ses efforts dans cette course effrénée pour apporter une solution aux crises alimentaires. Travaillant avec Sikatana, le groupe comprenant des églises et des organisations non gouvernementales (ONG), a formé une alliance pour recueillir des fonds et acheter du manioc dans des zones de surplus pour le distribuer aux zones de déficit alimentaire.
Dans une pétition signée par près de 90 organisations, la coordonnatrice du projet, Bernadette Lubozhya, demande aux Zambiens et aux organisations locales de réunir environ 59 millions de dollars US pour acheter et distribuer le manioc, en attendant que le gouvernement règle des différends avec le Programme alimentaire mondial.
"Nous avons, de notre propre chef, refusé les aliments génétiquement modifiés qui nous était donnés, nous ne pouvons pas compter sur la même communauté internationale et les étrangers pour faire des choses pour nous, nous devons prendre l'initiative", ajoute-t-elle.
Richard Lee, porte-parole du PAM en Afrique du Sud, avait prévenu, au moment où la Zambie refusait le maïs génétiquement modifié, qu'il serait non seulement difficile de rechercher des aliments non-GM, mais qu'il serait également dur de les obtenir à temps pour éviter la famine.
Lubozhya, qui est du même avis, insiste sur son point de départ sur l'achat de vivres déjà disponibles dans ce pays d'Afrique australe.
Au moment où Sikatana ordonnait au PAM de se débarrasser des 12.000 tonnes de maïs génétiquement modifié dans le pays à la fin de l'année dernière, seuls quelques rares pays comme le gouvernement américain avait promis 30.000 TM de blé et de sorgho, et l'Italie avait donné du maïs blanc (non GM) d'une valeur d'un million de dollars US.
La Banque mondiale a accordé à la Zambie 50 millions de dollars US de subventions et de prêts pour l'allègement de la sécheresse, mais cet argent a déjà été affecté à d'autres domaines et il est peu probable qu'une quelconque partie soit dirigée vers un approvisionnement local.
La Zambie, avec le Zimbabwe et le Malawi, est le pays le plus durement touché par une pénurie alimentaire due à deux sécheresses successives et à des politiques agricoles et économiques médiocres.

