COTONOU, 30 déc. (IPS) – Les états généraux de l'éducation nationale avaient préconisé, en 1990 à Cotonou au Bénin, la mise en œuvre d'une des réformes dans l'enseignement primaire, intitulée "Accès équité" qui vise à donner à tous les enfants, garçons comme filles, des chances égales d'accéder à l'école.
C'est dans le cadre du plan d'action de cette réforme que s'inscrit la lutte pour la scolarisation des filles au Bénin. Selon Denise Grimaud, chef du Service de promotion de la scolarisation des filles au ministère des Enseignements primaire et secondaire (SPSF/MEPS), "il s'agit de réduire la disparité entre garçons et filles en matière de scolarisation et de promouvoir, de façon générale, la scolarisation des filles".
Pour atteindre cet objectif, des structures spécifiques ont été mises en place pour s'occuper exclusivement de ce volet. Il s'agit notamment du Réseau national pour la promotion de la scolarisation des filles, créé en 1997 et du SPSF/MEPS créé en 1998. Ce service est chargé de mettre en œuvre la politique de l'Etat en matière de promotion de la scolarisation des filles. Dans cette perspective, précise Grimaud, "le service mène, depuis sa création, des actions en vue d'améliorer l'accès des filles à une éducation de qualité dans tous les ordres d'enseignements et d'assurer la scolarisation, le maintien des filles dans le système scolaire et universitaire dans tout le pays". Au nombre des actions concrètes menées, il y a la suppression progressive des frais d'écolage au cours primaire à travers la subvention apportée aux écoles; la création, dans les six anciens départements du pays, d'un foyer pour les filles du secondaire; la mise en place d'un système de motivation et d'encouragement des filles à travers l'institution d'une cérémonie annuelle de remise de prix aux meilleures élèves filles; la conception d'un système de suivi des meilleures élèves filles des séries et filières scientifiques et techniques.
Le budget de l'Etat prévoit quelque 160 millions de francs CFA (environ 246.154 dollars US) par an pour le fonctionnement des foyers de jeunes filles et la scolarisation des filles. A ces efforts, s'ajoutent les multiples séances de sensibilisation, notamment dans les localités où les taux sont encore très faibles. Au niveau du Réseau pour la promotion de la scolarisation des filles, des actions ont été également menées dans plusieurs domaines pour atteindre l'objectif visé par ce pays d'Afrique de l'ouest qui compte 6,752 millions d'habitants.. Ce réseau regroupe le secteur public (représentants de cinq ministères), le secteur privé (organisations non-gouvernementales (ONG) nationales et internationales, associations de parents d'élèves, opérateurs économiques, etc.) ainsi que des partenaires au développement comme l'Agence américaine pour le développement international (USAID) et le Fonds des Nations Unies pour l'enfance UNICEF). Grimaud indique que "la mise en œuvre de ces actions a permis d'enregistrer des progrès significatifs en ce qui concerne la scolarisation des filles".
Ainsi, le taux brut de scolarisation des filles, sur le plan national, est passé de 49,64 pour cent en 1995 à 77,49 pour cent en 2002, soit un taux d'accroissement de plus de 27 pour cent en sept ans. Chez les garçons, ce taux est passé de 66,76 pour cent à 93,14 pour cent pour la même période. "En dépit de l'évolution des taux bruts de scolarisation des filles", souligne Grimaud, "l'écart demeure grandissant entre la scolarisation des filles et ceux des garçons". Selon elle, "près de 30 pour cent des filles en âge d'aller à l'école sont encore à la maison". Pour plus d'efficacité dans la mise en œuvre des actions du SPSF/MEPS, Grimaud propose la création des cellules départementales ou communales de promotion de la scolarisation des filles. L'initiative de promotion de la scolarisation des filles est très appréciée, même si elle ne résout pas encore tous les problèmes des bénéficiaires.
André Mahougbé, enseignant au secondaire à Cotonou, estime que "la promotion de la scolarisation des filles est une initiative louable".
Toutefois, il ajoute que "la non généralisation de l'initiative, dans les autres ordres d'enseignements, risque de la compromettre et de créer plus de tort aux familles". Les frais de scolarité étant pris en charge par l'Etat au niveau du primaire seulement, Mahougbé s'inquiète de ce que nombre de filles abandonnent l'école par manque de moyens ou par insuffisance de travail. "Ainsi retournées aux parents sans devenir les intellectuelles souhaitées, ces filles ne sont plus aptes à retourner aux champs ou à exercer les tâches auxquelles leurs parents les prédestinaient, d'où le sentiment de déception et de découragement de ces derniers qui se sentent parfois trompés", explique Mahougbé. Mahougbé souhaite que cette initiative de l'Etat s'étende au secondaire et à l'université afin que les élèves filles puissent poursuivre et achever leurs études. Selon lui, "Il faut encourager les meilleures élèves filles, non pas seulement par la remise annuelle de prix, mais aussi par l'octroi de bourses. Cela signifie que ces filles sont globalement prises en charge pour être à l'abri de la nécessité, des grossesses non désirées et autres phénomènes qui empêchent leur évolution normale dans le système scolaire". Rachel Aboudou, mère béninoise de trois filles qui poursuivent leur formation à l'université, partage cet avis, estimant qu'une "fille, qui se sent soutenue matériellement pour ses études, est à l'abri des besoins inutiles et elle est plus disposée à bien s'occuper de son éducation".. Selon Mahougbé, les avantages de la scolarisation d'une fille sont énormes : "Une fille scolarisée s'occupe, par exemple, de sa santé et de celle de ses proches, mieux qu'une fille non scolarisée; il en est de même dans le domaine de la gestion", soutient l'enseignant.

