KINSHASA, 20 déc. (IPS) – La capitale de la République démocratique du Congo (RDC), Kinshasa, et ses environs immédiats subissent des érosions sur les hauteurs, des inondations dans les bas-quartiers, le tout posant le problème du non-respect des normes environnementales.
Près d'un million d'habitants ont perdu ou sont en train de perdre leurs logis pour s'être entêtés à bâtir leurs maisons dans des quartiers non appropriés pour la construction. La saison pluvieuse fait actuellement des ravages, en particulier dans les environs immédiats du fleuve Congo et de l'un de ses affluents, la rivière Ndjili.
Le phénomène a préoccupé le gouvernement congolais qui a chargé, il y a deux semaines, une commission interministérielle d'étudier l'évolution des inondations dans la ville de Kinshasa, pendant la saison pluvieuse en cours. "Le fleuve Congo se trouve actuellement en crue croissante et progressive", explique Etienne Kamuha, ingénieur civil au ministère de l'Environnement et de la Conservation de la Nature. "Ce qui fait que les quartiers Masina, dans la commune de Masina et Kingabwa, dans la commune de Limete se trouvent sous les eaux".
Dans le quartier Kingabwa, les eaux ont atteint la côte d'alerte de 1,20 mètre. Ce bas-quartier de Kinshasa est toujours menacé d'inondations à chaque saison pluvieuse. Mais les populations ont toujours rechigné à quitter leurs quartiers en dépit des recommandations du gouvernement. "Le quartier a, de tout temps, été déclaré non aedificandi (qui ne peut être bâti en latin), mais la population s'obstine à construire des maisons en violation de la loi", ajoute Kamuha. Habité en majeure partie par des pêcheurs, Kingabwa est un gros marécage au bord du fleuve Congo. Par périodes, il a été utilisé pour des expérimentations de rizières.. Mais les résultats n'ont pas été tellement probants et le périmètre a été mis en jachère. Les habitations ont toujours été des saisonniers dans le quartier, en fonction des périodes de pêche. Mais l'accroissement de la population à Kinshasa et la demande de terres dues essentiellement à l'afflux des populations au cours des quatre années de guerre en RDC, ont poussé les Kinois (habitants de Kinshasa) à investir ces bas-quartiers de la ville, en violation du plan cadastral. Bien plus, la mauvaise conjoncture économique du pays, doublée de la précarité des emplois, a amené certains Congolais à mettre leurs résidences en location dans les quartiers plus salubres et à braver les inondations cycliques de Kingabwa. "Nous vivons ici depuis 10 ans", explique Shaba Malambo, une maraîchère de Kingabwa. "Mon mari est pêcheur et ne peut vivre loin du fleuve. Nous souffrons bien sûr de ces incessantes inondations et perdons beaucoup de nos effets personnels. Le gouvernement aurait dû reconstruire la digue qui nous a toujours préservés de ce genre de catastrophes", dit-elle. Il existait effectivement deux ou trois digues qui empêchaient les eaux d'inonder le quartier, mais elles ont été détruites par l'effet d'el Nino, il y a quatre ans. Aujourd'hui, la montée des eaux risque de favoriser la propagation des maladies d'origine hydrique. Sophie Mambo, une vendeuse de poisson se dit affligée : "Les eaux qui montent, charrient des saletés de toutes sortes, à partir des immondices ou des fosses sceptiques. Nous avons dû quitter nos maisons pour nous réfugier dans ces abris de fortunes. Malheureusement, nos pauvres enfants, ignorant les dangers, prennent du plaisir à s'amuser dans l'eau".
Le chef du quartier Kingabwa, Kiakwama Mbuta, a la chance d'habiter un endroit plus élevé et hors de la portée des eaux. Il dit ne rien comprendre du comportement de sa population : "Des quartiers plus salubres ont été proposés par le gouvernement à cette population. Il est vrai qu'ils se situent assez loin du fleuve. Je ne peux pas comprendre que pour de simples raisons de commerce, la population hypothèque sa santé à ce point".
Les érosions sur les hauteurs de la ville inquiètent également les Kinois.
Binza, le quartier le plus huppé de Kinshasa, est particulièrement menacé.
La raison est toujours la même : les constructions anarchiques de maisons sur des espaces non stabilisés.
Pour Justin Nyabura, fonctionnaire à la Direction des affaires foncières, les Kinois doivent s'en prendre à eux-mêmes. "Il est vrai que le gouvernement aurait dû intensifier la construction de logements sociaux.
Cela aurait pu diminuer la pression de la population sur les espaces verts protégés. Mais en construisant leurs maisons sur les pentes sablonneuses, ils détruisent la végétation qui retient la terre. D'où les érosions partout dans la ville". Cependant, autant que la population, les services publics ont une grande part de responsabilité dans la dégradation de l'environnement. La voirie urbaine a disparu et les routes sont défoncées. A chaque saison de pluie, c'est une petite partie de Kinshasa qui s'en va vers le fleuve Congo.

