DROITS: Les Nations Unies préoccupées par l'augmentation des viols d'enfantsen Afrique du Sud

NATIONS UNIES, 9 oct (IPS) – L'Afrique du Sud enregistre actuellement une augmentation alarmante de la violence sexuelle contre les enfants, la plus grande partie impliquant des membres de la famille ou des gens connus des victimes, a indiqué un responsable des Nations Unies.

Selon des rumeurs, les agresseurs ciblent de plus en plus de jeunes enfants comme partenaires sexuels dans le but de réduire le risque de contracter le VIH/SIDA, a déclaré Juan Miguel Petit, rapporteur spécial auprès de la Commission de l'ONU pour les droits de l'Homme, le 4 octobre.

Petit a dit qu'il a également été informé du viol d'enfants par des individus qui croient que les rapports sexuels avec les enfants les guérira du VIH/SIDA. Même s'il n'y a pas suffisamment d'éléments pour prouver ces rumeurs, elles ne peuvent pas être ignorées, a-t-il ajouté.

"Ce qui nous préoccupe beaucoup, c'est que l'âge des auteurs de viol est de plus en plus bas – même de jeunes garçons et des adolescents sont maintenant impliqués dans des actes de violence sexuelle. De même, des cas rapportés de viol de gang augmentent", a ajouté Petit.

Mais il a loué le gouvernement d'Afrique du Sud pour avoir fait "d'énormes efforts" depuis la fin de l'apartheid il y a huit ans pour commencer à créer une culture de respect des droits humains.

L'augmentation de la couverture médiatique des cas de viols est un grand progrès, a indiqué Petit, comparé à la période d'avant 1994, où très peu de reportages étaient faits.

Petit envisage de présenter un rapport complet de ses enquêtes à la commission à sa prochaine session à Genève en mars prochain. Le rapport a été préparé à la suite de sa visite en Afrique du Sud le mois dernier.

Selon ses premières conclusions publiées le 4 octobre, le viol des enfants, y compris celui de très jeunes enfants et bébés, n'est pas un nouveau phénomène dans le pays.

Le rapport souligne que le viol en Afrique du Sud résulte de plusieurs facteurs, au nombre desquels la forte incidence généralisée de la violence, la culture du patriarcat, et le fait qu'on traite les enfants comme des marchandises.

Des taux élevés d'alcoolisme conduisent également à la violence sexuelle, a fait remarquer Petit.

Le rapport préliminaire dit que la pauvreté couplée avec les mauvais traitements domestiques forcent les enfants, surtout les filles, à se livrer à la prostitution. Comme les subventions pour l'éducation des filles prennent fin à sept ans, beaucoup d'enfants abandonnent les classes parce que leurs parents n'ont pas les moyens de leur payer les frais de scolarité.

Dans certains cas, un ami de la famille ou un parent aide l'enfant à aller à l'école, contre des rapports sexuels en retour, explique Petit.

De plus, l'épidémie du SIDA a rendu plusieurs enfants orphelins, et l'effondrement des structures familiales traditionnelles élargies a conduit à une augmentation du nombre de ménages dirigés par des enfants.

Dans plusieurs de ces familles, les filles pourraient recourir à la prostitution pour nourrir leurs frères.

Le rapport ajoute que la question du trafic d'enfants en Afrique du Sud a reçu très peu d'attention. Le trafic lui-même n'est pas encore reconnu comme un acte criminel, ajoute-t-il.

Le rapport indique cependant que l'Afrique du Sud devient un pays d'accueil et de transit pour des enfants victimes de trafic, en provenance aussi bien d'autres parties de l'Afrique que des pays asiatiques.

"La pénurie alimentaire très désespérée, notamment dans les pays limitrophes de l'Afrique du Sud, contribue à une intensification du trafic d'enfants," ajoute Petit.

Il recommande plusieurs mesures "urgentes" pour aider à protéger les enfants.

Les victimes de la violence sexuelle, souligne-t-il, doivent recevoir une prophylaxie contre le VIH/SIDA, laquelle devrait être disponible dans les écoles, les refuges et les postes de police.

Le gouvernement devrait également assurer l'accès au traitement, aux soins et au soutien pour les enfants vivant avec le VIH/SIDA.

Les subventions scolaires de 130 rands le mois (environ 13 dollars US) pour les enfants pauvres jusqu'à l'âge de sept ans devraient être étendues et disponibles pour tous les enfants au moins jusqu'à l'âge de 15 ans. Les responsables devraient étudier la possibilité de verser une partie des subventions directement à l'école.

Le gouvernement devrait également faire de sérieux efforts pour réduire la pauvreté et le chômage, puisque nombre des actes de violence sexuelle contre les enfants semblent provenir de la colère et de l'ennui, ajoute le rapport.

Selon Petit, bien que plusieurs groupes différents et engagés travaillent au nom des droits des enfants en Afrique du Sud, ils ne sont pas bien coordonnés.

"Il n'y a actuellement aucun centre d'orientation spécifique, aucun point initial d'entrée pour les enfants qui ont été violés", a-t-il ajouté.

Il recommande une structure collective, comme un ministère multi-sectoriel pour les enfants, pour regrouper les nombreux acteurs. Il devrait être totalement financé et avoir un personnel qualifié, a ajouté Petit.