JOHANNESBURG, 31 juil (IPS) – L'accord de paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda – destiné à mettre fin à la guerre civile qui a fait environ 2,5 millions de morts – a été salué comme l'un des premiers succès de la nouvelle Union africaine (UA).
"Votre accord en tant que Rwandais et Congolais envoie le message selon lequel en tant qu'Africains, nous avons de bonnes raisons de croire que l'UA et son Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) représentent un nouveau départ extraordinaire pour un continent qui, pendant des siècles, n'a connu rien que l'assujettissement, l'humiliation et d'immenses souffrances", a déclaré le vice-président sud-africain, Jacob Zuma, mardi à Pretoria.
"Aujourd'hui, vous, représentants des peuples congolais et rwandais, qui n'avez besoin d'aucune introduction à l'expertise africaine, êtes réunis dans notre capitale pour donner à vos populations et aux nôtres le rare cadeau d'espoir", a ajouté Zuma au moment où le président de la RDC, Joseph Kabila et celui du Rwanda, Paul Kagame, signaient l'accord.
Etaient également présents le président Bakili Maluzi du Malawi, actuel président de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), et Amara Essy, secrétaire général de l'UA.
L'accord a été négocié par le président sud-africain, Thabo Mbeki, également président de l'UA, avec des discussions initiales qui se sont déroulées dans les coulisses au lancement de l'UA en Afrique du Sud au début de ce mois.
Conformément à l'accord de paix, les rebelles Hutu rwandais à l'est de la RDC devront être rassemblés, désarmés et rapatriés dans 90 jours. Certains de ces rebelles sont soupçonnés d'avoir pris part au génocide du Rwanda en 1994.
En retour, le Rwanda retirera quelque 20.000 hommes de la RDC, qu'il a positionnés dans le pays pour protéger ses frontières contre les rebelles.
L'Afrique du Sud et les Nations Unies (ONU) vérifieront que les retraits sont effectifs dans l'intervalle de 120 jours.
Mais certains experts africains craignent que les délais courts et le manque de coopération de la part des rebelles ne menacent l'accord.
"D'un point de vue politique, il n'y aucune raison pour que l'accord échoue s'il y a la volonté. A un niveau opérationnel, les délais sont limités et sont plus vraisemblablement au-dessus de la capacité de la mission onusienne en RDC", affirme Henri Boshoff, chercheur à l'Institut sud-africain des études sur la sécurité (ISS) à Pretoria.
"La mission a déjà trois ans et compte toujours moins de 1.500 hommes", ajoute-t-il.
L'Afrique du Sud a indiqué qu'elle fournira des troupes supplémentaires aux Nations Unies si on la lui demande.
Il existe également des doutes par rapport au désir des rebelles rwandais d'être "rassemblés" pour respecter ce qui est fondamentalement un accord de gouvernement à gouvernement.
Certains analystes croient qu'aucun des deux gouvernements ne contrôle entièrement les milices qu'ils sont en train de combattre en RDC. L'année dernière, par exemple, une enquête des Nations Unies a révélé que les milices impliquées dans la guerre pillaient les ressources naturelles du pays.
Les analystes doutent également que Kabila soit pleinement maître de la RDC, qui est dans un état de guerre civile depuis des décennies. Il n'est pas un président élu, ayant hérité du pouvoir après l'assassinat de son père, Laurent Désiré Kabila, qui s'est emparé de la présidence dans une insurrection populaire.
Certaines personnes se demandent si l'accord obtiendra un soutien populaire en RDC; certains des mouvements rebelles congolais auraient déjà rejeté le pacte de paix.
Au début de cette année, au dialogue inter-congolais – où les organisations de la société civile et les parties politiques de la RDC ont essayé de négocier une fin au conflit dans le pays – Kabila a résisté aux appels de démission de son poste présidentiel. Les pourparlers avaient échoué.
Malgré les problèmes potentiels, la RDC et le Rwanda semblent décidés à faire réussir l'accord et ont accepté de se rencontrer régulièrement au cours des prochains mois pour aplanir toutes les difficultés.

