DROITS-ZAMBIE: Il faut plus de centres de santé pour les populations rurales

CHIMFUNSHI, Zambie, 30 juil (IPS) – Malita Chembe fixe d'un air abattu son fils de deux ans, son corps décharné qui continuait à chauffer et à faiblir. Et, l'instinct de la mère lui dit que son garçon est très malade et a besoin de soins médicaux urgents.

Agitée, elle décide de faire ce que ses collègues font à Chimfunshi, une zone agricole zambienne éloignée, dans le nord du pays.

Chembe, 48 ans, attache son fils au dos avec un bout de "chitenge", un tissu aux couleurs vives utilisé principalement par les femmes dans la région. Faute de transport public régulier, elle grimpe sur une bicyclette pour amener son garçon au centre de santé le plus proche, situé à quelque 35 kilomètres.

Malheureusement, l'enfant décède sur la route, après seulement quelques kilomètres de route.

L'incident, qui est survenu en février 2001, montre la situation difficile des Zambiens des zones rurales, dont 53 pour cent n'ont pas accès au service de soins de santé. Mais maintenant, Chembe, qui a cinq enfants, n'a plus besoin de faire 35 kilomètres pour obtenir un traitement médical.

"Finalement, nous avons notre propre centre de santé ici. Nous n'irons plus très loin pour recevoir des soins", affirme Chembe, faisant allusion au centre de santé de Chimfunshi qui a été ouvert le 14 juillet.

Le centre, situé à quelque 76 kilomètres au nord de la capitale Lusaka, a été initié par les populations locales avant que l'Union européenne (UE) ne leur vienne en aide.

La communauté locale a fourni la main-d'œuvre et le moulage des briques, tandis que l'UE a donné 200.000 dollars US pour les matériaux de construction.

Peint en blanc et en bleu, le bâtiment a des bureaux, des salles de consultation et des pavillons avec une capacité de 50 lits. Un forage et des panneaux solaires fournissent de l'eau potable courante et l'électricité au centre et aux deux maisons nouvellement construites pour le personnel.

D'autres caractéristiques incluent un abri – pour les parents accompagnant les malades – des latrines et six cabines de lessive. L'installation est destinée à accueillir quelque 10.000 locaux, en particulier des paysans.

Inaugurant le bâtiment, le ministre de la Santé, Dr Brian Chituwo a déclaré : "Ce développement sera une source d'inspiration pour d'autres communautés en Zambie, et dans la région d'Afrique australe".

La Zambie, avec une population d'environ 10,2 millions d'habitants, dispose d'un médecin pour 10.500 habitants. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande un médecin pour 500 habitants. Mais un tiers des 20 médecins produits chaque année par l'Université de Lusaka finissent souvent par aller chercher des cieux plus cléments ailleurs. Et le gouvernement est obligé de recruter des médecins de l'étranger. Actuellement, la Zambie compte 200 médecins de Cuba, de Chine et du Nigeria.

Les centres de santé sont vitaux pour la Zambie, où la population rurale a été la plus durement touchée par la pandémie du VIH/SIDA, qui a infecté environ un million de ses habitants.

Ensuite, l'alimentation saine est cruciale pour ralentir les effets de la maladie. Mais, cela sera dur à réaliser en Zambie, où 73 pour cent de la population vit avec moins d'un dollar US par jour.

La Zambie, qui dépend du financement des donateurs pour 60,4 pour cent de son budget annuel, dépense 13,5 pour cent de son Produit national brut (PNB) pour le remboursement du service de sa dette extérieure de 7,3 milliards de dollars US. Ceci laisse très peu pour les services sociaux, comme la santé.

Cypriano Kabaso, président de "Chimfunshi Health Neighbourhood Watch Committee" (Comité de surveillance du système de santé de Chimfunshi), a décrit l'ouverture du centre de santé comme "le cadeau le plus précieux aux populations de la zone".

"A cause des distances longues qu'il fallait parcourir pour se rendre au centre de santé le plus proche, beaucoup de personnes sont mortes en chemin et dans leurs maisons. Ceci est maintenant un souvenir du passé puisque nous avons nos structures de santé chez nous", ajoute-t-il.