POLITIQUE: Les ministres des Affaires étrangères se réunissent pourdéterminer l'avenir de l'Afrique

JOHANNESBURG, 4 juil (IPS) – Les ministres des Affaires étrangères, réunis en Afrique du Sud avant le lancement de l'Union africaine (UA) la semaine prochaine, auront à démêler un imbroglio déroutant des structures de paix et de sécurité afin d'empêcher les divergences entre les Etats membres de mettre dans une impasse les efforts pour promouvoir et appliquer la bonne gouvernance en Afrique.

Au cœur du problème, se trouve la relation entre l'Union africaine et le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD).

L'Afrique du Sud et d'autres pays qui ont adhéré au NEPAD font pression pour que l'union adopte le partenariat comme son programme de développement économique et social.

Toutefois, le NEPAD exige que les pays africains s'engagent à renforcer la stabilité politique et la bonne gouvernance en échange de meilleurs accords commerciaux et d'aide de la part des économies avancées.

En conséquence, le NEPAD œuvre pour la création d'un Mécanisme de revue des pairs africains – qui tentera de s'assurer que les pays qui adhèrent au partenariat, appliquent et restent fidèles aux programmes de bonne gouvernance, et travaillent dans le sens d'une cessation des conflits sur le continent.

Le NEPAD a également créé son propre secrétariat qui établira des programmes de développement social, économique et d'infrastructures pour les Etats membres, et assure le financement pour les projets.

On craint beaucoup dans la bureaucratie de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) – dont l'Union africaine prendra la relève – que le secrétariat du NEPAD ne devienne une structure autonome qui éclipsera les structures officielles de l'union.

Par ailleurs, ces pays africains – qui ne sont pas membres du NEPAD – craignent que si les économies avancées commencent à canaliser leur assistance au continent par le biais du partenariat et non par l'Union africaine, l'aide qu'ils reçoivent actuellement ne soit alors compromise.

En conséquence, explique le directeur général de l'Institut pour les études de sécurité (ISS) d'Afrique du Sud, Jakkie Cilliers, les pays qui pourraient potentiellement être exclus du NEPAD pour des questions de droits et de gouvernance – comme le Zimbabwe, le Kenya et la Libye – tenteront probablement d'assurer des rôles clé dans les structures politiques et sécuritaires de l'UA. L'Union africaine est en train de créer un Conseil pour la paix et la sécurité (CPS) qui "doit constituer une disposition collective de sécurité et d'alerte pour faciliter une réponse opportune et efficace aux situations de conflit et de crise en Afrique".

Il lui incombera, entre autres, de suivre "les progrès vers la promotion des pratiques démocratiques, de la bonne gouvernance, de l'Etat de droit, de la protection des droits de l'Homme et des libertés fondamentales par des Etats membres".

Puisque l'acte constitutif de l'Union africaine autorise l'UA à s'ingérer dans les affaires intérieures des Etats membres – pour empêcher le génocide et les crimes contre l'humanité – le CPS est potentiellement un instrument puissant sur le continent.

Il sera composé de 15 pays élus – dont cinq occuperont des sièges à long terme. Le Nigeria, l'Afrique du Sud, l'Egypte et l'Algérie – des pays déjà engagés dans le NEPAD – seront les favoris pour ces sièges.

L'exigence d'une représentation de l'Afrique de l'est amènera assurément le Kenya dans la lutte et la Libye pourrait également tenter d'obtenir un des sièges. On sait que le Kenya et la Libye critiquent tous les deux le NEPAD.

Alors qu'on pourrait croire qu'une solution évidente va fondre les structures du NEPAD et de l'UA, Mbeki et d'autres membres de premier plan du partenariat les tiennent à distance l'un de l'autre.

Cilliers fait remarquer que la négociation des définitions communes de la bonne gouvernance au sein de l'Union africaine risque d'être un processus long et pénible, à cause du nombre de pays impliqués et des divergences politiques entre les Etats membres. Néanmoins, l'Union africaine devant représenter tout le continent, il n'y a pas d'autre choix que d'entamer le lent processus de renforcement du consensus relatif à l'avenir de l'Afrique.

Toutefois, en raison de l'adhésion volontaire au NEPAD, et parce que les pays connaissent d'avance les normes de gouvernance politique, économique et sociale dans lesquelles ils s'engagent, le partenariat peut vite évoluer et aboutir à un accord sur des programmes de développement.

"Mais, il est certain que les membres de l'UA qui ne font pas partie du NEPAD, résisteront au programme. La question est de savoir pendant combien de temps l'Afrique du Sud réussira à maintenir le NEPAD à moitié au sein, et à moitié hors de l'UA", souligne Cilliers.

Les officiels africains, réunis dans la ville portuaire de Durban, n'ont qu'environ une semaine pour s'accorder sur la manière dont les différentes structures fonctionneront – et s'entendre les uns avec les autres. La semaine prochaine, les chefs d'Etat africains se réuniront pour lancer l'Union africaine et discuter pour voir s'il faut adopter ou non le NEPAD comme le programme de développement de l'UA.