AFRIQUE-ECONOMIE: Désenclavement du Sahel par une solidarité sur mer.

LOM, 04 mai (IPS) – A la sortie de ville au nord de Lomé
(Capitale du
Togo), au terminal Sahel, Mahamat Dedingar à bord de son camion
semi-remorque benz vient de finir les formalités de départ. Ce
camionneur
tchadien de 35 ans convoie des marchandises vers N'djamena, la
capitale
tchadienne. Sa tache est désormais facile grâce à l'opération
"solidarité
sur mer" lancée par les autorités portuaires togolaises.

" En raison des coupeurs de route qui nous mènent la vie dure au
Cameroun,
nous sommes obligés de lorgner ailleurs. Avec la garantie du Port
de Lomé à
travers l'opération "solidarité sur mer", nous voyageons
tranquillement"
raconte, Mahamet Dedingar.
L'opération "solidarité sur mer" est un véritable instrument
privilégié de
coopération économique et de solidarité sous régionale mis en
place par les
autorités portuaires togolaises.
Cette opération veut dire " faire tout pour que nos frères des
pays
enclavés ne vivent pas mal leur enclavement. Solidarité sur mer
c'est la
garantie de la sécurité des marchandises, la rapidité des
formalités et la
maîtrise des coûts de passage pour respecter les exigences de la
compétitivité, disent les autorités portuaires du Togo.
Le Terminal Sahel a été constitué sur un domaine entièrement
pavé et
éclairé d'une superficie de 16 000 m2 pouvant accueillir 180
camions gros
porteurs, des bureaux de douane et de police et ceux du port pour
le
contrôle de formalités.
Le port a également installé sur le terminal une mosquée, des
latrines
publiques. Le terminal dispose, grâce à l'appui d'une société
locale, d'une
station d'essence, d'une supérette et des chambres pour les
routiers, d'un
bar et d'un restaurant.
L'opération a coûté au total près d'1 milliard de f cfa dont
750 millions
f cfa ont été mobilisés sur fonds propres du Port autonome de Lomé
(PAL).
L"Etat togolais a contribué sous forme de mise à disposition
d'engins de
terrassements, de fournitures et d'ingénieurs de génie civil).
"L'opération de solidarité sur mer est une idée originale des
autorités
portuaires togolaises qui vise à aménager un corridor routier
rapide reliant
le port de Lomé aux pays enclavés. Sur le trajet en territoire
togolais,
tous les goulots d'étranglement traditionnels (barrages de police
ou de
gendarmerie, contrôles douaniers et fiscaux ou même forestiers)
sont annulés.
Inauguré le 12 janvier dernier9s.
Inauguré le 12 janvier dernier par le chef de l'Etat togolais, le
Terminal
Sahel, accueille les camions et marchandises avant leur départ
vers le
Sahel. " C'est un projet novateur. Trois convois partent vers
l'hinterland
par semaine, le mardi, le jeudi et le vendredi. Les gens au début
pensaient
que nous avions vu trop grand et maintenant nous sommes à
l'étroit sur ce
terminal", commente Messan Agbéyomè Kodjo, Directeur général du
Port
autonome de Lomé (PAL).
Précédés par des motards, les convois de camions peuvent alors
filer à
grande vitesse sans trouver de bouchons et remonter jusqu'au Nord
du pays en
quelques heures ou jours. Les principaux pays desservis sont le
Burkina
Faso, le Mali, le Niger et même le Tchad (dernier pays à utiliser
le PAL
pour le transit de ses marchandises à l'exportation tout comme à
l'importation).
Grâce à cette forte utilisation de ses installations par les pays
du Sahel,
le trafic de marchandises a fortement augmenté au port de Lomé. De
1.826.870
tonnes (dont 205 895 tonnes vers le Burkina Faso, 103714 tonnes
vers le
Niger, 8196 tonnes pour le Mali, 162 992 pour les autres pays et
40 860
tonnes de transport de pétrole) en 1995, le trafic de marchandises
est passé
de 1996 à 1997 respectivement à 2 millions et 2,5 millions de
tonnes. Et
Messan Agbéyomè Kodjo ambitionne de faire passer le trafic à 4
millions de
tonnes en 1998.
L'essentiel du trafic, qui semble s'orienter vers les portes
conteneurs,
est composé de marchandises importées (Clinkers, hydrocarbures,
poissons,
blé en vrac, engrais, matériaux de construction, friperie,
sucre… ). Le
trafic transitant vers les pays de la sous-région (Burkina Faso,
Niger,
Nigeria, Ghana, Bénin, Mali, Côte d'Ivoire) représente en moyenne
20 % du
trafic du port. Les pétroliers représentent en moyenne 30 % du
trafic et les
minéraliers 25 %.
Pour faire face à cet accroissement du trafic, le port de Lomé
s'est engagé
depuis quelques années dans la modernisation et l'extension de ses
installations. Avec l'appui de la Caisse Française de
Développement (CFD) et
la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) qui ont prêté
respectivement 5,6 milliards et 5 milliards de F CFA aux autorités
portuaires, le port accélère sa modernisation.
Les travaux de rénovation concernent la consolidation des
superstructures,
la modernisation de la fonction manutention, l'édification d'une
tour de
contrôle, la construction d'un terminal à conteneurs ultramoderne,
et
l'installation d'un système serveur à informations en temps réel,
analogue à
celui du port de Singapour, en Asie du sud-est.
" Nous voulons consolider ce qui fait la force du port de Lomé,
sa rapidité
dans la formalité. Aujourd'hui un opérateur économique qui vient
ici avec
son dossier peut faire sortir ses marchandises en une demi-journée
"
explique, le directeur général du port.
L'ambition des autorités est de faire du Port Autonome de Lomé
(PAL) un port
d'éclatement de l'Afrique de l'Ouest. Pour l'heure la promotion du
port est
assurée par son propre site Internet qu'il a lancé cette année:
http :
//www.togoport.com.