JOHANNESBURG, 7 juin (IPS) – Bien que le Sommet économique de l'Afrique soit annoncé actuellement comme une chance pour vendre le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) aux chefs d'entreprises internationales, l'Afrique du Sud utilise également cette occasion pour faire la promotion du programme dans d'autres pays sur le continent.
Le NEPAD est un programme pour relancer le développement économique et social et bâtir une stabilité politique en Afrique. Conformément au programme, les dirigeants africains devront s'engager dans la bonne gouvernance et la réalisation d'une stabilité politique et économique dans leurs pays, en échange de meilleurs accords de commerce et d'aide en provenance des pays riches du Groupe des huit (G8).
Le G8 comprend le Canada, le Japon, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie, l'Allemagne, les Etats-Unis et la Russie.
Le président sud-africain, Thabo Mbeki, prenant la parole à l'ouverture du sommet de trois jours à Durban, mercredi, a indiqué : "Il est clair que nous cherchons à faire quelque chose de très grand, forcément difficile, mais extrêmement nécessaire. Il y aura des problèmes, mais avec l'espoir qu'avant la fin de l'année, il y aura une image claire de ce que sera le programme actuel qui doit être mis en œuvre".
Le président nigérian Olusegun Obasanjo a estimé que le plan était développé par les Africains, pour les Africains, ajoutant : "Si cela échoue, nous n'aurons à accuser personne d'autre que nous-mêmes. Nous ne pouvons pas laisser cela échouer".
Mais, à l'extérieur, les manifestants et la police se bagarraient pendant une protestation anti-NEPAD. Certaines organisations de la société civile sud-africaine et d'Afrique australe sont opposées au NEPAD, au motif que les appels du programme à la "stabilité économique" sont simplement une tentative voilée de réduire les dépenses consacrées aux initiatives de développement social.
Et, certains observateurs africains avertissent que le rôle central de l'Afrique du Sud dans le développement du NEPAD suscite des grimaces de désapprobation sur le reste du continent. Une crainte est que le NEPAD soit simplement une façon d'ouvrir les marchés africains aux entreprises sud-africaines.
Depuis que les pays africains ont levé les sanctions économiques contre l'Afrique du Sud, les entreprises du pays se sont rapidement déployées sur le reste du continent. Alors que, dans certains cas, l'investissement était le bienvenu, dans d'autres, les Sud-Africains sont entrés en concurrence avec les entreprises locales, provoquant un ressentiment et la suspicion.
On craint également que Mbeki ne soit trop proche de l'Union européenne (UE) et des Etats-Unis – ce qui provoque certaines plaintes selon lesquelles le NEPAD serait vendu au G8 avant d'être débattu à fond avec les dirigeants africains.
Il y a en outre une certaine crainte – et un ressentiment – selon lesquels l'UE et les Etats-Unis traitent actuellement Mbeki comme s'il était le dirigeant de tout le continent, au lieu du tout dernier pays africain à être libéré en 1994.
Finalement, on se préoccupe du fait que l'insistance du NEPAD sur la bonne gouvernance politique et économique en échange de meilleurs accords de commerce et d'aide ne place les pays riches dans une position pouvant les amener à dicter les politiques de développement social et économique aux pays africains.
Le Forum économique mondial abrite actuellement le Sommet économique de l'Afrique dans la ville portuaire de Durban, en Afrique du sud. Il vise à réunir des chefs d'entreprises d'Afrique et du monde entier pour étudier les voies et moyens de relancer l'investissement et le développement économique sur le continent.
Le thème de la réunion de cette année est – Le NEPAD à l'œuvre : Les affaires entrent dans le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique.
Le sommet a attiré de hauts dirigeants et représentants d'entreprises internationales venant de 26 pays africains, y compris les chefs d'Etat du Kenya, Botswana, Malawi, Mozambique, de la Zambie et de l'Ouganda.
La réunion arrive juste en prélude au sommet du G8 qui se tiendra au Canada, à la fin de ce mois. Les chefs d'Etat africains présenteront le NEPAD au sommet, et espèrent que le G8 exposera en détail certains aspects de son soutien au programme.
Les chefs d'Etat devraient dire clairement qu'ils ne quémandent pas l'aide, mais que les nations riches devraient aider au développement du continent pour éviter que la pauvreté en Afrique ne reste une menace à la paix et à la sécurité dans le reste du monde.
Toutefois, même si les chefs d'Etat du G8 ont souvent affirmé leur soutien au programme, ils hésitent devant les 64 milliards de dollars estimés comme besoin annuel du NEPAD pour lui permettre de fonctionner durablement.
Le NEPAD sera également au premier plan de l'ordre du jour à la formation de l'Union africaine (UA) qui sera lancée à Durban au début de juillet.
Mbeki a expliqué que les chefs d'Etat africains au lancement devraient se mettre d'accord sur des actions pour débarrasser le continent des conflits et instaurer la paix et la sécurité, ainsi que la bonne gouvernance économique et politique.
Après s'être mis d'accord sur la signification de bonne gouvernance et les voies et moyens d'instaurer la paix, les pays africains utiliseront les mécanismes de revue des pairs pour aider les voisins et autres nations liés par les accords, a-t-il indiqué.

