HARAR, 10 avril (IPS) – Le seul meuble que l'on trouve au siege
de
l'Association des albinos du Zimbabwe (ZIMAS) est un tabouret sur
lequel est
installe un poste radio.
"Meme pour rediger les lettres de l'Association nous sommes tenus
de nous
asseoir par terre ou de nous agenouiller ", declare Mercy
Maunganidze,
Secretaire a l'organisation de ZIMAS.
Les membres de la communaute albinos du Zimbabwe ont recu peu de
soutien
pour leur association, creee depuis trois ans pour satisfaire
leurs besoins,
malgre les recents efforts faits pour afficher leur
marginalisation par la
societe.
Le probleme est si critique qu'au cours d'une interview de 3 mm
accordee a
IPS, le President de ZIMAS John Makumbe est intervenu "pour
demander s'il
est possible d'inserer notre adresse pour que quiconque desireux
de nous
aider puisse nous contacter a l'adresse suivante : BP MP1186, Mont
Pleasant,
Harare".
Makumbe accuse le gouvernement pour les difficultes que rencontre
son
organisation. "Nous ne recevons pas assez de soutien parce que le
gouvernement n'a pas enregistre notre association en tant
qu'organisation a
vocation sociale et la consequence est que certains donateurs
hesitent de
financer nos activites", confit-il a IPS.
ZIMAS avait sollicite une inscription en aout dernier mais elle
n'a pas
encore ete enregistree, en raison de ce que Makumbe percoit comme
un
sabotage bureaucratique de la part du gouvernement.
Meme quand un donateur envoie de l'aide, ZIMAS a des difficultes
pour la
percevoir a cause de la taxe douaniere elevee appliquee sur les
produits
importes au Zimbabwe. Presentement, ZIMAS se bat pour se procurer
des
capitaux afin de dedouaner une expedition de lotions solaires
offertes par
une organisation internationale. "Ces marchandises sont en
souffrance dans
les locaux de la douane", explique Makumbe. "Si nous etions
enregistres en
tant qu'organisation sociale nous ne dedouanerions pas ces
marchandises.
Par manque de capitaux, les 500 paires de lunettes envoyees a
ZIMAS depuis
l'Australie ne sont pas encore parvenues aux beneficiaires. "Nous
avons
desesperement besoin de lunettes pour les eleves parce que
generalement les
albinos voient difficilement en classe, ils ont des difficultes
pour voir
et lire ce qui est ecrit au tableau", declare Makumbe.
L'idee etait d'extraire les lentilles humaines pour les remplacer
par des
lentilles adoptives selon le degre de myopie de chaque
beneficiaire mais,
Makumbe affirme que le probleme reste le paiement des lentilles
prescrites
pour etre placees dans les cadres. Certains enfants, ajoutans les
cadres. Certains enfants, ajoute-t-il, finiront
par abandonner l'ecole puisque leurs parents n'ont pas les moyens
de leur
acheter des lunettes.
Pour satisfaire les besoins de ses membres, ZIMAS affirme, qu'il
lui faut un
minimum de 150.000 dollars pour acheter les lotions solaires et
les lunettes
afin de demarrer le projet generateur de revenus, mais
presentement, elle
gere un budget de 2.424 dollars, qui sera epuise avant la fin de
l'annee.
La raison pour laquelle le financement tarde est que ZIMAS, la
premiere
association d'albinos jamais creee au Zimbabwe, est relativement
nouvelle
"donc les donateurs continuent de travailler et d'aider les
groupes avec
lesquels ils travaillent depuis des annees", declare Mak
Le financement de ZIMAS est a une etape (la plupart des aides
proviennent
des agences de cooperation danoise et allemande et de quelques
donateurs de
la place) qui depend largement de la reputation de Makumbe. Il est
le
president de Transparancy international (TI), section du Zimbabwe
et
professeur a l'universite du Zimbabwe, au departement de politique
et
d'administration.
Makumbe est egalement un franc critique de la politique
gouvernementale et
de la corruption. En revanche, il est encourage par le "role
actif et
supplementaire"du ministre de la sante, Timothy Stamps qui a
jusqu'ici
participe dans cette lutte. Le ministre a indique qu'il aimerait
encourager
la distribution des lotions solaires dans les centres hospitaliers
regionaux.
En 1996, les albinos du Zimbabwe avoisinaient le nombre de 2000,
mais
Makumbe annonce un chiffre qui depasse 5000, dont 30 a 40% sont
des jeunes
de moins de 20 ans.
Selon le president de ZIMAS, l'esperance de vie des albinos est de
43 ans,
comparee a 57 ans pour les noirs zimbabweens. "Le taux de
mortalite est
eleve (par rapport aux autres zimbabweens) a cause de la
predominance du
cancer de peau observe chez les albinos", explique Richard
Nyathi,
vice-president de ZIMAS.
Selon Maunganidze, le but de ZIMAS est d'aider les albinos du
Zimbabwe a
resoudre les difficultes auxquelles ils sont confrontes".
"Nous avons des problemes que, en tant qu'individu, vous ne
pouvez resoudre
seul", declare-t-elle. "Nous souhaiterions une situation ou
chaque albinos
gere son propre projet generateur de revenu parce que nous ne
pouvons pas
trouver du travail".
"Lorsque vous solliciter du travail vous ne mentionnez pas que
vous etes
albinos. Vous etes invites pour une interview et des que vous vous
presentez, soyez certain que vous avez deja perdu cet emploi".
Cependant, le fait que Maunganidze ait pu raconter son histoire
est la
preuve que le comportement de la societe envers les albinos a
quelque peu
change : traditionnellement, ils etaient tues a la naissance. Bien
que la
situation soit maintenant differente, ils sont toujours confrontes
aux
problemes menacants de la vie, affirme-t-elle.
"Tu ne peux meme pas vendre des legumes, personne ne voudra les
acheter
parce que tu es albinos. Auparavant, la frustration etait
tellement poussee
qu'elle vous affecte negativement", dit-t-elle. "Si tu ne cesses
de penser
a ce que les gens disent et font de toi, tu auras toujours les
larmes aux
yeux".
L'albinos est une condition genetique dans laquelle l'enzyme
necessaire pour
produire le pigment noir dans la peau est absent. "A cause de la
vulnerabilite de notre peau, nos cellules subissent des mutations
et nous
defigurent ; ce qui entraine le cancer de la peau qui est
mortel", declare
Nyathi.
"Nous voulons que le ministre la sante inscrive la lotion solaire
sur la
liste des medicaments essentiels afin qu'ils arrivent au pays sans
etre
dedouanes", ajoute Nyathi, chef bibliothecaire au ministere de
l'industrie
et du commerce.
Une boite de lotion solaire coute environ 10 dollars (600 francs
CFA), mais
plusieurs albinos sont des chomeurs, ils ne peuvent donc pas
l'acheter. "De
plus, les medicaments ne se trouvent que dans les pharmacies des
grandes
villes et la plupart des notres qui vivent dans des zones rurales
n'ont pas
acces a ces medicaments", affirme Nyathi. "Nous avons egalement
besoin
d'argent pour parcourir les ecoles et sensibiliser les professeurs
sur la
necessite de cooperer avec les enfants albinos afin qu'ils se
comprennent
mieux".
Pour le moment, trouver un donateur qui puisse payer un an de
loyer a
l'association, ( 520 dollars par mois, soit plus de 300.000 CFA)
serait un
soulagement, a declare Nyathi.

