DEVELOPPEMENT: L'éradication de la pauvreté est un objectif ambitieux mais pas utopique

NATIONS UNIES, 27 oct. (IPS) – La campagne mondiale pour éradiquer
la
pauvreté est en train d'être compromise en raison du poids de plus
en plus
croissant de la dette, de la réduction de l'aide au développement,
de
l'instabilité des marchés de matières premières, et de la
prolifération des
conflits militaires.

"Le monde ne manque pas de bonnes intentions pour éradiquer la
pauvreté",
indique Harri Holkeri de la Finlande, président de l'Assemblée
Générale des
Nations Unies, composée de 189 membres. Mais les bonnes intentions
ne
correspondent pas actuellement aux bonnes actions d'autant plus
que le
nombre de pauvres continue d'augmenter, et non de décroître,
ajoute-t-il.
Au Sommet Social de 1995 à Copenhague, un engagement ferme a été
pris pour
réduire de moitié le nombre de personnes vivant dans la pauvreté
d'ici l'an
2015.
Cet engagement a été réitéré par le G7, le groupe des plus grandes
puissances industrielles du monde, au Japon en juillet dernier, et
également
par plus de 180 Chefs d'Etat participant au Sommet du Millénaire à
New York
le mois dernier.
"Je remarque les nombreux efforts et programmes exécutés par les
Nations
Unies, ses agences spécialisées, les gouvernements et les acteurs
de la
société civile", admet Holkeri. Mais jusqu'ici, nous n'avons pas
fait assez".
Alors que les Nations Unies commémoraient la Journée
Internationale pour
l'Eradication de la Pauvreté le 23 octobre, le Secrétaire Général
Kofi Annan
a fait remarquer que bien que l'objectif international soit un
objectif
ambitieux, "il n'est ni utopique, ni impossible".
"Nous avons la connaissance et les moyens d'atteindre cet
objectif. Ce qui
manque, c'est la volonté", ajoute-t-il.
Dans le monde développé, dit-il, cela signifie la volonté
d'apporter un
allègement significatif de la dette, de supprimer les barrières
protectionnistes contre les exportations venant des pays les plus
pauvres,
et de dépenser plus qu'une simple fraction négligeable de revenus
sur l'aide
au développement.
Dans plusieurs pays en voie de développement, cela signifie la
volonté de
combattre la corruption, de mettre fin aux conflits persistants,
et de bâtir
une plate-forme de bonne gouvernance, indique-t-il.
Actuellement, il y a environ 1,2 milliard de personnes vivant en
dessous du
seuil de la pauvreté qui équivaut à moins d'un dollar par jour, et
près de 3
milliards de personnes vivent de moins de 2 dollars par jour
contre une
population mondiale de plus de 6 milliards de personnes, selon les
statistiques de la Banque Mondiale.
"Même ces statistiques ne traduisent pas l'humiliation,
l'impuissance et
les privations brutales qui sont le lot quotidien des pauvres du
monde",
fait remarquer Annan.
L'objectif international est de réduire le nombre de personnes
vivant dans
la pauvreté d'ici l'an 2015.
Au plan mondial, la proportion de personnes vivant dans la
pauvreté est
passée de 29 pour cent en 1987 à 26 pour cent en 1998, bien que le
nombre
total de pauvres soit resté presque inchangé et tourne autour de
1,2 milliards.
La réduction de l'incidence de la pauvreté mondiale est surtout
attribuée au
progrès fait en Asie du Sud, plus particulièrement en Chine, même
si le
progrès s'est quelque peu inversé durant la crise économique
asiatique en
1997-1998, et semble avoir été retardé en Chine.
La performance dans trois autres régions – notamment l'Afrique,
l'Amérique
Latine et l'Asie du Sud – montre seulement une légère baisse ou
pas de
baisse du tout dans l'incidence de la pauvreté, tandis que le
nombre de
personnes vivant dans la pauvreté dans ces régions a augmenté.
Lorsqu'on lui a demandé pourquoi la Chine a réussi là où les
autres ont
échoué, Stephen Browne, Conseiller Principal à la Pauvreté au PNUD
(Programme des Nations Unies pour le Développement), a déclaré que
cela
était surtout dû au fait que la Chine est une société relativement
égalitaire où la croissance rapide a été traduite par une
réduction rapide
de la pauvreté. Dans les pays très inégaux, a-t-il indiqué, les
effets sont
moindres, même négligeables.
Selon le "Rapport sur la Pauvreté dans le Monde", publié par la
Banque
Mondiale en juillet dernier, 74 autres millions de personnes ont
rejoint les
rangs des pauvres en Afrique au Sud du Sahara en 1998, qui a
atteint un
nombre total de quelque 291 millions.
En Amérique Latine, les chiffres sont passés de 64 à 78 millions.
Et en Asie
du Sud, au total 522 millions de personnes vivent dans la
pauvreté.
L'augmentation la plus rapide a été notée dans les Républiques de
l'Europe
de l'Est et de l'ex-Union Soviétique où ce chiffre est passé
d'environ 7
millions à 24 millions en 1998.
Browne, qui préside également la Division du Développement Social
et de
l'Elimination de la Pauvreté du PNUD, a indiqué à IPS que la
réalisation de
l'objectif international dépend de plusieurs facteurs.
"Ma principale conviction est que la réduction de la pauvreté
commence à
domicile. Un progrès considérable pourrait être fait sur la base
des
ressources existantes, s'il y avait plus de stabilité, moins de
conflit, et
une meilleure utilisation de ces ressources, aussi bien que la
volonté
d'encourager les populations à prendre plus activement part à la
vie
économique", a-t-il indiqué.
Browne a décrit cela comme l'affranchissement au sens le plus
large du
terme- "pas seulement le vote, mais une participation qui confère
véritablement l'habilitation, particulièrement celle des femmes".
Sur le plan national, a-t-il indiqué, une réduction des dépenses
militaires
libérerait des ressources pour l'éducation, la santé, l'eau et les
autres
services sociaux.
L'allègement du poids de la dette et l'octroi de plus de marchés
aux
exportations venant des pays les plus pauvres aiderait également,
si les
ressources étaient utilisées de façon productive.
Au même moment, dit-il, "plus d'aide devrait être utilisée pour
les genres
d'habilitations que j'ai décrit, pas nécessairement pour la
majorité des
petits projets de réduction de la pauvreté seulement, qui pour la
plupart du
temps ne sont ni totalement absorbés ni durables".
Pendant ce temps, les Nations Unies ont identifié le VIH/SIDA et
la
mondialisation illimitée comme deux facteurs favorisant
l'augmentation de la
pauvreté.
Pour Mark Malloch, Administrateur du PNUD, le SIDA n'est pas
seulement une
maladie dévastatrice mais également un grand obstacle au
développement
économique.
La mondialisation, d'autre part, a été annoncée comme une grande
force qui
pourrait être étroitement associée pour accélérer le programme
d'éradication
de la pauvreté.
"Mais la mondialisation doit signifier plus que la création de
marchés plus
grands, et l'expérience confirme que la croissance à elle seule ne
peut pas
réduire la pauvreté et l'inégalité des revenus", soutient Annan.
"La politique économique doit être associée aux politiques
sociales
efficaces destinées à l'éducation pour tous, la santé pour tous,
et
l'égalité entre les sexes. Ceci est essentiel si la mondialisation
veut être
effective pour toutes les populations du monde, et si nous voulons
réduire
de moitié, d'ici 2015, la proportion des personnes vivant dans la
pauvreté", indique-t-il.