DEVELOPPEMENT: Réduire la pauvreté – éduquer une fille

ADDIS-ABEBA, 12 oct (IPS) – Bien qu’au cours de la dernière décennie 52 millions d'enfants supplémentaires en Afrique subsaharienne aient été inscrits à l’école primaire, avec une progression de la scolarisation des filles de 54 pour cent à 74 pour cent, une grande majorité de filles – 16 millions sont toujours privées d'accès à l'éducation.

C'est ce que dit un rapport de l’organisation non gouvernementale (ONG) 'Plan International' intitulé 'Progrès et obstacles à l'éducation des filles en Afrique' publié à Addis-Abeba, en Ethiopie, le 11 octobre – la première Journée internationale de la fille.

Ce rapport indique que le taux de scolarisation en Afrique subsaharienne reste le plus faible au monde, avec les garçons plus susceptibles d’aller à l'école que les filles.

Il prévient que si cette situation ne change pas immédiatement, l'Objectif du millénaire pour le développement (OMD) d’atteindre l'éducation primaire universelle d'ici à 2015 ne sera pas réalisé. (Les OMD sont une série d'objectifs de développement et de lutte contre la pauvreté convenus par les Etats membres des Nations Unies en 2000).

Luther Anukur, directeur régional adjoint pour l'Afrique orientale et australe pour 'Plan International', a déclaré à IPS que la culture était l'une des causes profondes du problème: “Nous devons nous engager avec les communautés pour discuter de la question des filles qui ne vont pas à pas l'école”.

Plusieurs facteurs empêchent les filles d'étudier, tels que le coût de l'éducation, les violences dans les écoles, ou les familles qui préfèrent envoyer leurs fils à l'école au lieu de leurs filles.

Le rapport indique que bien que beaucoup de pays sur le continent disposent de politiques nationales garantissant la gratuité de l'enseignement primaire, la réalité pour les enfants et leurs parents est très différente.

“Bien que les frais de scolarité officiels aient été supprimés, beaucoup d’écoles continuent de demander d'autres frais, tels que pour l'inscription ou les examens. En plus des coûts des uniformes, livres, du transport, des fournitures scolaires et d’autres coûts cachés de l'éducation, envoyer un enfant à l'école demeure un investissement financier important pour les familles”, souligne le rapport.

Le mariage précoce et la grossesse constituent une autre raison cruciale pour les filles qui abandonnent l'école. En Ouganda, Guinée-Bissau et au Libéria, près de 60 pour cent des filles qui allaient à l’école ont arrêté leurs études à cause de grossesses précoces, selon le rapport. Et dans des pays tels que le Niger, Tchad et le Mali, deux-tiers des filles sont mariées avant l'âge de 18 ans.

Isabel* est une jeune fille de 19 ans originaire du Mozambique qui s’est déjà mariée deux fois, et a été forcée récemment par sa famille dans un troisième mariage avec un homme plus âgé. Elle n'a aucune éducation ou aucun diplôme, et dépend uniquement de sa famille.

“Ils ont prévenu que si je m’opposais à leur parole, ils me chasseraient avec (mes deux) enfants. Puisque je ne suis pas employée, j'ai été obligée de faire face à ce nouveau défi”, a-t-elle expliqué à 'Plan International'.

Latifa*, 15 ans, originaire d'Ethiopie, n’a pas tenu tête à sa famille lorsque son beau-père a voulu la marier à un ex-soldat de 40 ans. Ce n'était pas facile pour Latifa de défier sa famille puisqu’elle était sérieusement harcelée. Elle a indiqué à 'Plan International': “Quand c’était devenu trop lourd à supporter, j’ai fui pour aller vivre chez une tante à 60 kilomètres plus loin”. Trouver des fonds pour les frais de scolarité a été difficile pour elle, mais avec un emploi à temps partiel dans un salon de coiffure, elle se débrouille.

Mais de nombreuses filles comme Latifa se retrouvent dans des relations sexuelles transactionnelles pour couvrir les frais de scolarité ou acheter des nécessités de base mais inabordables, telles que le savon, la nourriture et les vêtements, selon le rapport.

La Journée internationale de la fille se concentre sur des filles comme Isabel et Latifa, mais les hommes et les garçons devront également jouer leur rôle, a souligné Anukur. “La décision de savoir si une fille peut aller à l'école est essentiellement prise par des hommes. Alors, nous ciblerons les familles qui envoient leurs filles à l'école, afin qu'elles puissent devenir des modèles pour la communauté”.

Alors que l'Afrique est pauvre, les gouvernements utilisent cet argument parfois pour leur incapacité à assumer la responsabilité de la situation, a déclaré Anukur. Il a affirmé que le continent ne manquait pas de ressources.

“Il s’agit de la façon dont ces ressources sont utilisées. La gouvernance est un gros problème en Afrique; il est important que les gouvernements s’engagent à changer”.

Le professeur Jean-Pierre O. Ezin, commissaire aux ressources humaines, à la science et la technologie de l’Union africaine (UA), a déclaré à IPS que l'organisation s’était engagée à assurer que les filles en Afrique grandissent en toute sécurité avec la possibilité d'atteindre tout leur potentiel.

“Parce qu'elles sont à la fois jeunes et des femmes, les filles, plus que tout autre groupe, sont marginalisées, exploitées et maltraitées”. Il a ajouté que s’assurer que les filles atteignent tout leur potentiel “n'est pas seulement une obligation morale, mais la solution la plus puissante que nous connaissions pour éliminer la pauvreté”.

Ezin a indiqué à IPS que bien que les politiques soient bonnes sur le papier, leur application demeurait un obstacle sur le continent.

“En tant qu’une organisation ou institution seule, vous pouvez parler beaucoup et fort, mais vous ne ferez pas un changement par vous-même”.

Le commissaire de l'UA estime que l'éducation de base est de la responsabilité de tous les pays pris individuellement.

“La société civile, les ONG et les gouvernements doivent travailler ensemble pour promouvoir des politiques d'éducation”, a-t-il souligné.