RD CONGO: Des maraîchers exploitent un ancien cimetière avec du compost

KINSHASA, 23 août (IPS) – Un groupe d’hommes et de femmes exploite un ancien cimetière désaffecté à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), pour des cultures maraîchères. Grâce au compostage des débris organiques, leurs rendements positifs leur permettent d’améliorer leurs revenus.

IPS a visité en août ce vieux cimetière de huit hectares, propriété de l’Etat congolais et appartenant à la commune de Kasa-Vubu, où sont pratiquées une variété de cultures maraîchères dont l’amarante, le chou, la pointe noire, l’épinard, l’oseille et la tomate. La police a un bureau qui assure la sécurité du site et de cette partie de la commune. Et l’inspection provinciale de la police a autorisé les maraîchers à occuper cet endroit pour le rendre en valeur. Le capitaine Denis Ngombo, commandant en chef du site, déclare à IPS: «La hiérarchie de la Police nationale congolaise a accordé cet espace aux maraîchers pour qu’ils en prennent soin». Malgré la présence des policiers sur le site, les maraichers gardent leurs outils de travail (houes, râteaux, arrosoirs, binettes) chez eux. A l’aube, ils arrivent avec leurs sacs et bassins pour attendre les clients qui achètent les légumes, mais aussi les fournisseurs des débris organiques pour le compostage. Richard Biemo, un ingénieur du Service national des fertilisants et intrants connexes, explique que le sol de Kasa-Vubu est sablonneux et sans un apport extérieur, la production n’est pas satisfaisante. Biemo estime que le système de compost est très nécessaire dans le cadre des cultures maraîchères qui doivent être produites et récoltées naturellement, sans utiliser des engrais chimiques. L’accès à l’eau est bien assuré car à chaque 300 mètres, les usagers du site ont creusé des puits qui servent à arroser leurs cultures.

Pour réaliser le compost, Adolphine Misenga, une maraîchère chargée de l’achat des débris organiques, indique à IPS qu’elle achète des déchets ménagers (feuilles et tiges de manioc séchées et de chikwangue) provenant des foyers et restaurants des alentours à 5.000 francs congolais (environ cinq dollars) le chariot. Selon elle, l’apport du compost contribue pour beaucoup dans ce travail en augmentant leurs rendements. Alors qu’il fallait attendre plus de six semaines pour récolter 10 tonnes d’amarante par hectare, leur production avoisine maintenant 25 à 30 tonnes après quatre semaines de culture depuis 2011.

Cornellie Niongo, technicienne agricole du Service national d’horticulture périurbaine, déclare à IPS: «J’encadre ce groupe de maraîchers depuis 2011 et je les encourage toujours à utiliser ce fertilisant car il ne présente aucun danger pour la santé. Les résultats sont satisfaisants puisque en quatre semaines, les légumes sont près pour la récolte». Antoine Musho, du Service national de semences, explique que la ville de Kinshasa connaît deux saisons de pluies: la première (octobre à mai) et la seconde (juin à septembre). Mais la ville ayant besoin de beaucoup de légumes pour nourrir la population de plus de 10 millions d’habitants, ces hommes et femmes ont fait des cultures maraîchères leur principale activité, même en contre-saison.

Nathalie Mayato, qui dispose d’une dizaine de plates-bandes, rapporte à IPS que lorsqu’elle a commencé cette activité, elle attendait environ six à sept semaines pour récolter et vendre son produit. «Aujourd’hui, quatre semaines suffisent pour vendre plusieurs plates-bandes d’amarante dont l’une revient à 20.000 FC (environ 20 dollars). Cela m’a également permis d’augmenter la production de tomate qui est passée d’une tonne entre 2009 et 2011, à deux tonnes et demie aujourd’hui», indique Mayato. Selon elle, le site de Kasa-Vubu est une «mine d’or vert» car il leur permet de tirer un bon revenu. De son côté, Philémon Mulekita, chargé des relations avec la police du site, déclare: «Je ne regrette vraiment pas d’avoir abandonné les voyages d’affaires à l’arrière-pays puisque ma nouvelle activité est plus rentable». Selon lui, le maraîchage constitue environ 80 pour cent des sources de revenus pour la moitié des gens qui mènent cette activité dans le centre urbain et périurbain de Kinshasa.

«Outre les potentiels acheteurs de nos produits qui viennent de tous les marchés municipaux de la ville, nous exportons aussi environ cinq tonnes de légumes vers Paris et Bruxelles chaque mois», affirme-t-il à IPS.

Selon Mulekita, «le site est trop sollicité par des gens fortunés qui cherchent à y ériger un complexe commercial. «Nous y sommes momentanément et profitons de la faveur que nous accorde la police des lieux pour tirer profit de notre activité», ajoute-t-il.