ZIMBABWE: Des collecteurs d’ordures devenus des ambassadeurs contre le changement climatique

HARARE, 6 août (IPS) – Tomson Chikowero avait honte de son travail. Il ne voulait pas que les gens sachent ce qu'il faisait pour gagner sa vie; alors il se réveillait tôt tous les matins et quittait sa maison à Hatfield, une banlieue résidentielle à Harare, la capitale du Zimbabwe, sous le couvert de l'obscurité.

Et il ne rentrait qu'après le coucher du soleil lorsque personne ne pouvait le voir transporter les sacs de bouteilles plastiques qu'il a collectées dans les poubelles des gens durant cette journée.

Pour Chikowero, un homme de la classe moyenne, qui était autrefois employé en tant que constructeur, et a perdu son emploi en 2010, la collecte de boîtes en plastique et en carton dans les poubelles des gens, pour être revendues, était d’abord embarrassante. Mais aujourd’hui, il est devenu un des éléments d'une poignée d’ambassadeurs inattendus dans la lutte contre les changements climatiques ici.

Les changements climatiques ont déjà eu un impact sur le pays, avec le Département des services météorologiques confirmant que les précipitations ici ont diminué, alors que les températures ont augmenté au cours des dernières années. Selon une étude publiée le 21 mars, intitulée “Renforcer les capacités nationales pour le programme de lutte contre les changements climatiques au Zimbabwe”, cet impact mettra en danger la sécurité alimentaire et la croissance économique du pays.

Toutefois, les ordures ont un rôle à jouer dans l'atténuation des changements climatiques dans cette nation d'Afrique australe. Une publication faite en 2010 par le Programme des Nations Unies pour l'environnement, intitulée “Les déchets et les changements climatiques”, indiquait: “Après la prévention des déchets, il a été démontré que le recyclage aboutit à un avantage climatique plus élevé par rapport à d'autres approches de gestion des ordures. Cela semble être le cas… aussi dans les pays en développement”.

Barnabas Mawire, le directeur national pour 'Environment Africa', une organisation non gouvernementale de protection de l’environnement, a admis que le recyclage est important pour le Zimbabwe.

“Le recyclage permet énormément l’atténuation des changements climatiques… Si les industries recyclent les bouteilles plastiques et les matériaux métalliques, elles n’utiliseront pas la même quantité d'énergie qu'elles dépenseraient si elles fabriquaient des plastiques ou des métaux à partir de rien. Si elles recyclent, elles utiliseraient moins de matières premières et d'énergie, et cela a été prouvé dans la réduction de l'empreinte carbone”, a-t-il expliqué à IPS.

La Fiche d'informations de l'Agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA) sur le recyclage a indiqué que le “recyclage des plastiques utilise seulement environ 10 pour cent de l'énergie qu'il faut pour fabriquer une livre de plastique à partir de matériaux bruts”.

Bien qu'il n'existe aucune estimation sur combien le Zimbabwe économiserait dans les émissions de gaz à effet de serre, le recyclage au Royaume-Uni économise actuellement plus de 18 millions de tonnes de dioxyde de carbone par an, les émissions annuelles de 177.879 véhicules de voyageurs.

Mais beaucoup de Zimbabwéens ne sont pas conscients des changements climatiques ou des efforts d'atténuation. Ce pays d'Afrique australe ne dispose d'aucune politique de lutte contre les changements climatiques, bien qu’il soit en train d'en formuler une avec le Réseau des connaissances sur le climat et le développement.

Alors, quand Chikowero a commencé pour la première fois à collecter les ordures, lui et les centaines d'autres qui fouillent les poubelles des gens pour ramasser des boîtes plastiques et en carton pour être revendues, ils le faisaient simplement pour gagner leur vie dans un pays avec un taux de chômage de 70 pour cent. Un kilogramme de plastique peut être vendu pour sept à 10 dollars.

Bien qu'il n'existe pas de chiffres officiels sur le nombre de personnes qui gagnent leur vie à partir de cette activité, il est fréquent de voir des gens collecter des ordures dans les banlieues d’Harare. Des acheteurs de plastiques au marché de Mbare Musika, à Harare, ont dit à IPS qu'ils traitent avec plus de 200 collecteurs de déchets tous les jours.

Ce marché est le plus grand de la ville, et a une zone organisée pour les acheteurs de matières recyclables. En outre, 'Mukundi Plastics', une entreprise d'emballage et de recyclage dans la zone industrielle d’Harare, a déclaré qu'elle reçoit des livraisons auprès de 100 personnes environ par jour.

Le recyclage est important pour le pays. Selon l'Autorité de gestion de l’environnement, un organisme gouvernemental mis en place pour protéger les services environnementaux et les biens, le Zimbabwe est en train de manquer de sites d'enfouissement.

Par ailleurs, le Journal du développement durable en Afrique 2011 a indiqué que les ménages du Zimbabwe génèrent des déchets solides atteignant 2,7 kg par jour, dont seulement 47 pour cent sont biodégradables. Les autorités ont souvent recours au brûlage des ordures comme un moyen de s’en débarrasser, une pratique considérée comme nuisible à l'environnement.

Le recyclage est une façon importante de combattre cela. Chikowero a été informé pour la première fois des changements climatiques et de la manière dont le recyclage peut réduire les émissions de carbone lorsqu’un acheteur lui a mentionné cela et à d'autres collecteurs d’ordures, comme un moyen de les encourager à poursuivre leur travail.

“Nous faisions juste cela pour l'argent lorsque nous avions commencé, et je me demandais pourquoi les gens sont intéressés par l'achat de bouteilles plastiques et de boîtes en carton, jusqu'à ce qu’on nous ait dit ce qui se passe une fois que le plastique est acheté chez nous”, a déclaré Chikowero. Il est recyclé à la fois par des entreprises locales et internationales pour la fabrication de bouteilles de boissons non alcoolisées et de boîtes de céréales.

* Cet article est l’un d’une série soutenue par le Réseau de connaissances sur le climat et le développement.