KINSHASA, 11 juil (IPS) – Des organisations non gouvernementales (ONG) de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) fustigent la décision rendue mardi par la Cour pénale internationale (CPI), estimant que la peine de 14 ans retenue contre Thomas Lubanga Dyilo est dérisoire.
Lubanga, un ancien chef de l’Union des patriotes congolais (UPC), était poursuivi depuis 2006 par la CPI pour enrôlement et conscription d’enfants de moins de 15 ans comme combattants dans sa milice des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC) entre 2002 et 2003.
Joël Bisubu de l’ONG Justice plus, se dit inquiet, affirmant à IPS que «les 14 ans sont dérisoires. Encore qu’il faudra y soustraire les six ans qu’il a déjà passés en prison, et il n’en fera plus que huit autres». Il ajouté: «Le retour proche de Lubanga fait peur puisqu’il pourrait ainsi rentrer comme un héro. Plusieurs membres de sa communauté considèrent que c’est à tort qu’il a été envoyé à la CPI puisque, selon eux, il combattait pour les protéger». Pour Bisubu qui est un défenseur des droits humains, «le retour de Lubanga en RDC engendre surtout la peur de représailles pour les victimes et leurs familles qui ont accepté de témoigner devant la justice. Il est souhaitable de le poursuivre pour d’autres crimes qu’il a commis en Ituri, en plus du recrutement et l’utilisation des enfants mineurs dans les troupes combattantes de sa milice». «La crainte du retour de Lubanga est très ressentie surtout par nos membres et nos familles respectives», affirme Emilie Buza de l’ONG Forum des mamans de l’Ituri (FOMI). «En 2003, nous avions décidé de nous réunir au sein d’un groupe de défense des intérêts des mamans de l’Ituri et de constituer notre ONG pour aussi défendre les droits des victimes de graves violations des droits humains en Ituri devant la justice», indique Buza. «Nous avons élaboré beaucoup de documents d’enquête que nous avons transmis à la CPI et aux Nations Unies. Ils portent nos noms», dit-elle, ajoutant que «parmi les mamans qui constituent notre ONG, il y a aussi des victimes directes des exactions commises par les militaires de l’UPC». Mais pour le gouvernement, «il s’agit d’une décision à caractère pédagogique à laquelle il faut donner toute sa valeur», a déclaré à IPS, Dieu-Merci Mutombo, directeur de cabinet au ministère des Médias, chargé des Relations avec le Parlement et de l’Initiation à la Nouvelle Citoyenneté.
Entre-temps, «la CPI ne s’est pas encore prononcée sur les réparations à accorder aux victimes des crimes commis par Lubanga», indique Franck Mulenda, avocat d’un groupe de victimes dont l’identité se résume en des codes pour assurer leur protection.
«A ce stade, ce qui devrait intéresser toutes les victimes, qui sont impliquées dans le procès, ce n’est pas la hauteur de la peine prononcée par la cour, mais d’abord la décision que celle-ci devra rendre dans quelques jours pour fixer les réparations à leur accorder», souligne cet avocat.
Mardi, 10 juillet, la CPI a rendu une première décision au fond, condamnant Lubanga à 14 ans de prison au lieu des 30 ans qui étaient requis par le procureur. La CPI justifie la peine prononcée par le fait que pour elle, «Lubanga devait bénéficier des circonstances atténuantes pour avoir notamment accepté de coopérer avec la cour», affirme Paul Madidi, porte-parole de la CPI en RDC. Mardi après-midi, le bureau du procureur de la CPI a publié un communiqué, dont copie est parvenue à IPS, indiquant: «En condamnant Lubanga à une peine de 14 ans de prison pour les crimes d’enrôlement et de conscription d’enfants de moins de 15 ans et leur utilisation pour les faire participer activement à des hostilités, les juges de la CPI ont clairement fait savoir aux auteurs de tels crimes qu’ils ne jouiront d’aucune impunité».
Le même communiqué ajoute cependant que «le bureau du procureur procède à un examen minutieux du jugement et décidera s’il y a lieu d’interjeter appel. Il s’attend également à ce que les juges se prononcent sur la question des réparations, afin de s’assurer que justice sera pleinement rendue aux victimes des crimes de Lubanga».
En 2004, la RDC avait demandé à la CPI d’enquêter et de poursuivre les crimes internationaux qui ont été commis sur son territoire depuis le 1er juillet 2002. En 2006, la CPI avait émis un mandat d’arrêt contre Lubanga, l’accusant de crimes de guerre, d’enrôlement et de conscription d’enfants de moins de 15 ans, et de les avoir fait participer à des hostilités.

