KAMPALA, 30 juin (IPS) – Dès que Sanyu Nagia s'assied dans la maison de Barbara Namirimu, elle demande à voir le sac à médicaments de sa patiente. Il est trop lourd pour que la malade Namirimu le transporte, alors sa mère, Efrance Namakula, le sort et le lui donne.
Il est bombé, rempli d’anti-rétroviraux (ARV) qui combattent le VIH de Namirimu, des médicaments anti-tuberculeux pour la guérir de cette maladie, de la morphine pour soulager la douleur due aux lésions de la peau qu’elle a développées du fait du sarcome de Kaposi (une tumeur cancéreuse du tissu conjonctif souvent associée au SIDA) et des dizaines d'autres pilules multicolores.
Pendant que Nagia vérifie les médicaments pour s’assurer que Namirimu les prend comme prévu, sa patiente l’informe sur sa santé. Elle se sent toujours affaiblie et son appétit faible. Son œil droit ne s’ouvrira pas totalement. Mais elle est optimiste, souriant et racontant des blagues. Elle dit à Nagia qu’elle a même rêvé d’elle la nuit dernière.
“Parfois”, raconte Namirimu à Nagia, “je n’arrive même pas à croire que vous êtes réelle”.
Nagia est un agent de santé communautaire de l’organisation 'Kawempe Home Care' (KHC). Cette organisation est basée dans la banlieue de Kawempe, à Kampala, la capitale ougandaise, un quartier ayant l'un des fardeaux les plus élevés de la maladie dans la ville, et s’occupe de près de 1.200 malades séropositifs dans la zone, qui sont également traités pour la tuberculose et le cancer. Les 24 agents de santé communautaire de l'organisation visitent le quartier tous les jours, demandant si les gens se sentent malades et les encourageant à aller pour les conseils et le dépistage du VIH. Le centre offre aussi des ARV, ainsi que d'autres médicaments.
Ils rendent visite également aux malades comme Namirimu, qui sont trop faibles pour accéder au traitement dans leurs bureaux. Nagia passe dans la maison de Namirimu tous les mardis depuis que cette fille de 26 ans a été enregistrée auprès de la KHC en janvier. Lors de ses visites, Nagia s’informe sur la santé de sa patiente, aide avec des causeries et à faire les travaux ménagers.
Bien qu'elle souffre de la tuberculose, du VIH et d’une gamme d'infections qui rongent son système immunitaire affaibli, Namirimu a déclaré qu'elle sait qu'elle s'améliore. Elle attribue l’amélioration de sa santé à la KHC, en particulier à Nagia.
“J'étais presque mourante”, a-t-elle dit à IPS. “Maintenant, je suis revenue à la vie”.
La KHC fêtera son cinquième anniversaire le mois prochain. En 2007, elle est intervenue pour renforcer la promesse du pays de l'accès universel au dépistage et au traitement du VIH. Une promesse que le système de santé national sous-financé, et en manque de personnel, a été incapable de tenir.
Les conseils et le dépistage volontaires du VIH sont gratuits dans les centres de santé ougandais, ainsi que les ARV. Mais seulement environ 20 pour cent des Ougandais connaissent leur statut sérologique, selon le rapport le plus récent du pays sur les progrès réalisés pour le VIH/SIDA. L'étude a montré que 6,7 pour cent des adultes âgés de 15 à 49 ans étaient séropositifs dans ce pays enclavé d'Afrique de l’est.
Une fois que les malades du VIH sont dans le système gouvernemental, qui manque près de la moitié des agents de santé nécessaires, il y a des insuffisances dans les conseils et le traitement.
Avant qu’un voisin n’alerte la KHC du statut de Namirimu, elle accédait aux soins dans un établissement public. Les agents de santé là-bas ne l'avaient pas vue pendant près d'un an et n'avaient pas réussi à diagnostiquer sa co-infection de tuberculose.
Oliver Namirimu (aucun lien de parenté) est la directrice du département communautaire pour la KHC. Elle a déclaré à IPS que les gens qui vivent dans la zone de couverture de la KHC ont accès à trois centres de santé publics, y compris l'hôpital national de référence.
“S’ils ne peuvent pas se déplacer, s’ils sont trop malades, ils ne peuvent pas aller au centre de santé public”, a-t-elle souligné. “Des organisations comme Kawempe interviennent pour compléter les services du gouvernement”.
Dans le cas de Barbara Namirimu, elle n'a jamais bénéficié de contrôles dans un centre de santé public et sa santé s’est dégradée lentement. Au moment où la KHC l'a trouvée, elle était trop faible pour voyager n'importe où.
Bien qu'il n'existe aucune base de données nationale sur les programmes d’agents de santé communautaire, des groupes comme la KHC parsèment le paysage de la santé. Mais ils ne sont toujours pas suffisants pour combler les lacunes dans le système de santé de l'Ouganda.
Le gouvernement a formé et facilité plus de 80.000 membres d'équipe de santé de village depuis 2002, mais ils sont censés traiter une série de maladies au niveau superficiel. Le programme de la KHC est axé spécifiquement sur le VIH, la tuberculose et le cancer, avec un personnel médical qualifié qui peut fournir une assistance rapide.
Cependant, le travail qu'ils font ne peut pas se faire à moindre coût, ce qui limite la promotion des organisations similaires. La KHC arrive à fonctionner grâce au financement des donateurs et à la contribution du gouvernement en médicaments. Oliver Namirimu a indiqué qu'ils sont toujours à la recherche de fonds supplémentaires pour compléter les indemnités qu'ils paient aux agents communautaires – un montant de 33 dollars environ par mois, qui exclut le coût du carburant.

