NIGER: Des femmes accèdent à l’autonomie financière grâce au maraîchage

DIOGA, Niger, 11 juin (IPS) – Aminata Douramane et trois enfants s’activent à désherber des planches de légumes sur une portion du site de cultures maraîchères exploité par les femmes du village de Dioga et des hameaux environnants, dans la commune rurale de Torodi, dans l’ouest du Niger.

Douramane, 60 ans, aidée par ses trois petits-fils, cultive la laitue, la tomate, le chou, l’oignon, l’aubergine, le gombo, la courge…, a constaté IPS sur place. «Je produis parallèlement aussi du moringa depuis trois ans», dit-elle, montrant un lopin de terre à côté des planches, sur lequel se dresse sa plantation de 85 arbustes de Moringa Oleifera sur 110 mètres carrés.

«Les trois enfants (deux filles et un garçon) que vous avez trouvés en train de m’aider sont mes petits-enfants. La plus grande a 13 ans et le benjamin huit ans. Ils vont tous à l’école, c’est lorsqu’il n’y a pas cours qu’ils viennent me donner un coup de main», explique Douramane à IPS. Sur le site verdoyant d’une superficie d’environ trois hectares, d’autres femmes sont également absorbées par l’entretien de leurs cultures. «Je suis là pour m’assurer que l’ouvrier, qui m’aide, arrose bien les plantes. Comme il fait très chaud maintenant, pour bien donner, les cultures ont besoin de beaucoup d’eau», explique à IPS, Zeïnabou Boureïma, une autre femme maraîchère. «Au départ, nous étions une cinquantaine de femmes à nous lancer dans cette activité sur ce périmètre mis gratuitement à notre disposition par le chef de village en 2002, à travers le groupement 'Cernafa' (qui signifie l’entraide en langue djerma) que nous avons créé», indique Douramane, la présidente du groupement. «Les conditions étaient très difficiles à cause du manque d’eau; on nous prenait même comme des folles», se souvient-elle. «Mais aujourd’hui, nous sommes plus de 100 femmes dans le groupement et à travers ce maraîchage, nous faisons la fierté du village et même de la commune rurale de Torodi. Avec nos économies, nous avons dû acheter une terre de 4,2 hectares il y a trois ans à 400.000 francs CFA (environ 772 dollars) pour répondre aux sollicitations et diversifier nos activités culturales», ajoute-t-elle. Selon Salou Moumouni, directeur de l’école du village et conseiller informel du groupement, «ce qui a motivé les femmes de Dioga à s’adonner à ce maraîchage, c’est d’abord l’insécurité alimentaire qui est chronique dans la zone. Juste après la campagne agricole, les maris partent en exode vers les villes de la sous-région, abandonnant les femmes et les enfants sans nourriture souvent».

«C’est avec les recettes générées par la vente de leurs produits maraîchers qu’elles tiennent les foyers jusqu’au retour des hommes», indique Moumouni à IPS, soulignant l’autonomie financière à laquelle elles sont parvenues grâce au développement de leurs activités.

«J’ai décidé de soutenir bénévolement le groupement parce que j’ai constaté qu’il est animé par des femmes très courageuses, prêtes à surmonter n’importe quel obstacle pour sortir de la dépendance», souligne-t-il. Bibata Garba, une autre femme du groupement, confie à IPS: «Au début de l’activité, toute la campagne qui va de décembre à avril, je gagnais à peine 60.000 FCFA (environ 115 dollars) dans ce maraîchage, mais actuellement, je fais des recettes de plus de 210.000 FCFA (405 dollars) sur la même période, grâce aux bons rendements que j’obtiens». «Cette détermination des femmes de Dioga à lutter contre la faim et la pauvreté à travers le maraîchage nous a conduits à leur porter assistance à partir de 2004, en renforçant leurs capacités, notamment en technique agricole et en vie associative», déclare Amadou Boubacar, président de Action pour un développement durable (ADD), une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Niamey, la capitale nigérienne.

«Nous avons doté le groupement de quatre puits modernes, d’un château pour le système d’arrosage goutte-à-goutte que nous avons installé sur le site avec l’appui de l’Icrisat, et d’une motopompe. Nous lui fournissons aussi des semences et des engrais et nous avons également alphabétisé ses membres», souligne Boubacar à IPS. (Icrisat est l’Institut international de recherches sur les cultures des zones tropicales et semi-arides) basé à Niamey.

Selon Boubacar, les interventions de ADD au profit du groupement des femmes ont reçu un appui financier de Carrefour canadien international (CCI), une ONG canadienne basée au Québec. D’après Aïssa Boukari, trésorière du groupement, les autorités nigériennes et d’autres partenaires, comme l’ONG Oxfam, la Coopération suisse, leur apportent également une assistance en matériel aratoire et en intrants, notamment des arrosoirs, des râteaux, des tuyaux, des dabas, des semences…

«Les principales cultures pratiquées sur le site sont les légumes (laitue, tomate, oignons, chou, courge, gombo, poivron…, mais depuis trois ans, le moringa aussi est introduit avec l’encadrement de ADD. Le groupement dispose également d’un verger comportant des manguiers, des citronniers, des goyaviers, d’orangers…», explique Moumouni. «Il est difficile de quantifier la production de laitue et de légumes qui sont vendus sur pied ou récolté et acheminé directement sur les marchés par les exploitantes; par contre nous connaissons les recettes de vente qui se chiffrent à près de cinq millions de FCFA (plus de 9.500 dollars) de décembre 2011 à avril 2012», indique Boukari à IPS. «Et la production n’est pas finie, nous avons décidé de l’étaler, depuis trois ans, sur toute l’année», ajoute-t-elle.

Selon le gouvernement, les cultures irriguées, dont celles du maraîchage, ont permis de produire cette année dans le pays un équivalent céréalier d’environ 325.000 tonnes, contre un déficit global de quelque 600.000 tonnes enregistré au cours de la campagne agricole 2011-2012. Ce déficit est à l’origine de la crise alimentaire qui affecte encore 8,3 millions des 15,7 millions de Nigériens.