JOHANNESBURG, 22 mai (IPS) – Le gouvernement angolais est exhorté à mener une enquête approfondie et indépendante sur les allégations d'abus sexuels et physiques commis par ses forces de sécurité contre des migrants congolais.
Dans un rapport de 50 pages publié le lundi 21 mai, intitulé “Si vous revenez, on vous tue”, 'Human Rights Watch' (HRW), un groupe de pression basé à New York, enquête sur des témoignages accablants d'hommes et de femmes qui étaient entrés illégalement en Angola pour y travailler.
Beaucoup affirment qu'ils ont été soumis à diverses formes de torture, aux bastonnades et aux viols collectifs tout en étant maintenus en garde à vue en Angola avant d'être expulsés vers la République démocratique du Congo (RDC). L’Angola partage une frontière avec la RDC au nord.
Des migrants interrogés par les chercheurs de HRW entre 2009 et 2011 ont raconté comment ils ont été raflés dans les mines de diamants, les marchés et villages à travers le nord de l'Angola par une combinaison de la police des frontières, des agents de l'immigration et des soldats. Ils ont été ensuite ligotés, battus, fouettés avec des chaînes et brûlés par des couteaux chauds.
Des femmes, bon nombre enceintes ou avec de petits enfants et des bébés, ont raconté avoir été jetées dans des cellules de prisons exiguës, qui étaient remplies de jusqu’à 100 ou même 150 autres personnes. Ces femmes ont été obligées de s'asseoir dans leurs propres excréments et urine et n’avaient accès à la nourriture et à l'eau que lorsqu’elles avaient des relations sexuelles avec les agents de sécurité.
“En prison, ils nous battaient lorsque nous refusions d'avoir des relations sexuelles avec eux et ils nous donnaient des coups de bottes dans le ventre”, a raconté une femme de 30 ans, qui a été détenue à la prison de Condueji, à Dundo, dans la province de Lunda Norte, qui est frontalière à la RDC.
“Ils venaient par groupes de 20 ou 30 pour demander à voir les filles. Nous étions 147 femmes dans une cellule et n'avions rien à manger, rien pour nous laver avec, nous ne pouvions pas dormir”, a-t-elle ajouté.
HRW a noté que les enfants sont souvent témoins des sévices sexuels infligés à leur mère et à d'autres femmes détenues.
Une femme, âgée de 27 ans, également détenue à Condueji, a déclaré aux chercheurs de HRW: “Nous étions 73 femmes et 27 enfants dans la cellule. Ils nous gênaient tout le temps pour avoir des relations sexuelles avec nous. Ils portaient différents uniformes, de couleur kaki et verte, bleue et noire”.
“J'ai finalement accepté d'avoir des relations sexuelles avec un soldat dans un uniforme kaki à cause de la faim. Il m'a donné des biscuits, mais le viol m’a fait trop mal”.
Toutefois, des allégations selon lesquelles les services de sécurité angolais maltraitent les migrants congolais – dont la plupart traversent la frontière pour travailler dans les vastes mines de diamants à ciel ouvert – ne sont pas nouvelles.
Il en est de même pour les expulsions massives. Elles ont commencé en 2003 juste après la fin des décennies de guerre en Angola (de 1961 à 2002), lorsque le pays a commencé à renforcer ses frontières et la sécurité nationale. Toutefois, les expulsions se sont constamment intensifiées dans un contexte de détérioration des relations bilatérales entre des alliés autrefois proches.
Les Nations Unies estiment que quelque 400.000 citoyens congolais ont été renvoyés du territoire angolais depuis le début des expulsions. Des rapports de l'ONU publiés depuis février 2011 ont montré qu’il y avait 55.000 expulsions au cours de cette année, et sur ce total, 3.770 personnes avaient été violées.
Antonio Mangia, un chargé de protection au Comité international pour le développement des peuples, une organisation non gouvernementale italienne qui dispose d'un financement de l’ONU pour soutenir et surveiller les citoyens congolais expulsés d'Angola, a déclaré à IPS que “la situation est très inquiétante”.
“Nous avons vu plus de 25.000 personnes expulsées depuis janvier cette année, avec plus de 1.000 incidents de violences sexuelles ou de violences basées sur le genre pendant cette période”.
“L'aide humanitaire est sous-financée, alors les droits de ces Congolais sont doublement violés, d'abord en Angola, et puis quand ils retournent en RDC où ils n'ont pas accès aux soins de santé, à un abri ou à d'autres droits fondamentaux”, a-t-il ajouté.
L’Angola ne cache pas sa campagne d'expulsion, écrivant régulièrement sur des opérations d'expulsion spéciales dans les villes frontalières, pour dire qu’il défend son droit de protéger son territoire et ses ressources, en particulier les diamants, qu’il estime que les Congolais essaient de voler.
Au fil des ans, il y a eu un nombre de rapports accablants publiés par les Nations Unies qui recensent les déclarations d’abus horribles tels que ceux enregistrés par HRW. Il y a eu également plusieurs visites de haut niveau des représentants de l'organisation afin d’interpeller l'Angola sur les allégations d'abus.
Il s'agit d'une mission effectuée par le représentant spécial de l'ONU sur les violences sexuelles dans les conflits, Margot Wallström, qui a aussi visité des zones frontalières à la fois en Angola et en RDC l'année dernière. En février cette année, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a soulevé la question lors d'une réunion avec le ministre angolais des Affaires étrangères, Georges Chicoty.
Toutefois, Chicoty, tout en acceptant d’examiner la situation, a minimisé les allégations d'abus. Il a dit à plusieurs reprises que ces allégations sont faites pour justifier les infractions commises au niveau des frontières. C'est une position partagée par beaucoup de personnes dans le gouvernement angolais.
Au début de ce mois, le sous-secrétaire général de l'ONU aux droits humains, Ivan Šimonovi, a visité la frontière de la RDC et a rencontré un certain nombre de personnes qui ont dit qu'elles avaient été maltraitées pendant leur expulsion de l'Angola.
Il a indiqué aux journalistes que la loi internationale sur les droits humains était violée et qu'il soulèverait la question au Conseil de sécurité de l'ONU.

