GUINEE-BISSAU-MALI: La CEDEAO assouplit ses positions en maintenant la pression sur les juntes

DAKAR, 4 mai (IPS) – La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) a condamné les récents combats entre deux groupes de l’armée malienne, en début de semaine, à Bamako, la capitale, et demandé à la Guinée-Bissau d’accélérer le processus d’un retour effectif à la légalité constitutionnelle.

Au terme d’un sommet extraordinaire, jeudi à Dakar, la capitale sénégalaise, les dirigeants ouest-africains demandent à l’Assemblée nationale de Guinée-Bissau de “procéder au renouvellement par vote de son bureau, et le nouveau président ainsi élu assurera la fonction de président par intérim” pendant le transition d’un an.

La résolution, prise par les chefs d’Etat de la CEDEAO, ajoute que “le nouveau vice-président élu deviendra alors le président de l’Assemblée nationale”, tandis qu’un “Premier ministre de consensus, doté de pleins pouvoirs, sera désigné pour conduire un gouvernement de large ouverture, chargé de conduire la transition à son terme”.

“Le président intérimaire et le Premier ministre de la transition ne seront pas candidats à l’élection présidentielle à venir”, a souligné Kadré Désiré Ouédraogo, le président de la Commission de la CEDEAO, présentant la résolution. “Le mandat des députés sera prorogé selon les mécanismes appropriés pour couvrir la période de transition”.

Les analystes estiment que l’organisation sous-régionale a assoupli sa décision initiale prise au sommet précédent, à Abidjan le 26 avril, dans laquelle elle voulait imposer l’ancien président par intérim Raimundo Pereira, pour diriger la transition. Une décision que les militaires bissau-guinéens ont rejetée. Le sommet, a ajouté Ouédraogo, a décidé que la Force en attente de la CEDEAO, “conformément au nouveau mandat approuvé, sera déployé en Guinée-Bissau pour garantir le retrait de la Mission angolaise d’assistance technique, assurer la sécurité de la transition et aider à la mise en œuvre du programme de réforme du secteur de défense et de sécurité, parallèlement à la transition”.

La conférence a chargé la Commission de la CEDEAO de rechercher l’assistance de l’Union africaine, des Nations Unies et de la Communauté internationale pour la mise en œuvre de ces initiatives en Guinée-Bissau, a-t-il dit.

Sur la crise malienne, le sommet de Dakar demande aux autorités de transition d’accélérer “l’élaboration de la feuille de route de transition, avec un chronogramme d’actions (dispositions législatives, organisationnelles et opérationnelles) devant conduire à la tenue d’élection présidentielle et à la restauration totale de l’ordre constitutionnel” au Mali.

“La Conférence rappelle que toute personne, qui entravera le fonctionnement régulier des institutions républicaines, s’expose aux sanctions ciblées”, a souligné Ouédraogo, sans désigner personne. Les chefs d’Etat ont renouvelé leur appel aux Forces armées maliennes de se consacrer “aux missions régaliennes de protection de l’intégrité territoriale, des populations et de s’abstenir de toutes actions susceptibles de perturber la transition”. Le sommet a ajouté que la CEDEAO n’enverra de troupes au Mali qu’à la demande des autorités de transition. Les analystes constatent, ici aussi, que la CEDEAO est revenue sur sa décision précédente du sommet d’Abidjan, par laquelle elle s’engageait à envoyer une force armée au Mali; une initiative que la junte militaire avait rejetée, estimant que l’organisation avait violé la souveraineté du Mali. Le président sénégalais, Macky Sall, avait, à l’ouverture du sommet, estimé que “Chacun doit faire preuve de dépassement en acceptant la voie du dialogue et en faisant un examen de conscience”, affirmant que la CEDEAO cherche à “éradiquer les germes d’une déstabilisation qui, à terme, n’épargnera aucun pays” de la sous-région. “Nous devons nous tourner résolument vers le développement de nos pays”, a déclaré, pour sa part, le chef de l’Etat ivoirien, Alassane Ouattara, président en exercice de la CEDEAO, soulignant que “La gravité des événements du Mali et le rejet de nos résolutions par la junte ralentissent l’élan de la mise en œuvre de nos résolutions”. Ouattara a ajouté: “La gestion des crises politiques telles que nous avons eu à le faire, lors de ces sommets, doivent faire place aux objectifs assignés à notre organisation sous-régionale, notamment la construction de routes, d’écoles, d’hôpitaux, l’amélioration des conditions de vie des populations et surtout l’emploi des jeunes”. De son côté, le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies pour l’Afrique de l’ouest, Saïd Djinnit, a déploré, au cours d’une conférence de presse, mercredi à Dakar, la menace que constitue la situation politique qui règne au Mali.

“La situation au Mali, notamment celle qui prévaut dans le nord, constitue une source de grave menace pour le Mali d’abord, mais aussi pour l’Afrique de l’ouest…”, a-t-il dit, affirmant que l’ONU va “soutenir toutes les initiatives sous-régionales pour lutter contre les terroristes présents au nord du Mali”.

Au Mali, des militaires ont renversé le président Amadou Toumani Touré le 22 mars, et depuis lors, des rebelles touaregs et différents groupes islamistes contrôlent le nord du pays. Pour retourner à l’ordre constitutionnel, l’ex-président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, a été investi président par intérim, avec un Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, pour conduire la transition.

La Guinée-Bissau a été elle aussi victime d’un coup d’Etat militaire le 12 avril, survenu entre les deux tours de la dernière élection présidentielle. La junte, de concert avec certains partis politique, avait installé un Conseil national de transition, rejeté par la CEDEAO et communauté internationale.

Massaer Diallo, président de l’Institut d’études politiques et stratégiques de Dakar, estime que “La résolution finale de la CEDEAO montre que l’intransigeance demeure pour le respect de la démocratie. Il faut que l’ordre constitutionnel se rétablisse en Guinée-Bissau…” “Et au Mali, c’est fondamental (le retour à l'ordre constitutionnel). Malgré toutes les tractations qui peuvent y avoir au niveau international, la question de l’intégrité territoriale du Mali ne peut pas se négocier et il y a appel à toute la communauté internationale pour pouvoir la restaurer”, ajoute-t-il.