DAKAR, 16 mars (IPS) – La ferme agricole de Darou Ndoye, sur dix hectares, dans la région de Thiès (ouest du Sénégal), maîtrise assez bien les techniques d’assolement et de diversification des cultures de contre-saison, notamment les produits maraîchers et l’arachide.
Une visite de IPS, en mars 2012, de cette ferme réhabilitée en 2008 par le plan du Retour vers l’agriculture (REVA), a permis d’observer un réseau d'irrigation par aspersion assurant l'arrosage des 10 hectares. Au milieu des cultures, se trouve une rampe d'irrigation dont chaque pivotement peut asperger une grande surface. Le dispositif est relié à un forage muni d'une électropompe. La ferme agricole de Darou Ndoye compte 40 jeunes producteurs répartis en deux groupements d’intérêt économique (GIE) qui pratiquent différentes cultures maraîchères. «Nous produisons des choux, des tomates, des pommes de terre, du concombre et des carottes. Nous avons en 2011 produit 80 tonnes de piments, 150 tonnes de tomates, 200 tonnes de choux, 250 tonnes de pommes de terre et 155 tonnes de carotte», déclare Mbaye Ndiaye, 34 ans, président de l’union des GIE. Il ajoute que leurs légumes sont destinés au marché local et à ceux des pays voisins comme le Mali et la Gambie. «La campagne agricole précédente (2011) nous a procuré environ 28 millions de francs CFA (environ 56.000 dollars) de bénéfices nets, et chacun s'est retrouvé avec environ 700.000 FCFA (1.400 dollars) de revenu annuel», souligne-t-il à IPS.
Selon Ndiaye, la campagne agricole de 2009-2010 a été aussi fructueuse, même si toute la surface cultivable n'avait pas été utilisée. “On avait exploité environ huit hectares, mais 2010 fut le début réel de la vente de nos productions après la réhabilitation de la ferme… Les choux avaient donné 20 tonnes, les carottes 145 tonnes et les tomates 257 tonnes”, indique-t-il.
“Nous n’étions pas aussi nombreux (25 personnes) à l’époque et nous avions gagné 20 millions de FCFA (environ 40.000 dollars), avec pour chacun de nous un revenu de plus de 400.000 FCFA (800 dollars), une bonne partie des recettes ayant été utilisée pour la réparation de nos motopompes et l'achat des semences”, dit-il.
Adja Aïda Cissé, conseillère rurale et présidente de l'Union locale des groupements de promotion féminine de la communauté rurale, insiste sur les impacts socioéconomiques de la ferme agricole de Darou Ndoye. «On se nourrit, on se soigne, on envoie les enfants à l'école grâce aux revenus procurés par la ferme. Il n'y a pas meilleur moyen de lutter contre la pauvreté», affirme Cissé. Elle ajoute, émue: «Nombre de candidats à l'émigration clandestine vers l’Europe sont aujourd'hui employés dans la ferme. Ce village était un des plus importants pourvoyeurs de candidats à la traversée de la mer». Même si les différents acteurs reconnaissent les réussites de la ferme de Darou Ndoye, certains n'en soulèvent pas moins quelques difficultés. Saliou Mbaye qui cultive des carottes, des choux et des aubergines, explique que bien qu'il gagne jusqu'à 500.000 FCFA (environ 1.000 dollars) par campagne, il lui manque certains matériels pour le binage. Il souligne également la cherté du prix du gasoil utilisé pour alimenter les motopompes. «Le gasoil nous coûte cher. Tous les quatre jours, nous dépensons 160.000 FCFA (environ 320 dollars) pour 200 litres de gasoil», se plaint-il. «Nous avons besoin des tracteurs et plus d'eau pour aménager davantage d'hectares et élargir nos marchés. Nos produits sont appréciés par nos voisins du Mali, de Mauritanie et de Gambie», dit-il à IPS.
Pape Guèye, qui est présent dans la ferme depuis le début du projet, avait déjà tenté sans succès d’émigrer vers l'Espagne par des pirogues. Il se plaint de la cherté d’un autre intrant agricole. «Chaque hectare consomme 300 sacs de fumure organique, à 1.500 FCFA (trois dollars) le sac si elle provient de la volaille, et à 700 FCFA (1,4 dollar) s'il s'agit de la fiente de vache», indique-t-il à IPS. Le directeur de l’agence nationale du REVA, El Hadji Malick Sarr, affirme qu’en cinq ans d’existence, le plan a réalisé des activités dans 23 fermes, et installé des jeunes Sénégalais qui aujourd’hui produisent des fruits et des légumes dont 80 pour cent sont destinés à l’exportation. «Sur un hectare de légumes… en une année, le producteur jeune peut gagner un revenu de 1,7 million de FCFA. La disponibilité des surfaces est telle que nous sommes obligés de donner à chaque jeune 0,40 hectare. Au total 1.700 hectares ont été équipés en maîtrise de l’eau et 7.000 emplois ont été créés», explique-t-il à IPS.
Sarr indique également que les superficies où l’eau est maîtrisée au Sénégal représentent actuellement huit pour cent des surfaces cultivées.
Par ailleurs, Mohamed Béavogui, le directeur de la division Afrique de l’ouest et du centre du Fonds international de développement agricole (FIDA), au cours d’un séjour au Sénégal, a visité, en novembre dernier, les fermes agricoles du projet REVA, notamment celle de Darou Ndoye. Il a dit espérer une synergie entre ces fermes et d’autres projets agricoles appuyés par son institution.
«Ce que nous avons vu ici est une approche très innovante: on permet aux jeunes agriculteurs, non seulement d’assurer leur propre sécurité alimentaire, mais aussi de vendre et d’exporter en générant des revenus qui leur permettent d’améliorer leurs conditions de vie», a déclaré Béavogui.

