DROITS-CONGO: Prise en charge mitigée des enfants égarés et sinistrés

BRAZZAVILLE, 9 mars (IPS) – Vianey, cinq ans environ, a perdu le contact avec ses parents depuis les explosions du camp des blindés à Brazzaville, au Congo, le 4 mars. Il a été conduit au site de la Cathédrale par Jules Bomboko, qui affirme l’avoir trouvé au quartier Tréchot, à quelques encablures du lieu du drame.

«J’ai faim», a lancé l’enfant comme dans un dernier soupire. Gervais Bouity, le responsable du site qui l’a accueilli le 8 mars, constate que le gamin, qui portait un habit en lambeaux, paraissait fatigué et très sale. De son côté, Lucie, 12 ans, blessée au crâne et au bras droit, a été accueillie le 5 mars à la clinique municipale Albert Leyono à Brazzaville. «Lorsque l’explosion s’est produite, nous avons tous fui. Je ne sais pas ce que sont devenus mes parents et mes deux frères», a-t-elle raconté avec émotion. «Elle est encore traumatisée, elle doit se remettre. Lucie fait de cauchemars suite à tout ce qu’elle a vu», a expliqué à IPS, Julien Amona Ngari, l’un des quelque 50 sinistrés reçus dans ce site. La situation de Vianey et de Lucie concerne plusieurs dizaines d’enfants, victimes du drame qui frappe la capitale congolaise depuis dimanche dernier. Selon les autorités, 37 enfants ont été déposés dans les sites officiels. «Onze ont d’ores et déjà été récupérés par leurs parents», affirme Bienvenu Okiemy, ministre de la Communication du Congo. A la crèche de Moungali, l’un des sites spécifiques, 33 enfants y ont été placés, mais il n’en restait plus que onze ce vendredi. A Makélékélé, le site d’une autre crèche, sur les sept enfants accueillis, quatre sont déjà récupérés par les parents, selon les autorités. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et la Croix-Rouge congolaise ont placé des panneaux devant les sites, renseignant sur les enfants perdus. «A ce jour, 20 enfants enregistrés par nos équipes attendent d’être repris par leurs parents», a déclaré Anne-Céline Moiraud, chargée de la protection au CICR. «Nous encourageons les personnes ayant récupéré un enfant qui a perdu sa famille, d’approcher nos volontaires qui sont dans les sites», a-t-elle dit. De leur côté, les agences des Nations Unies ont recensé une centaine d’avis de recherche lancés par les parents qui ont perdu tout contact avec leurs enfants. «Depuis ce jour-là (4 mars), je ne vois pas mes deux enfants. J’ai sillonné tous les sites, je n’ai rien», déclare un parent quasiment en larmes. D'après les registres des centres hospitaliers, 126 enfants sur 350 blessés ont été admis à Makélékélé, 200 enfants sur 471 blessés reçus au Centre hospitalier et universitaire de Brazzaville, et 12 enfants sur 45 blessés accueillis à l'hôpital de Bacongo, un quartier de la capitale. Toutefois, la prise en charge de ces enfants reste mitigée depuis le début de la crise. «Mon enfant, blessé à la tête, n’a reçu aucun soin», s’est plainte Nicole Ibondo, mère d’un garçon de huit ans. «Nous faisons avec les moyens du bord, car nous ne sommes pas encore assistés. Les enfants que nous logeons ici présentent de nombreux signes de maladies comme le paludisme ou la malnutrition», a plaidé Suzanne Maleka, directrice de la crèche de Makélékélé. Au site de la Cathédrale où quelque 5.000 sinistrés dont 120 enfants non accompagnés dorment quasiment à la belle étoile, l’équipe de Médecins d’Afrique (MDA), une organisation non gouvernementale locale, redoute déjà des cas de malnutrition. «Nous recevons des enfants qui commencent à avoir les problèmes de malnutrition. Mais nous manquons des médicaments et du matériel pour pouvoir répondre correctement à ces cas», a déclaré à IPS, Sara Pillar, coordinatrice médicale de MDA. Elle a affirmé que sur les 200 consultations que l’organisation réalise par jour, le tiers concerne des enfants. Dans certains sites comme le stade Marchand et Albert Leyono, les enfants sont nourris au pain et à la sardine. «Ils sortiront d’ici tous souffrant des hémorroïdes», a affirmé un secouriste de la Croix-Rouge congolaise. Grâce à l’appui des organisations internationales, des centres de prise en charge spécifiques des enfants sont en train d’être construits. Pour éviter des traumatismes, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a déployé des équipes dans les sites et les centres de santé. «A leur arrivée, d’autres enfants ne parlaient pas. Depuis que nous les suivons, il y a une légère amélioration», a souligné Martial Lounoungou, spécialiste en traumatologie infantile. Par ailleurs, selon l’UNICEF), 19.226 élèves et 470 préscolaires victimes du sinistre ont été recensés. Leurs écoles aussi ont été détruites par les explosions de dimanche, et il se pose un besoin de 6.000 tables-bancs pour les réintégrer dans d’autres écoles. Les élèves en classe d’examen seront placés dans les établissements scolaires épargnés, et les autorités s’engagent à payer le transport des enfants déplacés vers leurs nouvelles écoles.

Le gouvernement a également décidé d’allouer, à chaque famille sinistrée, une première aide de subsistance d’environ 6.000 dollars.