FREETOWN, 18 fév (IPS) – Le lancement en ligne de la première base de données sur l’exploitation minière en Sierra Leone, en Afrique de l’ouest, vient avec une promesse de renforcer la transparence et la reddition des comptes dans le secteur riche en ressources naturelles du pays.
“Ce système éradiquera toutes les formes de malversation en termes d’octroi de licences, de gestion financière et d’informations générales se rapportant au secteur minier”, a déclaré le ministre des Mines et des Ressources naturelles, Minkailu Mansaray. “Le public doit être informé de ce que les compagnies minières paient au gouvernement et de ce que le gouvernement reçoit des compagnies minières et d’exploration”. Lancé le 19 janvier, le 'Online Repository System' (Système de mise en ligne des informations) du gouvernement de la Sierra Leone est une initiative conjointe entre le gouvernement et des donateurs internationaux, y compris la Société allemande de coopération internationale (GTZ), la 'Revenue Development Foundation' (Fondation pour le développement des recettes) et la Banque mondiale. L’objectif du système, c’est d’avoir des informations sur toutes les données des recettes pour l’industrie extractive du pays – les paiements effectués pour l’octroi des licences, les redevances, et les contributions aux chefferies locales – collectées, enregistrées et publiées en vue d’une accessibilité pour le public. Il montre également si les compagnies minières ont été autorisées à opérer en toute légalité dans le pays ou pas. Par exemple, le site web montre 'Koidu Holdings', une société sud-africaine menant actuellement la plus grande activité d’exploitation minière de diamants en Sierra Leone, qui a effectué un paiement au comptant de 200.000 dollars le 11 janvier. L’industrie minière de la Sierra Leone a une longue histoire d’activités non réglementées, notamment les “diamants de sang” qui ont été partiellement considérés comme ayant alimenté la guerre civile de 11 ans dans le pays. En dehors des diamants, la Sierra Leone dispose d’importants gisements d’autres minéraux, notamment le minerai de fer, la bauxite, le rutile et l’or. Vers la fin de 2011, la société 'African Minerals and London Mining' a commencé l’extraction du minerai de fer dans le pays pour la première fois depuis 30 ans. Selon le budget du gouvernement prévu pour 2012, ce minerai seul pourrait contribuer à une augmentation de plus de 50 pour cent du produit intérieur brut du pays l’année prochaine. Ce Système de mise en ligne des informations fait également partie de la démarche pour rendre la Sierra Leone conforme à l’Initiative de transparence dans les industries extractives, qui exige la publication à temps des paiements effectués par les compagnies minières au gouvernement, ainsi que des recettes générées à partir des projets. Jusqu’à présent, les informations relatives à l’accord minier conclu entre le gouvernement et les compagnies d’extraction de ressources naturelles étaient conservées au ministère des Mines dans des documents en papier qui n’étaient jamais sécurisés ni fiables. En effet, les anciens dossiers étaient si mal conservés que le nouveau système n’a pu inclure que des informations recueillies après 2010. “Avant l’introduction de ce système, les licences et les détails de paiement se faisaient sur papier, certains détails de paiement disparaissaient et on ne trouvait pas les reçus”, a indiqué Alusine Timbo, le directeur du Système de mise en ligne des informations. Abu Brima est le directeur national de 'Network Movement for Justice and Development', une organisation qui par le passé a adopté une position critique envers l’industrie extractive en Sierra Leone – en particulier par rapport à la transparence des accords conclus entre le gouvernement et les compagnies minières étrangères. Il affirme que toute mesure allant dans le sens d’un enregistrement plus public des activités minières est un pas dans la bonne direction, mais il est préoccupé par les mécanismes en place qui garantiront une mise en ligne à temps et fiable des informations. “C’est ce qui va dans le système qui est enregistré et qui est ce que les gens voient. Ce qu’il faut surveiller très attentivement sur le terrain, ce sont les personnes qui recueillent les informations et collectent les données”, déclare Brima. “Lorsque vous avez des gens sur le terrain en train de collecter les données, qui ne sont pas bien payés et dont les conditions de travail sont épouvantables, vous courrez évidemment le risque de ne pas tirer le meilleur du système”. La responsabilité de s’assurer que les informations sont collectées et rapportées incombe à l’Unité de stratégie et de politique du gouvernement, présente dans tout le pays, avec le concours des compagnies minières elles-mêmes. La Sierra Leone n’a pas encore promulgué sa Loi sur la liberté d’information qui constitutionnellement garantirait l’accès aux dossiers du gouvernement, comme les documents originaux concernant les transactions et les accords miniers. “Autant il est promis que le système abordera les questions de corruption, autant je ne pense pas qu’il résoudra de manière holistique le problème alors qu’il y a la tendance que les cadres du ministère mettent en ligne uniquement des informations qui sont de leur propre intérêt et non des renseignements importants que le public voudra connaître”, a affirmé Mohammed Kenneh, le secrétaire général de l’Association des journalistes couvrant les questions minières et les industries extractives. “Sans la loi, le système ne marchera pas bien, alors les gens qui sont chargés de le gérer auront, dans certains cas, peur de mettre certaines informations que le gouvernement considère comme confidentielles”, a-t-il souligné.

