CHINAGODER, Niger, 18 fév (IPS) – Le petit village de Chinagoder, sur la frontière nigéro-malienne, dans le nord-ouest du Niger, est devenu un camp de réfugiés, avec l’arrivée massive de familles maliennes fuyant les combats entre l’armée régulière et les rebelles du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA).
Le MNLA, qui est composé d’un groupe de rebelles touaregs, revendique l’indépendance de l’Azawad, une région du nord du Mali, une scission rejetée par le gouvernement malien et les autres pays de la sous-région. Un sommet des chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO), réuni ce vendredi à Abuja, au Nigeria, a condamné cette rébellion. Mais, plus de 15.000 réfugiés maliens arrivent dans une zone déjà fragilisée par une insécurité alimentaire dans l’ouest du Niger, à cause de la sécheresse suivie de récoltes de céréales déficitaires. «De moins de 1.700 habitants, notre village compte actuellement plus de 6.500 personnes constituées majoritairement de familles maliennes sans ressources en provenance de Ménaka et de Aderaboukane», affirme à IPS, Zakari Djibo, frère cadet du chef de village de Chinagoder.
«L’afflux des réfugiés dans notre village a commencé le 26 janvier pour s’intensifier de jour en jour au point de dépasser nos capacités d’hébergement et de prise en charge. Malgré tout, nous avons continué à accueillir des familles en détresse et à leur accorder l’hospitalité», ajoute Djibo.
Tout autour du village, se dresse une constellation d’abris de fortune servant d’habitats aux familles des réfugiés maliens, a constaté IPS sur place.
«Notre situation s’améliore progressivement. Nous avons maintenant de nattes, de couvertures, des ustensiles de cuisine et un peu de nourriture grâce à l’aide alimentaire que le gouvernement nigérien nous a apportée en début de semaine dernière», déclare à IPS, Fatima Alhacen, 39 ans, mère de six enfants.
Dorlotant un nourrisson d’un an et demi en pleurs, Alhacen ajoute: «Nous nous contentions, les tout premiers jours, de son de mil que nous donnaient les autochtones qui connaissent eux-mêmes de sérieuses difficultés alimentaires; mais maintenant, nous avons de la bouillie, de la pâte et même du riz dans notre menu quotidien».
Les affrontements entre l’armée et les rebelles du MNLA, dans le nord malien, ont provoqué le déplacement de 44.000 Maliens, en direction des pays voisins, notamment le Burkina Faso, la Mauritanie et le Niger qui enregistre, à lui seul, plus de 15.000 réfugiés, selon le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.
Les localités nigériennes d’Ayorou, Koutoubou, Yassan, Banibangou, de Mangaïzé et Chinagoder, dans la région de Tillabéri (ouest du pays) constituent le point de chute des réfugiés parmi lesquels plusieurs dizaines de militaires, selon les agences humanitaires.
L’adjudant-chef Yaouchan Maïga, infirmier major à la 143ème compagnie militaire nomade d’Aderaboukane (nord du Mali), a trouvé refuge dans le village de Chinagoder, avant d’être acheminé sur Niamey, avec 26 de ses compagnons d’armes.
Maïga a raconté à IPS les conditions dans lesquelles ils ont dû abandonner leur position. «On a passé 11 jours dans l’alerte attendant des renforts qui ne sont jamais venus, jusqu’à l’attaque et la destruction notre unité», explique-t-il. Selon lui, un premier groupe de 24 soldats a déjà transité par le village nigérien, dont certains avec leurs familles. Les militaires sont acheminés sur Niamey pour leur mise en route vers le Mali, au fur et à mesure qu’ils arrivent dans les villages, a constaté IPS.
Ce conflit armé dans le nord du Mali est suivi de près par les autorités du Burkina Faso qui craignent que leur territoire ne serve de zone de repli pour les rebelles, et par celles du Niger qui redoutent une contagion, pour avoir connu précédemment des rébellions touarègues en même temps que le Mali, au début des années 1990 et en 2007. «Le Burkina Faso ne servira pas de base arrière à une rébellion», indiquait Djibril Bassolé, ministre burkinabè des Affaires étrangères et de la coopération régionale, le 11 février sur les antennes d’une radio française. Cette position a été confortée par le président Blaise Compaoré qui a souligné qu’il s’agissait «d’un problème entre Maliens d’abord», souhaitant l’amorce «d’une dynamique de dialogue inclusive» pour ramener la paix. Le chef de l’Etat burkinabè s’entretenait avec son homologue malien, Amadou Toumani Touré, en marge d’une rencontre régionale sur l’éducation, à Ouagadougou, le 13 février. Du côté du Niger, une mise en garde a été faite aux éléments des ex-fronts touaregs contre toute tentative de reprise des armes, par Rhissa Ag Boula, figure de proue de la rébellion des années 1990 et le colonel Mahamadou Abou, président de la Haute autorité pour la consolidation de la paix au Niger, à l’occasion du Forum paix et développement, tenu à Arlit (nord du Niger), à la fin de janvier. «Les populations s’opposeront énergiquement aux aventuriers qui souhaitent reprendre les armes», a averti le colonel Abou.
Pour Bilal Ag Altinine, représentant des réfugiés maliens à Chinagoder, «cette récurrence des rébellions hypothèque les actions de développement du nord Mali. Ce n’est pas avec des armes qu’on construit un pays», déclare-t-il, invitant les autorités maliennes à trouver une solution définitive à ce mal. «Nous sommes fatigués des rébellions, nous voulons une paix durable pour lutter contre la pauvreté qui nous assaille», renchérit Binta Mohamed, une femme de 45 ans, originaire de Ménaka, la première ville attaquée par les rebelles, le 17 janvier, dans le nord du Mali.

