OUAGADOUGOU, 10 fév (IPS) – Le Réseau pour l’accès aux médicaments essentiels (RAME) au Burkina Faso appelle le gouvernement burkinabè à augmenter la part du budget qu’il alloue au secteur de la santé afin d’éviter notamment des ruptures de traitements contre le SIDA.
Malgré un plan d’urgence d’un milliard de francs CFA (environ deux millions de dollars mis en place en janvier par le gouvernement pour procurer des traitements aux malades du SIDA dans ce pays d’Afrique de l’ouest, les patients et la société civile exigent des dispositions pour une disponibilité permanente des médicaments anti-rétroviraux (ARV) et autres réactifs.
Selon Simon Kaboré, coordonnateur du RAME basé à Ouagadougou, la capitale burkinabè, il y avait une rupture des médicaments et des réactifs, qui empêchaient la réalisation des examens et la lutte contre les infections opportunistes. En outre, plusieurs associations anti-SIDA ne mettaient plus de nouvelles personnes sous ARV à cause du stock limité. “C’était une satisfaction de voir le gouvernement prendre conscience de son devoir vis-à-vis de ses malades et dégager un milliard, mais c’est insuffisant eu égard aux besoins de continuer à mettre d’autres personnes sous traitement et soigner les anciens malades”, explique Kaboré à IPS.
Selon Kaboré, dont le réseau est membre du comité de suivi des ARV et autres intrants liés aux traitements anti-SIDA, il faut environ 13,5 milliards de francs CFA (environ 27 millions de dollars) pour cette année, mais les montants mobilisés par le Fonds mondial contre le SIDA et les autres partenaires tournent autour de 6,5 milliards FCFA (13 millions de dollars). “Il faut que le gouvernement fasse davantage”, déclare-t-il, soulignant que l’aide gouvernementale arrive tardivement car depuis des mois, beaucoup de malades n’ont pas pu faire leur suivi biologique dans les centres de prise en charge. “Beaucoup ont même perdu la vie car ils n’ont pas pu avoir accès aux ARV”.
“Les dispositions sont prises pour ne plus être dans la même situation et la réflexion se poursuit pour donner plus que le milliard de FCFA”, affirme, André Joseph Tiendrébéogo, secrétaire permanent du Conseil national de lutte contre le SIDA et les Infections sexuellement transmissibles. Selon Tiendrébéogo, si rien n’avait été fait jusqu’au 31 mars, il y aurait eu une rupture non seulement pour les nouveaux malades mais pour les anciens sous traitement. Il explique qu’un retard dans les négociations, pour la prise en compte du Burkina dans le 10ème cycle du Fonds mondial, est à la base de l’interruption du financement des ARV. Le fonds contribue pour 75 pour cent dans la prise en charge des malades du SIDA, ajoute-t-il à IPS.
Martine Somda de l’Association R+ basée à Bobo-Dioulasso, dans l’ouest du pays, confie à IPS que depuis plusieurs mois, 60 personnes qui devaient être mises sous ARV, n’ont pu en bénéficier en raison de l’insuffisance des médicaments.
“On a arrêté les nouvelles incursions à la fin 2010, et on a perdu une dizaine de patients car la plupart des malades qui sont soignés gratuitement sont du secteur informel et ne peuvent pas se prendre en charge”, déclare Somda dont l’association compte en son sein environ 1.000 malades sous traitement.
Somda s’alarme davantage face à un autre dilemme: “Les traitements sont arrivés, mais il faut refaire le bilan, or on est en pénurie de réactifs, il n’y a rien de rassurant”. La moyenne du coût des examens tourne autour de 17.000 FCFA (environ 34 dollars) pour la numération, les CD4 et la transaminase, explique-t-elle.
“Un pays qui est souverain ne doit pas dépendre de l’extérieur, il faut des actions concrètes car on savait qu’un jour, les gens allaient en avoir marre”, s’insurge Mamadou Sawadogo, coordonnateur du Réseau des personnes vivant avec le VIH et le SIDA du Burkina. Sawadogo compte organiser cette année un Sidathon. En 2007, son réseau qui regroupe 84 associations anti-SIDA, avait mobilisé 35 millions de FCFA (environ 70.000 dollars) à travers un sidathon (une campagne de mobilisation de fonds contre le SIDA).
Selon un rapport de la commission macroéconomique de l'Organisation mondiale de la santé, daté de 2000, il fallait 34 dollars par personne pour la prise en charge, ce qui devrait amener le gouvernement à accorder 21 pour cent du budget au secteur pour une santé optimale au lieu de 15,6 pour cent présentement, explique Kaboré à IPS.
“Il faut un système de financement innovant comme en France avec Unitaid, sur les billets d’avion, ou en Guinée qui fait de même, ou encore comme au Mali et au Ghana qui viennent de décider de la mise en place d’un fonds de soutien à la lutte contre le SIDA”, suggère-t-il. “Car le nombre de personnes à mettre sous ARV continue de monter”.

