GULU, Ouganda, 10 fév (IPS) – La tour de transmission de 'Radio Mega FM' se dresse au centre de la ville de Gulu, dans le nord de l’Ouganda, transmettant des talk-shows et les derniers hits radio ougandais aux auditeurs à travers le district.
Mais elle représente également un mémorial informel pour les efforts de paix à travers les radios communautaires pendant la destruction du nord de ce pays d'Afrique de l’est par l’Armée de résistance du Seigneur (LRA). La LRA avait lancé sa guerre contre le gouvernement ougandais en 1987. Au milieu des années 1990, le commandant de la LRA, Joseph Kony, s’est tourné vers son propre peuple, les Acholi. Ses combattants ont massacré des milliers de villageois, enlevé et attiré des milliers enfants dans son armée et ont poussé près de deux millions de personnes à fuir vers le camp des personnes déplacées à l'intérieur. Des chefs Acholi et responsables d'organisations non gouvernementales (ONG), chargés de passer des messages à une population chaotique où l'alphabétisation était faible et la pauvreté élevée, avaient besoin d'un moyen pour commencer à réorganiser les communautés et à parler aux rebelles de paix et de réconciliation. Les radios communautaires à Gulu – le cœur d’Acholiland – sont devenues la pierre angulaire de ces efforts. Ils se sont tournés vers la radio parce qu'elle “peut atteindre tout le monde, les milieux les plus reculés”, a déclaré Arthur Owor, le directeur de la 'Media Association of Northern Uganda' (Association des médias du nord de l'Ouganda), qui est basée à Gulu. Avec un seul combiné et une batterie, les présentateurs communiquaient avec des dizaines de personnes. “Les rendements nets étaient vraiment très élevés, en termes du message”, a-t-il dit. Sur la poignée de radios locales comme Mega qui existaient au début des années 2000, les programmes ont réussi à engager les rebelles dans un dialogue de paix, à offrir un forum pour les communautés de commencer à discuter de la justice et pour les membres de famille de supplier leurs enfants enlevés de fuir la LRA et de revenir à la maison. Okema Lazech Santo est le coordonnateur de programmes pour 'Ker Kwaro Acholi', une organisation de chefs traditionnels Acholi, qui se présente comme étant dans “le cœur” de la guerre et des efforts de reconstruction. Il a affirmé que la radio était “utile dans la mobilisation des populations, pour lancer des appels à ceux qui ont été enlevés de revenir à la maison, et était le seul outil qui a vraiment fonctionné de manière efficace pour ramener la paix dans le nord de l'Ouganda”. Les membres de la radio fraternité, dans le nord de l'Ouganda, jouent sérieusement leur rôle d’artisans de paix. Ils établissent souvent des contrastes entre leur réponse au conflit dans leur communauté et le génocide rwandais, où la radio a été utilisée pour inciter à commettre de meurtres. Mega, qui a été fondée en 2002 et a peu après bénéficié de l’appui du gouvernement ougandais et du département britannique pour le développement international, a été “créée exprès pour aider à régler le conflit dans la région”, selon Nicky Afa-Ei, le chargé de programmes de la radio. Il travaille dans cette station de radio depuis sa création. Le message principal de Mega était que la région voulait la paix. Et le public cible n'était pas nécessairement la communauté, mais les rebelles “qui transportent leurs propres combinés” que le signal de la station atteignait, a indiqué Afa-Ei. Mega a développé des programmes pour discuter de l'amnistie et de la justice traditionnelle, parfois avec l'appui des ONG, et ils invitaient les gens de “tous les horizons” à enregistrer des messages de paix: des chefs traditionnels, des parents, même des écoliers. Et Mega a trouvé son public. Un jour, pendant que le conflit battait son plein en décembre 2002 – deux mois après le lancement de la station – Afa-Ei animait une émission de talk-show quand il a reçu un appel de Kony, lui-même. “C'est à ce moment que les gens ont entendu sa voix pour la première fois après une longue période”, a indiqué Afa-Ei. “C'était sympathique, mais il accusait le gouvernement sur certains points, estimant que le gouvernement n’était pas réaliste”. Cela est devenu un modèle pour Kony et ses adjoints qui utilisent les radios locales pour communiquer avec des responsables – et directement avec les populations – jusqu'à ce que le gouvernement ait jugé que les communiqués des rebelles étaient trop propagandistes et ait refusé d’autoriser les radios d’organiser des interviews sans la présence d'un représentant officiel. La communauté, même les employés des stations rivales, parlent encore avec révérence du programme phare de Mega “Come Back Home” (Revenez à la maison) – 'Dwag Paco' dans la langue locale Luo. Ce programme tentait de briser la propagande de la LRA et d’encourager les enfants qui avaient été enrôlés de force à retourner dans leurs villages. L'animateur du programme, John Lacambel, amenait d’anciens enfants soldats sur l’émission pour venir décrire leur retour, afin d’opposer un démenti à la déclaration de la LRA selon laquelle ils seraient tués s'ils retournaient dans leurs familles. 'Dwag Paco' a été la clé pour les efforts de réconciliation de la région, a affirmé Santo. Il “a amené beaucoup de rebelles à faire défection et à revenir à la maison”. *Cet article a été produit avec l’appui de l’UNESCO.

