DAKAR, 7 fév (IPS) – Les amis de l’étudiant manifestant sénégalais tué, Mamadou Diop, déclarent que cet étudiant de 32 ans en année de master était contre l'injustice et c'est pourquoi il protestait contre la candidature du président Abdoulaye Wade pour un troisième mandat.
Le 31 janvier, le mouvement de l'opposition et des manifestants locaux, y compris des étudiants, s’étaient rassemblés à la Place de l’Obélisque, à Dakar la capitale, pour exprimer leur colère par rapport à la validation de la candidature de Wade par le Conseil constitutionnels pour un troisième mandat. Le président sortant a 85 ans et dirige le Sénégal depuis 2000. Les protestations ont dégénéré et un étudiant, Diop, a été tué. Bacary Sejnane, 29 ans, le meilleur ami et camarade de classe de Diop, a confié à IPS qu'il a vu le corps de son ami à la télévision. “J'ai vu une très grosse voiture de la police approcher là où des foules s'étaient rassemblées, et nous avons vu un homme par terre. Il tentait de se relever, mais il ne pouvait pas. Nous avons remarqué que la voiture a roulé sur lui”, a affirmé Sejnane. “Quand ils ont dit son nom à la télévision, c’était Mamadou Diop, mon ami”. Selon la Croix-Rouge du Sénégal, le véhicule qui a écrasé Diop était un camion de canon à eau. Diop préparait son master en lettres modernes à l'Université Cheikh Anta Diop, et était un disciple dévoué d’une section populaire des mourides, une souche de la confrérie musulmane qui a plusieurs partisans au Sénégal. Il avait une femme et deux jeunes filles. Il aimait à étudier et était un meneur dans sa classe, et travaillait sans relâche pour améliorer les conditions d'apprentissage dans l'université. “Il était contre l'injustice”, a indiqué Sejnane d’un ton pensif, “c'est pourquoi il était à la Place de l’Obélisque”. Diop était un étudiant bien connu dans l'université; alors lorsque les étudiants ont appris sa mort, ils se sont rassemblés et ont marché vers l'hôpital où son corps était gardé. La police les a stoppés et des affrontements en ont éclaté. L'avenue sur laquelle se situe l'Université Cheikh Anta Diop a vu des scènes qui rappellent une guerre civile lors de la manifestation. Les étudiants ont barricadé des parties de l'avenue utilisant tout ce qu'ils trouvaient; des rochers énormes, des pierres, et même des caisses en bois utilisées comme étals de boutique par des vendeurs de rue. Depuis le début des manifestations le 27 janvier, dirigées par le Mouvement du 23 juin (M23), un mouvement de la jeunesse et de la société civile, quatre personnes dont un policier ont perdu la vie et plusieurs autres ont été blessées dans des affrontements avec la police, a rapporté la Croix-Rouge du Sénégal. “Je pense que les gens sont en colère parce qu'ils savaient que le président Abdoulaye Wade ne peut pas briguer un autre mandat”, a expliqué Chrystelle Ndaya, une ancienne étudiante de l'université, aujourd’hui une journaliste indépendante. “Le président Abdoulaye Wade est vieux et il doit partir. Il n'a pas l'esprit d'une jeune personne. Les gens veulent un changement”. “C'est la première fois que nous commençons à voir des étudiants se révolter de la sorte”, a-t-elle indiqué, avec incrédulité presque. Cette décision du Conseil constitutionnel, qui a également invalidé la candidature du chanteur international, Youssou N'dour, pour la plus haute fonction dans le gouvernement, a provoqué la colère de beaucoup de Sénégalais. En outre, au cours des trois à cinq dernières années de l'administration Wade, la vie est devenue progressivement plus difficile pour beaucoup de Sénégalais. Le coût des produits de base a plus que triplé. Le pain, l’huile, le gaz, l’essence, le riz et le sucre sont aujourd’hui très chers pour la plupart des Sénégalais. Ndaya a déclaré que ces produits sont devenus si chers que certaines familles ne peuvent prendre qu’un seul repas par jour. Mais Mamadou Ba, qui prépare son master en sociologie à l'Université Cheikh Anta Diop, pense que le problème dépasse le pain beurré. “Je pense que c'est un problème moral, il s'agit d’obtenir un peu de dignité et de respect auprès d'un chef qui nous a donné sa parole”. Ba a dit que Wade avait promis de ne plus se présenter pour un troisième mandat. “Je pense que les étudiants estiment que s’ils laissent ce coup passer, sans s'assurer que leur colère est entendue, ce sera comme accepter d'être trompé pour le reste de votre vie”, a-t-il affirmé. “Ces protestations étaient destinées à réveiller la conscience des citoyens, elles ne poussent pas les gens à la violence”, a déclaré Ba, qui est jusque-là resté à l'écart des manifestations. “Mais je pense qu'ils savent que s’ils montrent des images d'une opposition se comportant violemment, cela pourrait changer l'esprit des gens par rapport à celui pour qui voter. Les Sénégalais ne sont pas des gens violents, ils sont très calmes”. Le M23 a juré de maintenir les protestations jusqu'à ce que Wade retire sa candidature pour les élections du 26 février. Mais Sejnane ne croit pas que ces révoltes, comme il les appelle, puissent être comparées aux manifestations du Printemps arabe observées en Tunisie, en Egypte et dans d'autres pays arabes. Parce que, dit-il: “Les Sénégalais ne sont pas violents, nous respectons la démocratie et l’Etat de droit”.

