POLITIQUE-SENEGAL: Des violences après la validation de la candidature de Wade

DAKAR, 31 jan (IPS) – Les manifestations contre la validation de la candidature du président Abdoulaye Wade, par le Conseil constitutionnel, se poursuivent au Sénégal et ont déjà fait trois morts dont deux lundi à Podor, dans le nord du pays.

Les deux morts de Podor sont un élève de 17 ans et une dame sexagénaire atteinte d’une balle tirée par des gendarmes. Un jeune policier avait déjà été tué à coups de briques par des manifestants vendredi dernier à Dakar, la capitale sénégalaise, peu après l’annonce du Conseil constitutionnel. Même si un calme apparent règne actuellement à Dakar, une nouvelle manifestation est annoncée pour ce mardi par les responsables du M23 – un mouvement de jeunes de la société civile – rejoint par les responsables et militants des partis de l’opposition. Les autorités, qui avaient interdit le rassemblement dans un premier temps, l’ont finalement autorisé en décidant de l’encadrer pour éviter des débordements. Depuis l’éclatement des violences, plusieurs personnes ont été arrêtées dont Alioune Tine, un défenseur des droits humains et coordinateur du M23, arrêté samedi dernier, et libéré lundi.

«La validation de la candidature du président Wade est un coup d’Etat constitutionnel. Wade veut aller aux élections, les voler, pour ensuite placer son fils à la tête du pays. Le pouvoir continue d’intimider et d’arrêter les jeunes… Le combat va continuer sur le plan national et international», déclare à IPS, Cheikh Tidiane Gadio, ancien ministre et un des 14 candidats en lice pour l’élection présidentielle du 26 février.

Avocate et porte-parole du Parti socialiste sénégalais, Aïssata Tall, promet d’attaquer la candidature de Wade devant d’autres juridictions. “La précipitation avec laquelle le Conseil constitutionnel a rendu sa décision aux recours est anticonstitutionnelle. Nous allons saisir, même s'il le faut, des juridictions internationales, parce notre pays a ratifié tous les accords internationaux des droits de l'Homme”, souligne-t-elle à IPS. Elle ajoute: «Sur le plan juridique, nous sommes prêts à démontrer que la candidature du président Wade est irrecevable…» Macky Sall, ancien Premier ministre, leader de l’Alliance pour la République, et candidat à l’élection, condamne les agressions dont ont été victimes ses militants, et les actes de violence. «Nous avons aussi constaté que Wade a donné des uniformes à des individus qui ont jeté des pierres. Et la police a chargé des chars à eau pour perturber la manifestation et violenter des personnes. Il base sa candidature sur la force», soutient-il, un peu nerveux.

Idrissa Seck, ancien Premier ministre, candidat et leader du parti Rewmi (qui signifie 'mon pays' en langue locale wolof), déclare avoir appris avec tristesse et consternation, la mort des citoyens suite à la décision du Conseil constitutionnel de valider la candidature illégale de Wade. «C’est une décision grave de conséquences pour la paix, la stabilité et la sécurité du Sénégal. Mais, c’est surtout une décision surprenante et décevante pour tous les démocrates du Sénégal comme ceux des pays amis…», indique-t-il à IPS.

Un autre candidat à la présidentielle, professeur de droit et ancien ministre, Ibrahima Fall, affirme que le projet du président Wade ne va jamais prospérer. Un autre professeur de droit public, Ismaëla Madior Fall, estime que le Conseil constitutionnel ne devait pas ignorer «la valeur juridique de la déclaration du président Wade de 2007», lorsque lui-même indiquait qu’il ne pouvait pas se présenter après son second mandat. «En droit constitutionnel, on estime que le président de la République est considéré comme un des interprètes authentiques de la constitution», souligne-t-il à IPS. «La déclaration, le témoignage présidentiel sur le sens de ses dispositions est un élément que le Conseil constitutionnel ne peut pas ignorer. Un juge constitutionnel doit aussi être à l’écoute de sa société politique et pouvoir anticiper sur l’avenir», indique-t-il, ajoutant que la population n'a qu'un seul recours: celui de la manifestation. En revanche, Sérigne Mbacké Ndiaye, ministre conseiller à la présidence, affirme qu’il est hors de question de retarder d’une seule heure le scrutin du 26 février, quelle que soit la situation aujourd’hui. «Il y a une volonté, de la part de certains, de vouloir semer le chaos dans ce pays, mais il n’est pas envisageable de retarder le scrutin, encore moins de le reporter», soutient-il.

Selon Mbacké Ndiaye, les partis qui manifestent sont habités par une volonté de ne pas prendre part aux échéances électorales à venir, car l’opposition ne veut pas aller aux élections et c’est pour cela qu’elle multiplie les «appels à l’insurrection et à la résistance». Selon les partisans de Wade, la décision du Conseil constitutionnel est juridiquement fondée.

«Le monde entier nous regarde. Nous n’avons pas le droit de créer une situation difficile dans ce pays. Ma conviction est qu’il est impossible d’opérer des fraudes électorales au Sénégal parce que nous avons un fichier bien fait…», dit-il, ajoutant que le véritable combat qui vaille est celui d’arriver à une élection libre, transparente et démocratique.