BURKINA FASO: La société civile veut des sanctions exemplaires contre la corruption

OUAGADOUGOU, 13 jan (IPS) – Choquées par le montant de l’argent – environ deux milliards de francs CFA (environ quatre millions de dollars) – retrouvé chez le directeur général des douanes du Burkina Faso, Ousmane Guiro, les autorités se disent déterminées à combattre la corruption dans cette nation définie comme le “pays des hommes intègres”.

Mais la société civile attend de voir la suite judiciaire dans cette affaire qui a éclaté en janvier, tout en espérant des sanctions exemplaires contre ce haut fonctionnaire présumé corrompu.

L’arrestation du directeur général des douanes, début janvier, fait suite à la découverte de fortes sommes d’argent sur certains jeunes gens dont l’attitude a suscité la curiosité des gendarmes. Ces jeunes habitaient chez un proche de Guiro auprès de qui il avait caché les cantines d’argent, et ce sont eux qui ont conduit la gendarmerie à la cache, indiquant que l’argent aurait été mis en “lieu sur” par Guiro. Et une enquête a permis de découvrir des cantines contenant plus de 1,909 milliard de FCFA.

“Il est inadmissible qu’un fonctionnaire puisse détenir par devers lui près de deux milliards de FCFA dans un pays pauvre”, s’est insurgé récemment le Premier ministre burkinabè, Luc Adolphe Tiao, dans une interview à la radio nationale. “Quand je pense que nous peinons à mobiliser des ressources pour faire face aux revendications des populations et qu’un individu qui n’est pas un opérateur économique détienne par devers lui cette somme ce n’est pas normal. Si nous avons des cas comme celui que nous avons connu, nous serons sans pitié”, a-t-il ajouté. “C’est une affaire qui n’honore ni l’administration ni nos relations avec les partenaires, nous espérons que la lumière sera faite entièrement sur cette question de manière à rassurer le peuple burkinabè que la lutte pour la gouvernance économique est en marche dans notre pays”, déclare à IPS, le président de l’Assemblée nationale, Roch Marc Christian Kaboré. “Il appartient au gouvernement et aux structures de contrôle de s’assurer que ce genre de choses ne se passe plus dans notre pays”.

Selon le procureur général, Honorine Meda, Ousmane Guiro, qui est inculpé de “corruption, blanchiment de capitaux, enrichissement illicite, détention illégale d’armes à feu et de munitions, risque jusqu'à 20 ans de prison ferme”.

“Notre sentiment, c’est que la volonté politique ferme de lutter contre la corruption n’existe pas. Elle ne se traduit pas par des mesures préventives. Si des décisions fermes avaient été prises depuis, nous aurions pu éviter que des gens, qui voulaient faire la même chose, commettent leurs forfaits”, affirme à IPS, Paul Sondo, président du Réseau national de lutte anti-corruption (RENLAC).

Sondo regrette que tous les rapports du RENLAC soient restés sans suite. “L’impunité est le grave problème qui fait le lit de la corruption. Il faut arrêter l’impunité et ça signifie qu’il ne faut pas protéger les gens, qu’il faut arrêter la politisation de l’administration publique et que cessent les disfonctionnements qui font que les gens cherchent des raccourcis en provoquant la corruption active”, ajoute-t-il.

En 2007, le RENLAC avait dénoncé une affaire de fausses exonérations d’un montant d’environ 500 millions de FCFA dans les hydrocarbures, dans laquelle Guiro avait été inculpé. Il devait être emprisonné, mais avait été sauvé de justesse par le ministre de la Justice de l'époque qui avait dit que Guiro n'était pas n'importe qui pour aller en prison. Le ministre avait été limogé depuis lors, et le RENLAC avait dénoncé son attitude favorable à l’impunité.

Par ailleurs, dans son rapport d’activités de 2010, le RENLAC avait désigné les douanes burkinabè comme les plus corrompues du pays depuis 2007.

“La corruption reste amplifiée dans tous les secteurs où elle est fréquente et ne régresse pas au cours des années; beaucoup d’actes de corruption sont pratiqués chaque jour et les gens en parlent”, s’insurge Sondo. “Les conséquences sont l’appauvrissement progressif du pays si rien n’est fait”, dit-il, pessimiste. Pendant le premier trimestre de 2011, le pays a été confronté à une grave crise sociale. Parties de manifestations d’élèves qui protestaient contre la mort d’un des leurs suite à une bastonnade dans un commissariat de police, les violences ont pris la forme de mutineries dans les casernes. La plus violente a touché la garnison de Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays où des soldats loyalistes ont dû intervenir pour ramener le calme.

Les syndicats et la société civile avaient dénoncé l’impunité et la corruption comme causes profondes de cette crise.

Sondo du RENLAC estime donc qu’une absence de sanction n’encourage d’autres à faire pire que Guiro.

“Quand un fléau comme la corruption sévit dans un pays sans sanction” pour dissuader ceux qui la pratiquent, “elle ne peut gagner en ampleur. Or ce qui manque c’est cette sanction exemplaire contre aussi bien les petits que les gros poissons de manière à ce que ceux qui ne sont pas encore initiés s’abstiennent et que ceux qui le font déjà cessent”, déclare Sondo.