MBABANE, 6 jan (IPS) – Une usine de retraitement de minerai de fer – de plusieurs millions de dollars – dans le nord du Swaziland, appartenant à Salgaocar, une compagnie minière indienne, menace la sécurité de l'eau des communautés locales et même de Mbabane, la capitale du pays.
Les habitants d’ici sont inquiets que les effluents de l’entreprise d’exploitation minière, qui prévoit de démarrer ses activités en janvier 2012 dans une zone protégée à l'intérieur de la réserve 'Game Reserve' de Malolotja, puissent contaminer la qualité de l’eau du barrage de Hawane tout près. La 'Swaziland Water Services Corporation' (Société des services d’eau – SWSC) tire l'eau du barrage de Hawane pour approvisionner Mbabane et le centre touristique d’Ezulwini. Le gisement du minerai de fer de Ngwenya, où l’usine est en train d’être implantée, est le plus ancien au monde, selon la 'Swaziland National Trust Commission' (Commission nationale fiduciaire du Swaziland) et l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture. L'exploitation minière a été interdite dans la zone depuis 1972 et l’emplacement a été déclaré un site du patrimoine mondial et d’attraction touristique. Cependant, Jabulile Mashwama, ministre du Commerce et des Echanges, avait déclaré au parlement en 2005 que le gouvernement ne pouvait pas compter économiquement sur le site puisque le tourisme générait très peu de revenu. Au début de 2011, le gouvernement a donné à la compagnie Salgaocar du Swaziland une licence de sept ans pour retraiter les dépôts de minerai de fer ici.
Mais les habitants de 'New Skom' tout près se sont rapprochés de la direction de Salgaocar pour demander à l'entreprise d'approvisionner la communauté en eau potable. Rien n'a été fait jusqu'à présent. “Nous n'avons pas accès à l'eau potable, et le peu qui provient du ruisseau risque d'être contaminé par le minerai de fer au démarrage des activités de l'usine qui sera installée près de la rivière”, a déclaré Princesse Hlatshwayo, un résident local. Hlatshwayo a affirmé que la communauté n'a jamais eu d'eau potable parce que, selon la SWSC, il était difficile d'installer des tuyaux dans la zone à cause de certaines difficultés de terrain et du manque de routes praticables. “Donc pendant des années, nous allons chercher de l'eau de la rivière, que nous traitons en la faisant bouillir pour boire et cuisiner”, a-t-elle dit. Au moment où IPS visitait le site d’exploitation minière en décembre dernier, des camions chargés de minerai de fer, transportaient la substance vers le Mozambique pour le retraitement jusqu'à l’ouverture de l'usine ici en janvier. Rex Brown, un écologiste local et habitant de Mbabane, est préoccupé par la menace directe que constitue le ruissellement provenant du trop-plein du site de l'usine de retraitement et des stocks de minerai vers le barrage de Hawane et le fleuve Mbuluzi. Il souligne un certain nombre de divergences dans l'Evaluation de l’impact environnemental (EIA), préparée par 'Sustainable Technologies' (Technologies durables), un cabinet d’expertise conseil qui a rédigé le rapport. Il a affirmé que l'EIA manquait nettement d’objectifs d'atténuation mesurables définis, et mettra en danger l’approvisionnement en eau de milliers de personnes si ce n’est pas revu. “L'EIA donne une description superficielle du processus de traitement des eaux usées et de ce qu'il adviendra de l’enlèvement des installations post-usine”, a déclaré Brown. “La composition chimique possible des eaux usées n’est pas décrite malgré l'utilisation d'une gamme de produits chimiques, de floculants et les additifs pour séparer l’hématite (oxyde de fer naturel) de la masse du sol”. Il a affirmé que l'EIA présente très peu de renseignements factuels ou opérationnels sur le type, la taille et la capacité des installations de traitement d'eau proposées. Toutefois, Jameson Mkhonta, le directeur chargé des relations publiques de la SWSC, a déclaré que par rapport à l'organisation, il n'y aura aucune menace pour la qualité de l'eau du barrage de Hawane. “Tous les fleuves alimentant le barrage de Hawane prennent leur source très loin, de l'autre côté des activités d’exploitation minière, ce qui signifie que le barrage est en sécurité”, a indiqué Mkhonta. L'Autorité du Swaziland pour l’environnement (SEA), qui a initialement soulevé des objections au cours du processus de l'EIA, a déclaré que ses préoccupations ont été prises en compte. “Les mesures d'atténuation fournies dans le rapport sur la pollution de l'eau sont suffisantes pour prendre en compte toute contamination possible de l'eau par les activités de transformation”, a affirmé le directeur général par intérim de la SEA, Steven Zuke. La SEA était préoccupée par l'utilisation des produits chimiques, mais Zuke a indiqué que la compagnie Salgaocar assure toutes les parties qu’elle utiliserait seulement la chaux pour le filtrage du minerai de fer. “La SEA ignore tout autre produit chimique qui sera utilisé”, a ajouté Zuke. Cependant, le directeur général de 'Ngwenya Glass', Gary Hayter, a déclaré que l'EIA a été réalisée sur une courte période durant la saison sèche sans tenir compte des facteurs d'atténuation pour faire face aux fortes variations du niveau des ruisseaux et des fleuves pendant les orages d'été. 'Ngwenya Glass' est un site touristique fonctionnel à proximité du gisement et Hayter était l'une des personnes invitées à faire des commentaires lors de la réunion de cadrage de l’EIA. “La quantité d'eau tirée des réserves d'eau existantes aura un impact sur les communautés environnantes du site, puisque le projet utilisera une partie du peu d’eau potable disponible pour les communautés tout en polluant également les réserves d'eau”, a-t-il déclaré. En réponse, Salgaocar a reconnu que l'EIA ne pouvait pas être menée sur une année entière en raison du temps limité.
“Toutefois, davantage de données couvrant bien des paramètres seront collectées grâce au suivi, ce qui aidera à informer le projet de manière progressive”, estime Salgaocar.

