NIGERIA: Sur la brèche en tenant d'éviter des affrontements Nord-Sud

KANO, 3 jan (IPS) – Le Nigeria, premier producteur africain de pétrole, est en quête de solutions pour décourager de possibles affrontements sectaires entre les musulmans du nord et les chrétiens du sud, pendant que les chrétiens deviennent plus vulnérables aux attaques des militants islamistes.

Boko Haram, un groupe d’islamistes nigérians inspirés par les Talibans afghans, a revendiqué la responsabilité d'une vague d'attentats suicides et d'attaques contre les bâtiments des Nations Unies, des forces de l’ordre et des églises au cours de l’année dernière. Le dernier rapport du 'Human Rights Watch' sur le bilan des victimes des attaques du groupe Boko Haram au Nigeria, daté du 8 novembre, indiquait que 425 personnes ont été tuées. Bien qu'il n'y ait pas de statistiques plus récentes provenant du groupe de défense des droits humains, le nombre de décès était estimé à plus de 500 vers la fin de 2011.

Le groupe a revendiqué la responsabilité des attentats de Noël qui ont visé principalement des églises dans les villes d'Abuja, de Jos et de Damaturu, situées dans le nord, faisant au moins 40 morts et plus de 50 blessés, selon des rapports de police. “Les derniers attentats de Noël peuvent déclencher des représailles contre les musulmans”, a déclaré à IPS, par téléphone, Shehu Sani, président du Congrès des droits civils au Nigeria, un groupe de défense des droits de l’Homme. “Le Boko Haram veut gagner la sympathie de la majeure partie de la société musulmane en prétendant qu'ils ont perpétré les attentats dans le but de venger les attaques des chrétiens contre les musulmans à Jos au cours des prières communes le jour de Eid el-Fitr (une journée sainte pour les musulmans) le 29 août 2011; pour aggraver davantage les affrontements entre musulmans du nord et chrétiens du sud”, a expliqué Sani. Le Nigeria compte presque le même nombre de chrétiens que de musulmans, avec le sud riche en pétrole majoritairement chrétien. Maintenant, Boko Haram a lancé un ultimatum aux chrétiens vivant dans le nord du Nigeria, leur donnant trois jours pour quitter la région. Les derniers attentats de Noël ont provoqué la crainte des attaques de représailles, et le gouvernement ainsi que les institutions religieuses interviennent dans le but de calmer la tension. “Nous sommes totalement contre ce qui se passe et nous le condamnons totalement. Personne ne peut ôter la vie de l’autre, c’est anti-islamique, et ce n’est pas divin, toutes les vies sont sacrées, elles doivent être respectées et protégées par tous”, a déclaré le sultan Abubakar Saad, le plus grand chef spirituel musulman du Nigeria, aux journalistes après sa rencontre avec le président Goodluck Jonathan et le conseiller pour la sécurité nationale, Andrew Azazi, le 27 décembre. Au cours d’une rencontre distincte avec Jonathan, les dirigeants chrétiens ont averti le gouvernement fédéral du fait qu’ils seraient obligés de se défendre, s’il ne joue pas un rôle plus actif pour assurer la sécurité. “Le consensus est que la communauté chrétienne du pays n’aurait d’autre option que de réagir de manière appropriée s'il y a de nouvelles attaques contre nos membres”, a déclaré le pasteur Ayo Oritsejafor, président de l'Association chrétienne du Nigeria. Deux jours après les attentats de Noël, une école islamique avec plus de 100 enfants, a été bombardée dans la cité du Delta, majoritairement chrétienne dans le sud. Mais c’était trop tôt d’attribuer cette attaque en représailles à la communauté chrétienne, a estimé le Congrès des droits civils. La communauté internationale a condamné les attentats de Noël au Nigeria, et le gouvernement s'est engagé à adopter une nouvelle approche pour réprimer l'insurrection de Boko Haram. “J’assure les Nigérians, avec un engagement total, que nous allons adopter une nouvelle stratégie pour combattre Boko Haram”, a affirmé Abba Moro, ministre de l'Intérieur, dans le village de Madala, à quelques kilomètres de la capitale Abuja, où une bombe a tué 35 personnes à l’église catholique Sainte Thérèse, le jour de Noël. Le gouvernement a décrété l'Etat d'urgence dans certaines régions des quatre Etats troublés par les bombardements et les attentats suicides: Borno, Yobe, Plateau et Niger. Juste quelques heures après que la mesure a été annoncée, des affrontements ont éclaté dans des régions dans le sud principalement chrétien entre deux groupes ethniques rivaux, les Ezillo et les Ezza, faisant 66 morts, dont des femmes et des enfants. L'insurrection de Boko Haram Le groupe Boko Haram, dont le nom signifie “l'éducation occidentale est un péché”, lutte pour la mise en œuvre de son interprétation stricte de la loi islamique – la charia – dans le pays le plus peuplé d'Afrique. Fondée en 2002, la secte musulmane autoproclamée s’est fait connaître au niveau international en 2009, quand des mesures de répression militaires ont commencé contre ses membres à Maiduguri, la capitale de l'Etat lointain de Borno, près des frontières du Nigeria avec le Tchad, le Cameroun et le Niger. Plusieurs membres de Boko Haram avaient été tués, y compris Mohammed Yusuf, le leader du groupe, décédé en garde à vue à la police. Mais ils se sont regroupés et ont lancé des attaques continuelles et ont perpétré des attentats suicides dans le nord du Nigeria. Ils ont revendiqué la responsabilité de l’attentat par une voiture piégée, en août 2011, contre le siège de l'ONU dans la capitale, qui avait tué 26 personnes, et de l'attentat suicide de juin 2011 au quartier général de la police, également à Abuja, qui avait fait huit morts. La série d'attentats suicides meurtriers et les attaques dont le groupe islamiste a revendiqué la responsabilité a été menée à Damaturu, une ville du nord le 4 novembre, laissant un bilan de plus de 150 morts, selon Sani, du Congrès des droits civils. Il y a de plus en plus de preuves qu’il y ait des liens entre le groupe Boko Haram et Al Qaeda. Des experts en sécurité en Occident affirment que tout lien avec Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI) – un groupe terroriste algérien proche de Al-Qaeda – pourraient faire de Boko Haram une menace puissante, notamment pour l'industrie pétrolière du Nigeria. Abdelkader Messahel, le vice-ministre des Affaires étrangères d’Algérie, a déclaré aux journalistes: “Nous n'avons aucun doute qu’il existe une coordination entre Boko Haram et Al Qaeda. La façon dont les deux groupes opèrent et les rapports des services de renseignements indiquent qu'il existe une coopération”. Le présumé porte-parole du groupe islamiste nigérian, Abou Qaqa, qui a parlé en leur nom au cours de l’année dernière, a affirmé que Boko Haram et Al-Qaeda luttent pour le même objectif.