COTONOU, 10 déc (IPS) – Emile Houansou, un producteur du riz de semence améliorée, appelé NERICA (Nouveau riz pour l’Afrique), pratique cette culture sur trois hectares dans la Vallée de l’Ouémé, dans le sud-est du Bénin, où il récolte une vingtaine de tonnes par an sur un cycle de trois mois.
«Je ne fais plus d’autres activités. «Avec ma production sans engrais sur les trois hectares, j’arrive, selon les saisons, à récolter près de 18 à 21 tonnes», a-t-il déclaré à IPS. «Avec le revenu de ce rendement, je paie facilement la scolarité de mes quatre enfants et je suis présentement en train de construire, sur fonds propre, une nouvelle maison».
Pour sa part, Assise Fiodendji, un petit producteur du NERICA à Comé, dans le sud-ouest du Bénin, en Afrique de l’ouest, la réduction de la pauvreté exige que le défi de l’autosuffisance alimentaire soit relevé à travers l’accroissement des rendements. Selon Fiodendji, le rendement du NERICA cultivé sur un plateau est faible par rapport à celui qui est planté dans un bas-fond, soit respectivement 1,5 à trois tonnes par hectare, contre huit à 10 tonnes par hectare.
En 2008, dit-il, cette question du rendement avait préoccupé le gouvernement béninois, notamment avec la crise économique et alimentaire. Il propose donc aux chercheurs de suggérer des pistes pouvant leur permettre de passer de trois à cinq tonnes par hectare pour le rendement du NERICA cultivé sur un plateau. Un tel accroissement permettra de réguler le ratio entre les charges de production et leur revenu. «Nous dépensons entre 300.000 francs CFA à 500.000 FCFA (entre 600 et 1.000 dollars environ) pour une récolte de trois tonnes, pour un revenu de 140 FCFA par kg, soit 420.000 FCFA (840 dollars)», souligne-t-il. Ou bien, estime Fiodendji, les chercheurs doivent aider les producteurs et faire la promotion du NERICA cultivé dans les bas-fonds dont le rendement est plus élevé à l’hectare.
Les chercheurs viennent d’évaluer au Bénin, au cours d’un atelier du 6 au 8 décembre, le projet dénommé «Amélioration de l’accès des petits producteurs aux semences de NERICA pour réduire la pauvreté rurale en Afrique de l’ouest et du centre».
Ce projet est financé par le Fonds international de développement agricole (FIDA) et qui prend en compte trois pays d’Afrique de l’ouest et du centre: la Guinée, la Serra Leone et la République démocratique du Congo (RDC), sélectionnés pour la première phase du projet AfricaRice. Il prépare déjà les termes d’une deuxième phase à soumettre au FIDA, selon les experts réunis au Bénin. Au cours de leurs travaux, les chercheurs ont souligné beaucoup de défis à relever encore pour atteindre l’autosuffisance alimentaire.
Selon Malick Soumah, coordonnateur national du projet en Guinée, «il faut stimuler les petits producteurs à acquérir la semence de meilleure qualité en dépit de son coût»: environ un dollar en Guinée, indique-t-il à IPS.
«La conservation, la multiplication et le renouvellement de la biodiversité sont également impérieuses pour assurer l’accès à temps des petits agriculteurs aux semences», ajoute-t-il à IPS. Le producteur Fiodendji salue la grande disponibilité des semences. Mais c’est sa pérennisation qui préoccupe Dr Ali Touré, coordonnateur du projet examiné par l’atelier. Il faut «passer de l’aspect production de semence à l’instauration d’une véritable filière semencière», dit-il.
Dr Moussa Sié, coordonnateur du groupe d’action sélection et amélioration variable à AfricaRice, souligne les atouts d’une telle stratégie. «Elle permettra de transformer les petits producteurs, comme c’est le cas en Asie, en des créateurs de variétés de riz amélioré d’une part, et d’autre part, de produire notamment des semences répondant aux attentes des consommateurs».
Dr Aliou Diagne, représentant les directeurs généraux de AfricaRice à l’atelier, souligne que le plus grand défi reste l’implication de toute la chaîne de valeur – de la production à la commercialisation – dans la promotion du NERICA. En attendant, le producteur Houansou explique à IPS le sort des petits transformateurs, un maillon de cette chaîne. Actuellement, dit-il, «ils n’arrivent pas à vendre correctement toutes les variétés du NERICA produit. Seulement le NERICA L20 s’écoule facilement».
Les femmes préfèrent le NERICA L20, sur une centaine de variétés mises à la disposition des producteurs, constate Houansou sur le marché. Et les semences sont achetées entre 300 et 320 FCFA (environ 64 cents US) par kg, indique-t-il. Par ailleurs, les femmes sont souvent marginalisées et maintenues dans la pauvreté dans la chaîne de valeur de la production du NERICA. Selon Soumah, les femmes font la majeure partie des travaux, mais pour la répartition du revenu, les hommes s’arrogent la plus grande part. Mais, des journées portes ouvertes orientées exclusivement vers les femmes ont permis d’attirer environ 25 pour cent en Guinée avec le NERICA, affirme Soumah, contre huit avant 2008, si l’on considère l’activité rizicole en général. En Serra Leone, près 51 pour cent de femmes se consacrent à la culture du NERICA, indique Abdoulaye Kaboré, assistant de recherche en science sociale à AfricaRice. Antoinette Agossou, productrice du NERICA dans le département du Zou-Collines, au centre du Bénin, raconte à IPS une histoire de réussite avec cette variété de riz amélioré. «J’ai commencé la culture du NERICA depuis 2002. Je suis propriétaire de 12 hectares avec un rendement de 3,5 tonnes par hectare». «En outre, je suis productrice de semences. C’est à ce titre que je travaille ici avec 25 groupements de petites productrices à qui j’octroie, à leur demande, des prêts. Présentement, grâce au NERICA, je n’ai rien à envier à une fonctionnaire», déclare-t-elle. Avec ces deux activités, elle affirme gagner un revenu mensuel d’environ 1.000 dollars. Selon Daniel Dibué Munkambo, de la RDC, «tous les producteurs ne jouissent pas des succès du NERICA». Il a regretté le fait que le projet ne couvre que trois des 11 provinces de son pays, alors que, dit-il, la variété améliorée se vend mieux que le riz local.

