KIKWIT, RD Congo, 24 nov (IPS) – «Si Tshisekedi, Kengo, Kamerhe et Nyamwisi (tous des candidats de l’opposition) en dernière minute se concertent franchement et trouvent un chef de file unique, c’est sûr que l’opposition gagnera. Sinon ce sera une perte grandiose», affirme Emile Zola, avocat au barreau de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC).
Plus que quelques jours avant le scrutin présidentiel du 28 novembre en RDC. Les candidats de l’opposition n’ont toujours pas pu s’entendre sur une candidature unique face à Joseph Kabila, le président sortant. Cet échec, très regretté par Kengo Wa Dondo, un des candidats de l’opposition, limite a priori leur chance individuelle. Mais les opinions sont plutôt partagées.
«Si les candidats de l’opposition s’étaient mis d’accord sur un candidat unique, cela aurait pu donner du grand travail au directeur de la campagne électorale du président Joseph Kabila. Surtout que la plupart de ces candidats opposants n’ont pas sillonné toute la République pour la campagne. C’est aussi un handicap à ne pas négliger», soutient Arsène Ngondo, un des cadres de la société civile et de la Commission justice et paix en RDC.
«Pourront-ils donner un candidat unique en dernière minute? Quel miracle vont-ils opérer?», s’interroge-t-il.
Ngondo estime aussi que le fait d’aller en ordre dispersé pourrait être une stratégie de certains opposants pour que le président sortant, une fois réélu, tienne compte, dans son gouvernement de l’opposant qui aurait obtenu des points importants après lui.
En 2010, l’assemblée nationale de la RDC a révisé la constitution en ramenant le scrutin présidentiel à un seul tour au lieu de deux comme en 2006. Cette révision indique aussi qu’un candidat peut être élu à la majorité simple. Une situation qui devait encourager l’opposition à unir ses forces.
«Ce système (à tour unique) profite à un seul groupe. Avec cette logique, c’est difficile pour nos opposants de gagner le 28 novembre prochain puisque la sagesse de l’union fait la force leur a échappé», explique Kawaya Gatu, avocat du Mandundundu, au sud-ouest de la RDC.
Mais au sein de l’opposition, certains ne sont pas de cet avis. «Nous appliquons la politique d’encerclement de l’adversaire politique qui est le président sortant», déclare Leonard Lumeya Dhu Maleghi, rapporteur national de l’opposition au parlement et premier vice-président de Dynamique pour la démocratie au Congo (DDC), un des partis de l’opposition.
«Pour appliquer concrètement cette politique d’encerclement, Mbusa Nyamwissi et Vital Kamerhe encerclent le sortant à l’est; Etienne Tshisekedi et Kengo Wa Dondo l’encerclent à l’ouest et au centre. C’est de cette manière que nous allons terrasser le 28 novembre le président sortant si et seulement si les élections sont propres et transparentes», démontre Lumeya.
La stratégie d’encerclement ne paraît nullement inquiéter les partisans du président sortant. «Le président Joseph Kabila a plus de 60 pour cent de chance de gagner les élections puisqu’il doit continuer les travaux de cinq chantiers déjà amorcés. Bien des actions de Kabila sont déjà visibles», déclare le professeur Jacques Tiarina de la Majorité présidentielle (MP).
Tiarina estime aussi qu’il est très difficile pour l’opposition divisée de gagner. «Tout le monde est dans la campagne, quand est-ce que l’opposition va donner un seul candidat?», se demande-t-il.
L’éventualité de fraudes à ce scrutin qui semble être organisé par le pouvoir sortant – même si Commission électorale nationale indépendante (CENI) clame réellement son indépendance – contribue forcément à amenuiser les chances de l’opposition. Celle-ci en est du reste consciente. «Nous avons beaucoup de doute quant à la transparence et la propreté des élections du 28 novembre, car à Kinshasa, l’opposition a découvert plusieurs bureaux de vote fictifs. C’est déjà un mauvais présage», dénonce Lumeya.
Selon lui, 70 pour cent des bureaux de vote en RDC sont placés sous la direction de la MP.
«Faux», rétorque Tiarina. «Ce sont des prétextes de l’opposition pour justifier leur échec», dit-il.
Mais l’opposition ne s’avoue pas vaincue. «Plus de 100 partis politiques de l’opposition congolaise qui soutiennent Tshisekedi feront que celui-ci soit élu président de la République», indique sur un ton sûr Senghor Mbutuyibi, politologue, et un des responsables fédéraux de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) de Tshisekedi.
«La cartographie électorale actuelle ne peut pas donner la chance à Kabila de gagner les élections, sauf s’il y a tricherie. Nous aurons beaucoup de témoins dans des bureaux de vote», enchaîne Mbutuyibi.
Dans une situation où tous les camps sont sûrs de remporter, on peut redouter la réaction des perdants.
«Je crains des troubles qui risquent de plonger le pays dans un gouffre béant, étant donné que nous avons déjà assisté à des affrontements entre partisans de la MP et ceux de l’opposition, avant et pendant la campagne électorale», s’inquiète Leopold Mukunshi, un électeur de Kinshasa de passage à Kikwit, dans la province du Bandundu (sud-ouest).

