COTE D’IVOIRE: L’école unifiée reprend avec de grands retards à combler

ABIDJAN, 15 nov (IPS) – “Nous restons optimistes pour le retour des réfugiés et autres déplacés parmi lesquels se trouvent de nombreux enfants en âge de fréquenter”, assure à IPS, Fatou Koné, enseignante du primaire à Duékoué, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire.

“Au fil du temps, nous espérons voir des salles de classes combles”, poursuit Koné.

La Côte d’Ivoire a effectué le 28 octobre dernier une première rentrée unifiée entre le nord et le sud, depuis la division du pays en deux, au lendemain de la rébellion armée du 19 septembre 2002.

Seulement, dans la capitale économique ivoirienne, Abidjan comme sur l’ensemble du territoire, de nombreux élèves manquent encore à l’appel et des écoles sont toujours fermées, a constaté IPS dans certains établissements scolaires du sud, du centre et de l’ouest du pays.

Pour Koné, il ne sera pas certain d’atteindre un taux de fréquentation de 30 pour cent dans son école, où seulement 57 écoliers sont présents sur 180 attendus depuis maintenant dix jours.

“Chaque année les problèmes au niveau scolaire s’accumulent. Du déficit d’enseignants qualifiés aux classes en sureffectif en passant par le manque d’outils didactiques sont autant de difficultés rencontrées. Cela dépeint de plus en plus sur la qualité de l’enseignement au point où les résultats en fin d’année scolaire vont décroissants”, indique-t-elle.

En effet, pour l’année scolaire précédente, la Côte d’Ivoire a enregistré ses pires résultats en une décennie. Selon le ministère ivoirien de l’Education nationale, il y a eu 57 pour cent de réussite au CEPE contre 70 pour cent en 2010, 17 pour cent de réussite au BEPC contre 30 pour cent en 2010 et 21 pour cent au baccalauréat contre 34 pour cent il y a un an.

“Cette longue crise qu’a connue le pays a eu un impact important sur le système scolaire. Il y a eu un manque de personnels de l’administration. Des titulaires et des volontaires maintenaient juste l’éducation en marche au nord et à l’ouest”, constate Youssouf Oomar, représentant résident de l’UNICEF en Côte d’Ivoire. Conséquence: le pourcentage des enfants scolarisés et la qualité de l’enseignement ont beaucoup baissé, soutient-il.

Selon l’UNICEF, environ 140.000 élèves inscrits à l’école primaire publique n’ont pas pu terminer l’année scolaire précédente, près de 20.000 élèves, principalement à l’ouest du pays, ont manqué aux examens d’entrée au second cycle. Pendant ce temps, plus d’un million d’enfants du primaire a été affecté par les derniers mois de crise politique, en raison de la fermeture des écoles et des déplacements vers le Libéria, le Ghana en qualité de réfugiés.

“Ce sont les derniers effets de la décennie de crise qui se présentent ainsi. Mais il faut aussi remonter les années et noter qu’à chaque impasse politique qui se présentait au moment des différentes [années] scolaires [entre 2002 et 2010], des milliers d’enfants ont abandonné l’école”, relève à IPS, Brahima Timité, enseignant volontaire de l’enseignement primaire à Mankono (centre-nord du pays).

“Aujourd’hui, il y a d’énormes défis auxquels va être confronté l’école ivoirienne pour relever le niveau des élèves. Car les récents résultats scolaires ont montré combien de fois, la qualité de l’enseignement est pratiquement nulle. Mais ce seul point ne constitue pas l’unique facteur des échecs”, souligne Zéphirin Amangoua, consultant en éducation préscolaire à Abidjan.

Pour Amangoua, en une décennie, la violence instaurée dans les établissements scolaires par la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) avait toujours conduit à des arrêts de cours, parfois à des périodes d’approche des examens scolaires.

“Lorsque vous avez des enseignants mal formés et recrutés par complaisance, des élèves en surnombre dans une salle de classe, il est aussi évident que les apprenants soient mal formés. On ne peut prétendre enseigner sans en avoir la compétence”, souligne-t-il.

Amangoua recommande aux autorités d’instaurer des mises à niveau de tous les enseignants entre deux et trois ans, d’assurer la sécurité sur les cités et campus universitaires afin de juguler la violence, de dissoudre la FESCI, d’établir de nouveaux programmes scolaires et universitaires plus adaptés au marché de l’emploi.

Conseiller d’éducation à Yamoussoukro, la capitale politique ivoirienne, François Kouamé souhaite, pour sa part, une forte implication des parents dans l’éducation des enfants. “Il est avéré que les parents n’assurent plus le moindre encadrement à leurs progénitures. Ils sont livrés aux enseignants et il n’est pas aisé que l’on parvienne à en assurer un bon suivi pour un bon résultat scolaire”, dit-il à IPS.