AIX-EN-PROVENCE, France, 11 nov (IPS) – Vendredi dernier, Benoit Miribel, Président d’Action Contre la Faim, a fortement accusé l’issue du sommet du Groupe des 20 (G20) dans le sud de la France: «le G20 de Cannes a été un rendez-vous manqué».
Il faisait référence au manque de discussions concernant les politiques sur les produits agricoles et la sécurité alimentaire entre les chefs d’Etat et de gouvernement des vingt économies les plus industrialisées et émergentes, lors de longues délibérations sur le futur de l’économie mondiale la semaine dernière.
Olivier De Schutter, Rapporteur spécial des Nations Unies pour le Droit à l’alimentation, a fait le point à IPS disant que «la crise alimentaire et (les questions de) volatilité des prix alimentaires ont été éclipsées par la crise grecque et la crise de la zone euro».
Or, a-t-il ajouté, «à moins que des actions décisives ne soient prises dès maintenant, les populations vulnérables auront de plus en plus faim, les marchés alimentaires iront vers davantage d’instabilité, et le monde ne sera absolument pas préparé au défi de nourrir neuf milliards de personnes en 2050».
Les dirigeants du G20 ont terminé le sommet déclarant qu’ils comprenaient pleinement que «promouvoir la production agricole est essentiel pour nourrir la population mondiale».
Mais Michael Klosson, vice-président de la politique et des réponses humanitaires de l’organisation internationale 'Save the Children', a expliqué à IPS que le problème ne vient pas de la quantité mais de la qualité de l’offre alimentaire.
Il regrette que les décideurs du G20 ne se soient pas accordés sur de plus ambitieuses actions, telles que promouvoir collectivement le Mouvement SUN (Scaling Up Nutrition), déjà soutenu par une poignée de pays et des agences de l’ONU depuis son lancement en 2009.
Dans une tentative de reconnaissance minimum des mouvements, de plus en plus nombreux et retentissants, pour une justice et souveraineté alimentaires, le communiqué final du G20 a promis vendredi dernier des actions «dans le cadre du Plan d’action sur la volatilité des prix alimentaires et sur l’agriculture approuvé par nos ministres de l’Agriculture en juin 2011».
L’un des éléments clés de ce Plan d’action est la création du Système d’information sur les marchés agricoles (SIMA), afin de renforcer la transparence sur les marchés des produits agricoles.
Carmel Cahill, conseillère spéciale à la Direction des échanges et de l’agriculture de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), pense que le SIMA est particulièrement important pour permettre au monde de ne plus subir de crise alimentaire aussi ravageuse que celles de 2008-2009 et 2010.
En effet, «l’une des principales lacunes en 2008-2009 puis à nouveau en 2010 fut un manque d’information précise et à temps sur la situation du marché, ce qui a entrainé des politiques décidées à la hâte et de manière non coordonnée», a affirmé Cahill à IPS.
«Certains des pires problèmes auraient pu être évités s’il y avait eu une meilleure information sur le marché», a-t-elle poursuivi.
Le G20 a également approuvé la création de réserves alimentaires pour aider à combattre la pauvreté et la faim, mais les experts sont d’avis que, là encore, ce n’est qu’un geste symbolique.
Selon De Schutter, «le Plan d’action fait référence à des réserves alimentaires uniquement dans le contexte d’urgences humanitaires, ou en réponse à une crise humanitaire» alors qu’elles devraient être mises en place pour réduire la volatilité des prix des produits agricoles.
«Si l’on achète aux paysans les plus pauvres, puis qu’on dispense les stocks alimentaires lorsque les prix sont élevés afin de rendre la nourriture abordable aux classes les plus pauvres de la population, ces réserves alimentaires peuvent être un moyen utile pour réduire la volatilité des matières premières au niveau local; mais ce n’est apparemment pas une étape que le G20 est prêt à franchir», dit-il à IPS.
Il voit ce manque de volonté politique de la part du G20 comme le résultat de forts intérêts commerciaux, particulièrement dans les pays qui produisent des biocarburants.
Déjà en 2008, une note publiée par le groupe des prospectives de développement de la Banque mondiale a mis en lumière que les biocarburants étaient responsables à hauteur de 75 pour cent de la considérable augmentation de l’époque des prix alimentaires.
Cependant, malgré les solides preuves que les biocarburants et agrocarburants soient «un des principaux moteurs de la spéculation sur les marchés des matières premières et une des principales explications de la pression écrasante sur les terres dans les pays en développement, et surtout en Afrique sub-saharienne» selon De Schutter, le G20 a complètement ignoré le problème.
Le sujet des biocarburants soulève également l’épineuse question de la spéculation, une pratique qui, estiment de nombreux experts, doit prendre fin.
Le G20 a fait là quelques percées, en approuvant les recommandations de l’Organisation internationale des commissions de valeurs (OICV) sur l’amélioration de la régulation et le renforcement de l’infrastructure du marché.
Mais De Schutter est pessimiste; il estime que les acteurs financiers puissants vont continuer à adopter une «mentalité de troupeau», se mimant les uns les autres dans le domaine de la spéculation et se dessinant un avenir de « bulles » fragiles sur le marché des matières premières.
Selon Matt Davies, directeur du plaidoyer et de la politique internationale à ATD Forth World (une organisation pour les droits de l’Homme et contre la pauvreté), un pas nécessaire vers la sécurité alimentaire, et principalement pour les populations les plus vulnérables et les pays à faible revenu, consiste à ce que «les Etats mettent en place des mécanismes permettant la participation des personnes extrêmement pauvres dans le processus de décision, car ce sont elles qui possèdent la connaissance de ce qui marche le mieux pour les plus vulnérables».
Si le G20 avait adopté cette démarche, il se serait rapproché de l’appel des organisations locales pour «les peuples d’abord, pas la finance».

