CHANGWON, Corée du Sud, 28 oct (IPS) – Yacouba Sawadogo, un paysan au Burkina Faso, est connu comme “l'homme qui a arrêté le désert”. Mais lorsqu’il tentait une première fois de sauver sa terre aride de la désertification en plantant des arbres qui ont depuis poussé pour devenir une forêt de 15 hectares, les gens dans son village pensaient qu'il était fou.
Quelque 30 ans plus tard, les gens de Gourga, dans le nord-ouest du Burkina Faso, qui ont quitté cette région infertile pour une meilleure vie dans la ville, y retournent pendant que Sawadogo voyage dans le monde pour partager son histoire de réussite.
Des agriculteurs, experts environnementaux et scientifiques affluent aussi vers la maison de Sawadogo pour se renseigner sur l'homme qui, seul, a arrêté le désert.
L’histoire de Sawadogo a également attiré le réalisateur, Mark Dodd, qui a produit un film primé intitulé “L'homme qui a arrêté le désert”, qui a été présenté lors de la 10ème session de la Conférence des parties (COP 10) à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), qui a pris fin le 21 octobre à Changwon, en Corée du Sud.
Mais Sawadogo n'avait pas commencé à essayer de sauver la terre de la désertification. Il y a 30 ans, il cherchait simplement un moyen pour récolter ses cultures dans une région où la terre était devenue stérile et beaucoup de personnes abandonnaient l'agriculture et migraient vers des zones urbaines.
“Il n'y avait pas de nourriture à cause de la sécheresse et l'eau était très rare dans ma communauté”, a expliqué aux délégués à l’UNCCD, cet agriculteur polygame âgé.
Sawadogo s'est alors rendu compte qu'il ne suffisait plus de creuser des trous ordinaires pour planter sa culture, alors, il a décidé de creuser des trous plus grands et plus larges afin de retenir l'eau de pluie pendant une plus longue période.
Il a aussi utilisé du compost pour renforcer la croissance des graines de sésame et des céréales – le sorgho et le millet – qu’il cultivait.
“La méthode agricole traditionnelle utilisée dans mon village faisait que les eaux de pluie séchaient facilement, amenant les cultures à se faner en un temps record. C'est pourquoi j'ai pensé à une technique qui contrecarrerait ce problème”, a déclaré Sawadogo.
Il était non seulement préoccupé par la sécurité alimentaire, mais s’inquiétait également du fait que la terre à Gourga se transformait rapidement en un désert. Alors, il a commencé à planter des arbres. Cela a non seulement sauvé la terre de la dégradation, mais aussi restauré l'eau souterraine à des niveaux sans précédent.
“Les gens pensaient que j'étais fou quand j'ai commencé à planter ces arbres”, a-t-il indiqué. “Ce n'est qu’aujourd’hui qu'ils se rendent compte de l’avantage de la forêt”.
Les arbres, qu’il a plantés avec l'aide de sa famille, constituent une épaisse forêt de 15 hectares composée de plantes indigènes, dont certaines sont utilisées à des fins médicinales.
Il donne aujourd’hui des semences à planter aux agriculteurs au Burkina Faso dans le Sahel, une zone éco-climatique vaste de 1.000 kilomètres qui s'étend de l'océan Atlantique à la mer Rouge.
Le facilitateur des Initiatives de reverdissement en Afrique au Centre pour la coopération internationale, Chris Reij, a déclaré que les experts ont beaucoup à apprendre auprès de Sawadogo.
“Yacouba serait devenu un professeur s'il avait été à l'école”, a affirmé Reiji. “Des scientifiques viennent apprendre auprès de lui”.
C’est vrai. Dorcas Kaiser, une spécialiste des termites, s’est rendue à Gourga pour s’informer auprès de ce petit fermier sur le rôle que ces insectes jouent dans la restauration des terres.
“(C’est) un lieu de rêve pour un scientifique d’étudier le rôle des termites dans le processus de restauration des terres”, a indiqué Kaiser.
Des experts à travers le monde ont débattu de la restauration des terres, et des masses d'argent ont été dépensées pour essayant de trouver des solutions à la désertification, la dégradation des terres et aux sécheresses, mais jusqu'ici, ces efforts ont été infructueux, a déclaré Reij.
“Ce n’est qu’un petit agriculteur qui a trouvé un système qui marche là où des organismes mondiaux ont échoué”, a indiqué Reij.
Le secrétaire exécutif de l’UNCCD, Luc Gnacadja, a aussi souligné le rôle que les agriculteurs jouent dans le reverdissement en Afrique, lors de la cérémonie d'ouverture de la COP 10, le 17 octobre.
Gnacadja a déclaré que la plantation d’arbres, et l’utilisation d’engrais sur les terres agricoles et les pâturages ont été déjà adoptées dans beaucoup de régions et ont contribué à l'amélioration de plus de six millions d'hectares à travers l'Afrique. “Ces bonnes pratiques devraient être renforcées et les gouvernements devraient les encourager partout lorsque cela convient”, a-t-il ajouté.
Le coordonnateur principal de groupe, spécialiste de l’environnement, pour la gestion durable des terres au Fonds pour l'environnement mondial (FEM), Mohamed Bakarr, a été d’accord et a ajouté que des gens indigènes comme Sawadogo n'ont pas besoin de beaucoup d'argent pour faire une différence.
“Les politiques qui disent que vous ne pouvez pas posséder des arbres ou que vous ne pouvez pas avoir la propriété foncière font que les gens négligent ces ressources”, a déclaré Bakarr.
Le FEM est en train d'aider les gouvernements en Afrique à éliminer ces obstacles afin de créer un environnement permettant aux gens de s'impliquer dans la lutte contre la désertification et pour assurer la sécurité alimentaire.
Cependant, bien que cela ait évité à Gourga de devenir un désert, Sawadogo peut finir par perdre à la fois sa terre et sa forêt. Le gouvernement du Burkina Faso est en train de reprendre la terre appartenant à Sawadogo pour le développement. La seule solution pour Sawadogo de retenir sa terre est qu’il la rachète auprès du gouvernement. C’est une option qu’il estime à la fois injuste et inabordable.
Sawadogo aurait besoin de 100.000 euros pour racheter la forêt seule. “Cela est injuste”, a-t-il dit. “J’ai travaillé si dur pour cela et maintenant, le gouvernement me punit”.

