KINSHASA, 25 oct (IPS) – Elles sont seulement 12 pour cent de femmes parmi quelque 18.000 candidats dans la course pour être élus députés nationaux en République démocratique du Congo (RDC). Elles s’activent pour battre campagne et gagner des sièges au parlement, mais la tâche ne sera pas facile pour elles.
«Une fois élue députée, je vais m’évertuer à initier des lois visant à permettre l’autonomisation économique des femmes pour lutter contre la pauvreté», déclare Georgette Biebie, candidate députée nationale pour la circonscription électorale de Kikwit, dans le sud-ouest de la RDC. Elle est candidate de l’Alliance pour le renouveau du Congo (ARC).
Les élections législatives sont prévues le 28 novembre prochain, en même temps que le scrutin présidentiel. Interrogée par IPS à Kinshasa, la capitale de la RDC, Biebie promet également de participer activement au parlement afin qu’il incite le gouvernement à engager des actions susceptibles de réduire la mortalité maternelle à l’accouchement, à appliquer les lois sur la protection des enfants, des femmes et des personnes vivant avec un handicap.
“En RDC, le taux de mortalité maternelle est de 549 décès pour 100.000 naissances vivantes”, indique Dr Protais Musindo, directeur adjoint du Programme national de santé de la reproduction, se référant à la dernière enquête démographique et de santé réalisée en 2008.
Biebie ajoute: «Je vais m’efforcer de mener des actions liées au combat contre les violences faites aux femmes, à la lutte contre le réchauffement climatique, et à l’accès aux Fonds vert pour encourager les femmes à développer leurs productions agricoles tout en protégeant les forêts».
Jeanne Lembwa Kabange, candidate du Mouvement pour l'intégrité du peuple (MIP) à Lubumbashi, dans le sud-est du pays, prévoit de faire des lobbyings pour obtenir des législations qui défendent les femmes, tout en admettant que les femmes doivent se distinguer par leurs actions. «Les femmes ne doivent pas négliger leurs partenaires hommes. Ensemble, ils vont développer le pays par des activités complémentaires», indique-t-elle.
Chantal Malamba, candidate du Parti des actions pour le développement (PAD) à Mabimba (sud-ouest), entend «participer utilement au parlement, si je suis élue, pour aborder des questions de la vie, de sécurité et du développement». Selon elle, «La RDC connaît de sérieux problèmes d’accès à l’eau et à l’électricité, à côté de l’épineux problème de la pauvreté et du chômage…» Interrogée sur les actions promises par ces femmes candidates, Yvette Mova, une femme ménagère à N’djili, une commune de Kinshasa, estime que «ces programmes paraissent intéressants». «Les femmes ne doivent plus reculer car elles sont capables de travailler comme les hommes. Je voterai pour une parmi elles le 28 novembre. J’aurais même voulu que nous ayons une femme candidate à la présidence de la République pour faire changer des choses dans ce pays. Mais pas de candidate à ce poste», déclare-t-elle à IPS.
De son coté, Solange Mukwanga, vendeuse au marché Liberté, dans la commune de Masina, est plutôt pessimiste: «Je n’ai pas confiance aux femmes, elles sont orgueilleuses et sont des êtres faibles malgré leurs programmes», dit-elle.
Pour Didier Mboma, un acteur de la société civile en RDC, les femmes candidates ont des aptitudes. «Elles peuvent être facilement élues si les autres femmes, qui constituent plus de 51 pour cent de la population électrice, optent pour elles. Certains hommes peuvent aussi voter pour elles s’ils sont convaincus», affirme-t-il à IPS.
En 2006, indique le Cadre permanent de concertation de la femme congolaise, 42 femmes (8,40 pour cent) siègent à l’Assemblée nationale sur 500 députés; cinq femmes (4,42 pour cent) sont au Sénat sur 108 sénateurs; 43 femmes (6,80 pour cent) sont membres des 11 Assemblées provinciales, sur 632 députés provinciaux.
Le Protocole de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) sur le genre et le développement, adopté par les Etats membres dont la RDC, réclame 30 pour cent des postes pour les femmes dans les sphères de décisions.
Les femmes candidates et femmes leaders de groupes divers, multiplient des actions depuis 2010: mise en place de Cercles des leaders féminins, d’une Clinique électorale qui encadre les femmes candidates dans leur campagne électorale. Plusieurs forums ont été organisés à leur intention à travers le pays entre 2010 et 2011.
Dans son programme annoncé en septembre à Kingakati, près de Kinshasa, le président Joseph Kabila, candidat à sa propre succession, compte faire de la RDC un pays «émergent», «un pôle d’intelligence et de savoir-faire, un vivier de la nouvelle citoyenneté, une puissance régionale au cœur de l’Afrique», mais sans indiquer explicitement la place réservée aux revendications des femmes.
Même constat du côté du principal leader de l’opposition, Etienne Tshisekidi, chef de l’Union pour la démocratie et le progrès social, qui insiste sur l’amour de la patrie, l’unité nationale, le développement et le changement à apporter dans la gouvernance du pays.
Françoise Ikwapa, de la Ligue des femmes pour le développement et l’éducation à la démocratie, estime que les programmes des candidats à la présidentielle – pouvoir comme opposition – ne garantissent rien pour l’égalité de genre et la parité, même si la constitution congolaise évoque ce principe en son article 14. “Environ 200.000 femmes ont été violées en RDC au cours des 12 dernières années de guerres. Depuis le début de 2011, il y a eu plus de 120 cas de viol signalés en RDC”, indique la Mission des Nations Unies pour la stabilisation du Congo (MONUSCO) dans son magazine 'Echos de la MONUSCO' paru en février dernier.
Jacquie Rumbu, directrice de l'Agence nationale de lutte contre les violences faites aux femmes, à la jeune fille et à la petite fille, confirme les chiffres du magazine. Elle ajoute que “la RDC est caractérisée par une féminisation de la pauvreté et que les conflits armés sont venus aggraver les déséquilibres déjà existants”.
Ces violences sont souvent commises par des éléments de divers groupes armés comme les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR des rebelles rwandais), les Maï-Maï et les Forces armées de la RDC, qui sont accusés de continuer à exercer impunément des viols sur les femmes, notamment dans l’est du pays.

