BLANTYRE, 29 sep (IPS) – La suie et la cendre avaient empli l'air le jour suivant l’incendie qui avait ravagé le marché de Blantyre, la capitale économique du Malawi. Des commerçants et commerçantes disaient des choses graves pendant qu’ils enlevaient à la pelle des tas de débris sur le site le 20 septembre.
Des dizaines de commerçants ont tout perdu dans cet incendie, qui selon certains, était lié aux manifestations anti-gouvernementales prévues le 21 septembre, mais qui ont été annulées. Le 20 septembre, des marchands travaillaient soigneusement pour nettoyer la zone, faisant attention à éviter les flaques de boue épaisse noire fétide. Beaucoup ont affirmaient que les entreprises qu'ils avaient mis des années à construire ont été totalement détruites par l’incendie du 19 septembre.
“Mon avenir est voué à l’échec, l’avenir de tous ceux qui dépendent de moi (est) voué à l’échec”, a déclaré Himoni Amanu, président de la 'Blantyre Vendors Association' (Association des commerçants de Blantyre). “Puis-je plaider auprès des établissements de crédit au Malawi pour nous prêter de l'argent? Nous sommes des gens capables de rembourser à temps. Qu'ils aient un visage humain et viennent à notre secours”.
La perte de l’étal et des marchandises d’Amanu lui a coûté près de deux millions de kwacha (environ 12.500 dollars).
Cette tragédie, qui a frappé Amanu et d'autres commerçants au marché de Blantyre, survenait au milieu d'une période tumultueuse pour le Malawi. En juillet, des manifestations contre le gouvernement avaient fait 20 morts.
Cet incendie a été l’un des trois qui se sont produits le 19 septembre, quelques jours seulement avant l’annulation des manifestations anti-gouvernementales initialement prévues le 21 septembre. (Après des semaines de rassemblement, les responsables de la société civile ont annulé le 20 septembre les plans de descendre dans la rue, invoquant des inquiétudes sécuritaires, et ont plutôt demandé à tous les Malawiens de rester à la maison pendant trois jours).
Le 19 septembre également, un deuxième incendie a détruit sept étals au marché de Tsoka à Lilongwe, la capitale administrative du pays, avant qu'il ne soit maîtrisé. Et dans une autre zone à Lilongwe, un troisième incendie a détruit la maison de Salim Bagus, le secrétaire national à l'organisation du 'People's Party' (Parti du peuple), un membre de l'opposition politique.
Le marché de Blantyre a été sujet à des spéculations par rapport aux auteurs de ces incendies. “Nous pensons que c'est politiquement motivé”, a indiqué un commerçant. D'autres ne pouvaient s'empêcher de spéculer que les incendies étaient directement liés aux manifestations prévues le 21 septembre.
Rafik Hajat, un éminent activiste des droits de l’Homme et critique acerbe du gouvernement, a caractérisé ce développement comme “faisant tout simplement partie de notre saga en cours”.
Hajat faisait allusion au fait que les incendies se soient produits à peine un mois après des jets d'essence sur son bureau et la maison du révérend MacDonald Sembereka, un autre fervent opposant au président Bingu wa Mutharika et au parti au pouvoir, le 'Democratic Progressive Party' (Parti progressiste démocratique – DPP).
Ces incidents demeurent sous enquête. Toutefois, dans un entretien accordé au début du mois, Hajat a estimé que la liste croissante d'incidents suspects d'incendie volontaire constituait “des attaques contre toute personne ayant une autre vision et qui ose l'exprimer”.
Concernant les incendies de marchés, la police a déclaré que la cause de l'incendie survenu à Lilongwe n’est pas encore identifiée.
En attendant, des responsables à Blantyre sont en train de donner deux explications différentes de l’incendie qui s’est produit ici. S'exprimant sur une radio locale le 19 septembre, la ministre de l'Information, Patricia Kaliata, a affirmé que le gouvernement du DPP soupçonnait que des ennemis de l'Etat ont provoqué ces incendies dans une tentative de faire dérailler les progrès du Malawi.
Toutefois, le porte-parole de la police, Davie Chingwalu, a annoncé qu'un garçon de 12 ans était détenu et avait reconnu que lui et quatre de ses amis avaient accidentellement provoqué l'incendie.
Des représentants de la présidence et du ministère de l'Information n'ont pas pu être joints pour un commentaire. Toutefois, Wakuda Kamanga, secrétaire général du DPP, a indiqué qu'il était sceptique sur un lien entre les incendies et les manifestations prévues le 21 septembre.
“Des incendies de ce type ont eu lieu dans le passé alors qu’ils n’avaient aucun lien avec une quelconque manifestation”, a-t-il expliqué. “Alors les lier à des manifestations est une chose que je mettrais du temps pour commenter. J'attends de voir comment les enquêtes évoluent”.
Certains ont suggéré que ces incendies font partie d'un complot orchestré par le DPP de Mutharika. En prélude à d’éventuels troubles prévus pour les manifestations du 21 septembre, ils ont affirmé que le gouvernement utilisait les incendies comme un prétexte pour mettre le secteur commercial du Malawi en phase avec lui.
Beaucoup croient qu'en raison de la perte de leurs biens, les marchands se tourneraient vers le gouvernement pour une aide et ne pouvaient peut-être pas, par conséquent, protester contre le gouvernement. (Le gouvernement a déjà promis une aide aux commerçants touchés par les incendies).
Certains disent que ces incendies étaient un prétexte pour renforcer la sécurité d'Etat, tout en pacifiant une importante partie de la population.
Mais Kamanga a vigoureusement demandé pourquoi tout le monde accusait son parti d’être responsable des incendies. “Le gouvernement dirigé par le DPP est en fait celui qui était à l’avant-garde veillant au développement d’une économie de marché”, a-t-il affirmé. “C'était le DPP qui était au premier rang veillant à ce que les commerçants aient un bon environnement dans lequel faire des affaires. Comment pourrions-nous détruire quelque chose dans lequel nous avons investi autant?”

