WASHINGTON, 26 sep (IPS) – Les manchettes des journaux la semaine dernière ont été saturées avec des manifestations contre la cherté des aliments, des taxes injustes et des mesures d'austérité non viables, avec une nette différence distinguant ces histoires des innombrables autres dans un évènement récent.
Les gens exigeant une réforme ne sont plus des Asiatiques, des Africains et des Latino-Américains marginalisés, mais des Européens pauvres de la classe ouvrière.
Pendant que des citoyens de l'Europe occidentale – en particulier au Portugal, en Italie, en Grèce et en Espagne – inondent les rues de leur pays autrefois stables, exigeant la fin des coupes dans l'éducation publique, les soins de santé, les programmes pour la jeunesse et les subventions au logement, la grande question à la convergence annuelle d’automne des Institutions de Bretton Woods est: “Qui règlera la crise imminente en Europe?” Rana Foroohar a écrit dans 'Time Magazine' le mois dernier: “Alors que la crise semble être le problème de l'Europe, si elle entraîne une rupture de la zone euro ou une série d'amortissements de la croissance des renflouements coûteux, elle résonnera de Beijing à Boston et vice-versa”.
“L'Europe est le plus gros partenaire commercial de la Chine. Si elle cesse d'acheter nos produits, tout le monde souffrira. En attendant, une dissolution de l'union rendrait les nations, de l'Asie en Amérique latine, qui détiennent l'euro comme monnaie de réserve, beaucoup plus faibles”, a-t-elle ajouté.
Peu s’étonnent ensuite que les marchés émergents – le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, ou BRICS – aient occupé le devant de la scène lors des réunions de la Banque mondiale/Fonds monétaire international (FMI) à Washington la semaine dernière, discutant de tout, de la possibilité d'investissement dans les obligations souveraines de la zone euro en difficulté, à la création d'emplois locaux.
Le BRICS possède en gros 4,3 trillions de dollars de réserves en espèces, avec la Chine détenant les trois-quarts de la cagnotte, en grande partie en euros.
Suite au “Crash Lehman” et à la crise financière en 2008, les pays du BRIC ont connu la plus forte reprise, avec l'Inde et l'Amérique latine recommençant la vie avec une résistance surprenante aux vagues de choc.
Le résultat a été un changement des rapports de forces au sein de l'arène économique orientée de plus en plus vers les économies émergentes, qui représenteront probablement 60 pour cent de la croissance économique mondiale en 2014.
Un communiqué publié après une réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du BRICS exprimait jeudi (22 septembre) un avertissement sévère au monde développé “d'adopter des politiques macroéconomiques et financières responsables, d’éviter de créer trop de liquidité dans le monde et d’entreprendre des réformes structurelles pour stimuler la croissance”.
Compte tenu du fait que presque tous les pays de la zone euro ont bafoué les trois pour cent de limite du déficit budgétaire annuel et les 60 pour cent du ratio dette par rapport au produit intérieur brut, la préoccupation du BRICS semble être bien fondée.
“Le BRICS est ouvert pour envisager, si nécessaire, fournir un appui à travers le FMI ou d'autres IFI (Institutions financières internationales) afin de relever les défis actuels de la stabilité financière mondiale, suivant les circonstances de chaque pays”, indiquait le communiqué, sans préciser les chiffres ou plans pour de telles actions.
“Ce que chacun doit constater est que nous, en tant que groupe de nations, sommes confrontés à une énorme demande pour des ressources au niveau local, en particulier dans le domaine de la (réduction de la pauvreté)”, a déclaré jeudi à la presse, D. Subbarao, gouverneur de la Banque centrale de l’Inde.
“Cela entraîne beaucoup de tension incroyable entre l'allocation de l'argent aux institutions multilatérales pour l’amour de la stabilité mondiale et la réalisation de la stabilité au niveau national”, a-t-il ajouté.
En effet, la publication mercredi (21 septembre) d'un rapport par la banque appelant à davantage de meilleurs emplois en Asie du sud prédisait que cette région, qui abrite un demi-milliard de personnes pauvres, devra créer 1,2 million d'emplois chaque mois au cours des 20 prochaines années, ce qui équivaut à environ 40 pour cent d'augmentation de la population active mondiale, afin d’éviter l'extrême pauvreté et le chômage.
“La plupart d'entre nous sont des démocraties, nous sommes donc contraints par les processus démocratiques par rapport à quand et combien est donné au (groupe mondial) en termes de réserves monétaires”, a ajouté Subbarao à la conférence de presse, une référence vraisemblable à la Chine comme l'un des seuls acteurs économiques capables d'agir en dehors de la volonté de la majorité de son peuple.
Plusieurs économistes ont fait écho de ce point de vue, modérant la spéculation des médias selon laquelle le BRICS “sauvera la mise”.
“Lorsque les gens parlent du BRICS, ils veulent réellement dire la Chine, et dans une moindre mesure l'Inde et le Brésil”, a déclaré à IPS, Omar Dahi, professeur d'économie du développement à l’Université de Hampshire.
“Cependant, bien que (ces pays) aient le poids nécessaire pour être entendus sur la politique internationale ainsi que pour refuser les impositions de Quad (Etats-Unis, Union européenne, Canada et Japon), ils n’ont pas encore la capacité de remodeler la politique économique internationale et certainement pas de celle de sortir l'Europe ou les Etats Unis de leur marasme”.
“Le BRICS ne pense ou ne parle pas à l'unisson” a affirmé à IPS, Susan Schadler, une chercheuse en visite au 'Centre for International Governance Innovation' (Centre d’innovation pour la gouvernance internationale – CIGI) et ancienne directrice adjointe du département Europe du FMI.
Des inégalités persistantes L'opinion dominante de la coopération Sud-Sud indique qu'un “changement des rapports de forces” mettra quelque peu un terme à l'héritage de l'hégémonie économique en affaiblissant désormais les superpuissances.
Mais, les discussions entre le BRICS la semaine dernière ont remis en cause cette hypothèse.
Luo Xiaopeng, un économiste chinois, a déclaré au début de la semaine dernière: “Après tant d'années d'humiliation (de la part de l'Europe), ils (s’agenouillent aujourd’hui) pour nous implorer et vous ne pouvez pas sous-estimer la satisfaction et la joie que des politiciens chinois ressentent (pour cela)”.

