MONTREAL, 14 sep (IPS) – Durban ne doit pas être le lieu de sépulture pour le Protocole de Kyoto, déclare Kumi Naidoo, directeur exécutif de 'Greenpeace International', par rapport à ses attentes de la 17ème Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 17) prévue dans sa ville natale en Afrique du Sud vers la fin de cette année.
“Les stars ne se sont pas alignées pour obtenir un traité juridiquement contraignant. Ce que nous devons faire alors, c’est de nous rapprocher du traité juridiquement contraignant comme nous le pouvons”, déclare Naidoo.
Pour Naidoo, un ancien activiste anti-apartheid qui a pris les rênes de Greenpeace en 2009, un traité juridiquement contraignant, le soutien pour les agricultrices en Afrique et la protection des forêts du continent figurent sur sa liste de conditions pour la COP 17, qui peut décider du sort du Protocole de Kyoto. Ce protocole, qui arrive à terme en 2012, fixe des objectifs contraignants pour 37 pays industrialisés et la communauté européenne de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Naidoo a récemment rencontré le ministre sud-africain des Relations internationales et de la Coopération, Maite Nkoana-Mashabane. Elle est également la prochaine présidente de la COP 17.
L’Afrique du Sud rencontre les ministres africains en vue de présenter un front uni lors de cette réunion internationale à la fin novembre.
Dans un entretien avec IPS au cours de l'Assemblée mondiale CIVICUS 2011, Naidoo a affirmé que bien que l'Afrique recherche également un traité contraignant, elle sera également enthousiaste à expliquer comment les questions d'adaptation et d'atténuation des changements climatiques et seront traitées.
Q: Quelles sont les chances que nous voyions un traité juridiquement contraignant sortir de la COP 17? R: Le bilan en matière de conformité par rapport aux sommets de l'ONU est tellement dérisoire qu'il est pathétique. Nous avons besoin d'un traité équitable, ambitieux et contraignant. Par équitable, nous voulons dire qu'il devrait exprimer une responsabilité commune et différenciée, qui veut que les pays développés portent la culpabilité en termes des crises dans lesquelles nous nous trouvons.
Cela devrait se refléter dans la volonté des nations riches à payer leur dette climatique pour aider les pays pauvres à pouvoir s'adapter et atténuer les impacts des changements climatiques catastrophiques.
Nous avons besoin d’un niveau d'ambition qui est égal à ce qu’il nous faut selon la science. La science nous dit que les nations développées doivent rechercher entre 25 et 40 pour cent en termes d'objectifs d'émission et très peu de pays sont proches de cela.
Etant donné la position des Etats-Unis, et le fait que des pays comme la Russie, le Canada et le Japon tentent de tuer le Traité de Kyoto, je pense que les stars ne se sont pas alignées pour obtenir un traité juridiquement contraignant. Ce que nous devons faire alors, c’est de nous rapprocher du traité juridiquement contraignant comme nous le pouvons.
Si les Etats-Unis sont la seule nation qui bloque, nous devons trouver un moyen par lequel nous pouvons aller de l'avant avec une pression sur les Américains pour élaborer une législation nationale et fournir des équivalents aux engagements pris par d’autres nations afin que nous passions à la tâche sérieuse de l'action, et non de négocier seulement.
L'Afrique est très enthousiaste à faire en sorte que Kyoto survive; nous voulons que la deuxième période d'engagement soit acceptée. Durban ne devrait pas être le lieu de sépulture pour Kyoto. S’il s'effondre, mon sentiment est que l'ensemble de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques s'effondrera.
Q: Les précédentes réunions sur la COP ont conduit à la création du Fonds vert pour le climat afin d’appuyer l'atténuation, l'adaptation, la technologie et le renforcement des capacités pour faire face aux changements climatiques. La décision de placer le fonds à la Banque mondiale a été controversée, quelles sont les autres façons de gérer le fonds? R: Il existe une tension provenant de la (COP 16 de l’année dernière) à Cancun sur le rôle que la Banque mondiale jouera dans le fonds. Le compromis est que la Banque mondiale (BM) lancera le fonds et finalement il évoluera en dehors de la banque. Je pense que beaucoup de pays africains, sur la base de leur expérience avec les mécanismes de financement de la BM, ont beaucoup de réserves à ce sujet et cela est totalement compréhensible et est largement partagé par la société civile.
Il est logique que le fonds soit régi d'une manière qui n'est pas considérée comme étant disproportionnellement dominée par la Banque mondiale, parce que dire qu'il est dominé par la Banque mondiale est une autre façon d’affirmer qu'il est disproportionnellement influencé par les pays riches qui dominent sa gouvernance institutionnelle.
Il y a une gamme d'autres mécanismes possibles… et un organisme d'expérience aujourd'hui dans le financement du VIH, comme le Fonds mondial de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme et d'autres fonds verticaux. Ce n'est pas sorcier.

