MAURITANIE: Des efforts encore pour l’agriculture irriguée

NOUAKCHOTT, 25 août (IPS) – Le gouvernement de la Mauritanie s’oriente, pour la première fois, vers de nouvelles approches agricoles, notamment l’insertion des diplômés chômeurs dans la culture irriguée et l’introduction de la culture du blé pour lutter contre l’insécurité alimentaire.

Ces innovations interviennent après une phase précédente centrée, dans les années 1990, sur l’encadrement des paysans, la mobilisation d’équipements lourds en faveur des grands aménagements et la garantie d’un écoulement avantageux des produits des paysans à travers des prix d’achat intéressants.

La saison agricole 2011-2012 a vu la distribution de 1.500 hectares, dans la plaine de M’Pourié, non loin de la ville de Rosso, sur la rive du fleuve Sénégal, dans le sud de la Mauritanie, au profit de 125 diplômés chômeurs qui ont préalablement suivi une formation initiale en techniques culturales. Les pouvoirs publics ont aussi programmé l’introduction du blé dans les champs mauritaniens, dans six des 13 régions du pays. En outre, le gouvernement a programmé une extension des superficies emblavées qui doivent passer, cette année, 30.000 hectares alors que, l’année passée, elles ne dépassaient guère 20.000 hectares dont 3.700 pour la riziculture. Ces nouvelles superficies seront exploitées pour les cultures de blé, de légumes et de fruits en fonction des caractéristiques des sols.

Autres nouveautés: des préparatifs étaient intenses en mars 2011 dans les services du crédit agricole, de la vulgarisation, du réseau hydrographique, et de la lutte contre les ennemis des cultures aussi bien à Nouakchott, la capitale qu’à Rosso et dans d’autres localités. Sous la pression de l’insécurité alimentaire et de l’enchérissement des denrées essentielles (riz, blé, sucre), l’Etat semble être déterminé à rattraper le retard accusé. Mais, dans les champs qui sont au stade des semis et de labour, dans les régions de Trarza, Brakna et Gorgol, dans le sud de la Mauritanie, tout ne se passe pas comme le souhaiteraient les producteurs agricoles.

Mohamed El Ghaly Ould Maayouf, qui exploite un grand périmètre sur la route Rosso-Boghé (sud du pays), estime que le coût pour l’exploitation est élevé (environ 1.300 dollars) pour un hectare de riziculture, se plaignant en particulier des frais exorbitants de main-d’œuvre, de carburant et de transport. Maayouf se dit également préoccupé par les aléas climatiques et les prédateurs. Il se plaint notamment des typhas (plantes envahissantes) qui bloquent les canaux d’irrigation. Il indique qu’avec une bonne protection contre les granivores (oiseaux et rats) et les typhas, son rendement peut atteindre quatre tonnes à l’hectare de riz. Ce seuil, dit-il, «me permet juste de récupérer mes dépenses», ajoutant que c’est au-delà de quatre tonnes que son activité pourrait générer de bénéfice.

Rabia Mint Zeidane, une diplômée en sciences économiques au chômage, gère son périmètre de 10 hectares non loin de Rosso, qu’elle exploite depuis mai 2011. Elle se dit déterminée à «réussir dans ce domaine traditionnellement réservé aux hommes». Sous le soleil et loin de la famille et des amis, elle passe la journée avec ses deux ouvriers, occupés à curer les canaux d’irrigation pour faciliter la mise en eau des terres de riziculture. Mint Zeidane a déclaré à IPS que, comme ses collègues, elle a bénéficié d’une formation agricole initiale, obtenu un lopin de terre aménagé, une subvention de 1.430 dollars environ et deux vaches laitières. Salem Merrakchi, l’ingénieur agronome qui supervise la culture du blé, affirme que de bons résultats sont attendus pour les périmètres ayant respecté les procédés techniques. Il déclare s’attendre à une production de plus de 3.840 tonnes de blé sur 1.882 hectares, mais souligne que certaines régions se sont avérées inappropriées pour cette spéculation. «Certaines difficultés liées à la méconnaissance du blé, à la divagation des animaux, au retard dans la préparation des périmètres et à l’absence d’herbicides sélectifs sur le marché mauritanien, entravent cette expérience», explique-t-il à IPS.

Niang Samba Demba, président du Groupement des coopératives du périmètre pilote du Gorgol 2, déclare que la culture irriguée n’avait pas été bien préparée et que beaucoup de paysans l’avaient abandonné dans les années 1990 à cause des pertes liées aux prédateurs, à la faiblesse des techniques de décorticage du riz et aux aléas climatiques qui détruisent les champs. Et les agriculteurs restaient endettés auprès du Crédit agricole, ce qui les rendait inéligibles pour tout nouveau prêt. Demba ajoute: «Cette fois, nous n’avons pas droit à l’échec, les moyens sont disponibles et il y a la volonté au plus haut niveau. C’est une question de survie et d’indépendance céréalière». Les paysans ont maintenant l’eau, les tracteurs, les moissonneuses batteuses, les semences améliorées, les engrais de bonne qualité et l’encadrement technique.

Toutefois, Daouda N’Diaye, qui exploite un périmètre à Boghé, déplore le nombre limité de tracteurs pour le labour et plaide pour trois saisons agricoles: une saison hivernale (pendant les pluies), une contre-saison chaude, et une contre-saison froide.

Pour sa part, Alioune Awbek, un paysan du Trarza, demande la réactivation du Fonds des catastrophes pour soutenir les producteurs qui s'exposent aux aléas naturels en pleine campagne. Bettar Ould El Bou, directeur du Crédit agricole, indique que son institution a accordé, pendant dix ans, plus de 43,3 millions de dollars de prêts. Mais non seulement une bonne partie des prêts n’est pas investie dans l’agriculture, mais encore à peine 30 pour cent sont remboursés au crédit agricole. L’institution a effectué une réforme pour mieux surveiller l’usage réel des prêts.