AFRIQUE DE L’EST: Des enfants abandonnés meurent, leurs mères aussi

NAIROBI, 29 juil (IPS) – Sur la route située à la frontière entre le Kenya et la Somalie, reposent des cadavres d’enfants qui ont succombé à la famine et aux difficultés de faire le voyage depuis leurs villages frappés par la sécheresse jusqu’au Kenya.

Et c'est l'histoire de ces enfants qui meurent avant Dobley, une ville dans le sud de la Somalie – qui est la dernière ville frontalière avant d’entrer au Kenya -, qui reste à raconter, déclarent des agents humanitaires.

Ahmed Khalif – qui travaille pour une organisation non gouvernementale locale au Kenya et traverse régulièrement la frontière entre ces deux pays pour aider les gens en Somalie – affirme avoir vu les corps de nombreux enfants au bord de la route.

“Je suis un habitué de la route située sur la frontière entre le Kenya et la Somalie; toute personne qui a emprunté cette voie racontera des histoires horribles de cadavres, essentiellement d’enfants.

“Leurs mères meurent aussi. Ce n'est pas une mère impitoyable qui laisse un enfant derrière, mais une mère qui veut survivre pour l'amour de vivre”, atteste Khalif.

Il affirme qu'il voit des foules de personnes, essentiellement des femmes et des enfants, tentant de traverser la frontière vers le Kenya. Mais lorsque les enfants deviennent trop faibles pour ne plus marcher, ils tombent simplement au bord de la route alors que leurs mères et leurs parents, à moitié morts de faim, continuent la marche dans un effort pour atteindre la frontière et dans l’espoir de trouver une aide.

“C'est une image choquante de voir (des enfants) sur le point de mourir, leur peau distendue à cause d’une extrême déshydratation, leur ossature trop petite pour leur taille, les lèvres sèches. Ils ne parlent pas; ils sont couchés là simplement”.

Ces enfants qui meurent en chemin ne sont pas enterrés.

“Qui a la force supplémentaire pour le faire? Ceux qui continuent le chemin sont très faibles aussi; ils continuent d’aller vers le camp simplement; c'est là où ils sont enterrés, lorsqu’ils y meurent”, indique Khalif, ajoutant que Dadaab dispose d’un cimetière de fortune.

Les enfants somaliens qui ont survécu et sont arrivés au camp de réfugiés de Dadaab, au Kenya, l’ont fait après avoir enduré des niveaux inimaginables de souffrance, marchant pendant au moins 10 jours dans une chaleur intense, à travers de vagues terrains pleins d'hyènes, pour atteindre le camp.

“Al Shabaab (le groupe extrémiste qui contrôle une grande partie du sud de la Somalie) continue de rendre difficile aux gens l’accès au Kenya en passant par Dobley, la dernière ville frontalière en Somalie, inaccessible aux Somaliens qui viennent des régions contrôlées par Al Shabaab”, souligne Khalif.

Cela, en dépit du fait que la ville est désormais contrôlée par les forces gouvernementales somaliennes, qui l’ont arrachée à Al Shabaab il y a trois mois.

Alors, au lieu de marcher sur 15 kilomètres de Dobley au Kenya, bon nombre sont obligés d’emprunter une route qui contourne la ville et marchent pendant quatre à neuf jours pour atteindre la frontière.

Mais cette route plus longue est dangereuse. Des bandits errants violent les femmes et volent les maigres affaires de celles qui essaient de trouver de l'aide.

Mais à Dadaab, qui est maintenant devenu le plus grand camp de réfugiés au monde avec plus de 380.000 personnes, la vie est toujours difficile, en particulier pour les enfants. Chaque jour, quatre enfants meurent, alors que près de 1.300 Somaliens, fuyant la sécheresse, continuent d'arriver tous les jours. Selon les agences des Nations Unies, plus de 300 millions de dollars sont nécessaires sur six mois pour aider à sauver les enfants touchés par la sécheresse.

“Les enfants sont trop petits, trop légers pour leur âge. Leur condition a dépassé le taux mondial de malnutrition aiguë. Cette sécheresse est en train d’anéantir les progrès réalisés dans la réduction de la mortalité infantile”, explique Oliver Yambi, le représentant du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) au Kenya.

Yambi ajoute que les agences de l'ONU rencontrent maintenant des niveaux de malnutrition atteignant 35 pour cent, une forme sévère de malnutrition caractérisée par une perte extrême de poids et des enfants ayant une ossature très petite pour leur âge.

L'Organisation mondiale de la santé a fixé un seuil de 15 pour cent par rapport auquel se mesure le degré de malnutrition. Tout résultat au-delà de la barre des 15 pour cent indique un état avancé de malnutrition aiguë et les enfants à ce stade survivent rarement. Ils sont 10 fois plus susceptibles de mourir avant l'âge de cinq ans.

Selon l'UNICEF, le nombre d'enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition aiguë en Somalie est passé de 476.000 en janvier à 554.550 en juillet.