NAMIBIE: Les femmes disposées à réduire l’impact du gaz à effet de serre

WINDHOEK, 21 juil (IPS) – Un programme d'entreprenariat réussi dans le nord de la Namibie, qui insuffle des pratiques agricoles par un environnementalisme sensible au genre, peut servir de modèle pour d'autres pays sur le continent africain.

“Les femmes rurales en Afrique sont accablées par la recherche des besoins du ménage. Elles sont agricultrices, labourent les champs, font la cuisine et essaient de mettre de côté un modeste revenu en espèces”, déclare Marie Johansson, la directrice de l’organisation non gouvernementale 'Creative Entrepreneur Solutions' (Solutions d’entrepreneur créatif – CES) à Ondangwa, dans le nord de la Namibie, en Afrique australe.

“Vous voyez une femme assise dans une station-service en train de vendre du pain et cela paraît un bon moyen de gagner un revenu. Mais les profils de pauvreté montrent qu'elle se lève à trois heures du matin pour préparer la pâte, ensuite elle fait le petit-déjeuner, cuit le pain, puis travaille au champ pendant deux heures, avant de parcourir à pied les 10 kilomètres pour se rendre à la station-service”. Pour les femmes déjà enfermées dans une existence très difficile, les inondations, les sécheresses et l’augmentation des températures sont des invitées indésirables qui affectent les récoltes et leur capacité à pourvoir aux besoins du ménage.

Johansson affirme: “Les hommes n’ont pas le plus souvent ce cycle vicieux de travailler et dormir; alors ils ont tendance à accorder moins d'attention aux discussions sur les questions foncières au cours des ateliers sur l’adaptation aux changements climatiques. Mais les femmes diront que la première chose qu'elles veulent faire, c’est de sécuriser la production des aliments de base pour le ménage, quoiqu’il arrive.

“Une femme a tendance à s'intéresser aux sujets comme l'agriculture de conservation et l'irrigation au goutte-à-goutte parce que selon elle, il est essentiel d'obtenir autant de nourriture que possible de sa terre. 'Comment puis-je planifier ma ferme avec ces inondations? Devrais-je peut-être diversifier pour produire du riz?' Telles sont les questions qu'elles se posent”.

Avec une poignée d'autres femmes, Johansson a créé la CES en 2007. Elle a aidé les femmes pauvres dans les bidonvilles à renforcer leurs petites entreprises informelles, ou à en commencer d’autres.

En 2009, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) s’est approché de la CES pour introduire un programme d'adaptation communautaire dans 20 communautés, dans cinq provinces en Namibie. Le programme a été extrêmement une réussite.

“Notre approche marche parce qu’elle part de la base. Si les donateurs se retirent demain, elle marchera toujours. La plupart des programmes financés par des donateurs ou initiés par le gouvernement échouent parce qu'ils ne demandent pas aux populations ce qu'elles veulent et ne créent aucun sens d’appropriation”.

La CES a plutôt créé des groupes d'entraide sur le modèle des initiatives en Inde. Les communautés s'organisent en coopératives pour aborder les questions des changements climatiques, ou constituer une épargne en vue de créer des entreprises commerciales.

“Notre approche est double”, explique Johansson. “Oui, nous voulons améliorer la sécurité alimentaire, mais s'il y a une opportunité pour créer une entreprise en même temps, pourquoi pas? Nous sommes disposées à aider les gens qui aspirent à devenir entrepreneurs à mettre leurs idées en pratique”.

Ainsi, les femmes s'engagent dans le labour de conservation et dans des méthodes d'irrigation améliorées pour leurs cultures en terre sèche et, chemin faisant, commencent à cultiver autrement.

“Aujourd'hui, les femmes cultivent différentes plantes qui sont mieux adaptées aux différentes conditions climatiques ou qui sont plus demandées sur le marché; ou elles se tournent vers l'aquaculture. Les changements climatiques créent également des possibilités”, souligne Johansson. “Les dernières inondations ont vraiment ouvert les yeux des gens sur la pisciculture et ils installent désormais des étangs et des barrages. Ils ont aussi commencé à utiliser des fourneaux efficaces en énergie et ils pratiquent la collecte de l'eau”.

Des programmes comme celui-ci peuvent-ils avoir un effet répandu dans la région d'Afrique australe? “Je le crois”, affirme Martha Mwandingi, la directrice de l'énergie et de l'environnement pour le PNUD en Namibie. Mwandingi supervise plusieurs grands programmes relatifs à l'adaptation aux changements climatiques, à la biodiversité et à la gestion des écosystèmes, y compris le projet dirigé par la CES.

“Les pays peuvent adapter des projets et les élaborer selon leurs propres circonstances. Ou bien des idées peuvent être utilisées immédiatement, telles que les kits d’informations sur les changements climatiques que nous avons développés pour les communautés”.

“Les changements climatiques affectent le plus lourdement les femmes en raison des multiples rôles qu'elles jouent dans un foyer, agricultrices, pourvoyeuses et gestionnaires des ressources nationales du pays”, affirme Mwandingi.

“Les changements climatiques compliquent le fardeau des femmes à cause de la perpétuation des rôles discriminatoires spécifiques au sexe. Partout dans le monde, le réchauffement de la planète affecte les populations, mais particulièrement les plus vulnérables. Les femmes font partie de ce groupe”.

Mwandingi pense qu’il faut plus de recherche sur l'implication des femmes dans le processus de prise de décisions sur les changements climatiques. “Il pourrait y avoir un vide. Je serais ravie de voir des études sur ce sujet. Combien de femmes siègent-elles au sein de la Commission nationale sur les changements climatiques de la Namibie, par exemple? Ou combien de femmes font-elles partie des délégations aux négociations sur le climat et des comités techniques subsidiaires?”