JUBA, 12 juil (IPS) – Les violences faites aux femmes sont endémiques, dévastatrices et tolérées au Soudan du Sud et ce nouveau pays a besoin d’aborder ces violations flagrantes des droits humains et de former les gens, spécialement les soldats, au respect des droits des femmes, déclarent les activistes des droits de l’Homme.
“J'ai travaillé avec beaucoup de femmes et filles qui ont été maltraitées. Elles sont battues par leurs maris, violées par les soldats rebelles et elles souffrent en silence”, déclare Loise Joël, une militante des droits humains, qui dirige l’organisation non gouvernementale 'Human Rights for the Vulnerable' (Droits humains pour les personnes vulnérables), dans l’Etat de Equatoria-Central, au Soudan du Sud.
Dans une guerre civile qui a duré plus de 21 ans, les femmes et les jeunes filles ont été victimes des pires violations des droits humains. Et comme le Soudan du Sud et le monde ont célébré la naissance d'une nouvelle nation, il incombe au nouveau gouvernement de s’attaquer rapidement aux violations flagrantes des droits humains afin de cultiver l'espoir parmi les rescapées.
“Les violences contre les femmes et les filles sont omniprésentes, dévastatrices, et constituent un problème toléré au Soudan, un héritage de la guerre civile brutale au Soudan, au cours de laquelle elles étaient courantes. Puisque les violences augmentent dans la région, il en sera de même pour les viols et les abus sexuels, pourtant l’aide aux victimes et les services de prévention sont très rares”, affirme Susan Purdin, qui supervise les programmes de 'International Rescue Committee' (Comité international de secours – IRC) au Soudan du Sud.
De violents conflits continuent de faire rage entre le Soudan du Nord et le Soudan du Sud, dans les Etats frontaliers contestés du Sud-Kordofan et d'Abyei. Mais il existe également des menaces internes à la sécurité des femmes et des filles au Soudan du Sud, notamment les combats ethniques et tribaux, et même l'armée du Soudan du Sud, qui est connue pour son utilisation de la force excessive pour anéantir des rebelles.
“Le Soudan du Sud est en train de naître dans la crise. L’intensification des violences entraîne de nouveaux déplacements, menace la vie des civils vulnérables et entrave l'accès aux communautés dans le besoin alors que l’urgence humanitaire existante s'aggrave”, explique Purdin.
Anim Yei avait été enlevée par des soldats rebelles et forcée de vivre dans la brousse pendant deux ans pendant que les soldats la violaient à plusieurs reprises avant qu'elle ne se soit évadée. Elle affirme que le gouvernement devrait créer un tribunal pour recueillir des informations sur la portée des violations des droits humains contre les femmes et punir les auteurs.
“C’est déshumanisant de parler de ce qui m'est arrivé et à d'autres personnes, qui sont victimes de violences dans notre pays. Le gouvernement devrait mettre en place une commission où la sécurité des victimes est garantie afin que nous puissions parler sans craindre pour nos vies”, indique Yei.
Yei n'est pas la seule. Parmi les nombreuses femmes avec lesquelles Joël a travaillé, la plupart craignent pour leur vie et ne dénoncent pas les mauvais traitements.
“Elles n'ont aucune possibilité pour en parler puisqu’elles craignent d’autres violences de la part de leurs maris ou des soldats. La société aussi les méprise. On doit leur enseigner qu’il s’agit des violations des droits humains et que des tribunaux existent pour poursuivre les auteurs”, souligne Joël.
Un rapport publié par 'Leora Ward' de l’Unité technique de l'IRC pour la protection et l'autonomisation des femmes, a constaté que les violences faites aux femmes sont très répandues au Soudan du Sud et que la plupart des victimes souffrent en silence. Près de 52 pour cent des victimes de violences ne dénoncent pas les crimes. Les violences psychologiques sont les plus signalées à 31 pour cent, suivies des violences physiques à 29 pour cent.
Selon le rapport, les violences faites aux femmes sont également dues aux affrontements tribaux et au vol de bétail.
“Dans le passé, des affrontements tribaux dans la région de (Lakes State – l'Etat des Lacs) ont entraîné l'incendie des villages, le déplacement des familles, le viol et des bastonnades. Le meurtre de femmes et d'enfants peut entraîner des représailles plus grandes et davantage de morts”, affirme Ward.
Elle ajoute que les violences faites aux femmes se sont intensifiées maintenant. “Les femmes ont souligné que la hausse de la dot a entraîné de grandes violences faites aux femmes”, souligne Ward.
Ward explique que les hommes qui sont incapables de payer une forte dot peuvent violer les femmes afin de les marier. Elle dit que les hommes ne sont pas aussi contents de payer une grosse dot et traitent par conséquent leurs femmes comme une propriété et peuvent les battre de colère et de ressentiment.
Le rapport de l’IRC indique que les problèmes de sécurité identifiés par les femmes dans la région des Lacs comprennent les violences économiques, le mariage précoce ou forcé, le viol conjugal, les violences sexuelles, le vol de bétail et les affrontements tribaux. Cette recherche note qu'il y a un manque total de services de santé disponibles pour les victimes et les centres de santé ne peuvent pas répondre correctement aux viols, aux grossesses non désirées, aux infections sexuellement transmissibles et au VIH.
Purdin estime que le gouvernement devrait prévenir, dissuader et réagir aux violences et menaces faites aux femmes.
“Il devrait exister des lois spécifiques à l’égalité des sexes, protégeant les femmes et les filles. L'éducation des femmes et des filles doit être une priorité afin qu'elle puisse faire partie du développement économique et communautaire qui s’opère dans le nouveau Soudan du Sud. L’accès à l'éducation pour les femmes et les filles corrigera l'inégalité de pouvoir ou le déséquilibre entre femmes et hommes”, souligne Purdin.

