NOUAKCHOTT, 23 juin (IPS) – Depuis cinq ans, des habitants de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, voient les eaux souterraines jaillir du sol pour envahir leurs domiciles, dans certains quartiers, et transformer leur environnement en zones marécageuses inhabitables.
En 2007, des inondations limitées étaient constatées dans certains endroits, notamment pendant l’hivernage, avant de prendre la forme d’une catastrophe naturelle en 2011, suite au pompage des eaux drainées à partir du fleuve Sénégal, à l’accroissement de la nappe phréatique à cause de la montée de l’océan Atlantique et de l’absence d’assainissement.
En janvier 2011, les eaux ont commencé à envahir plusieurs quartiers comme Socogim PS, Bagdad, Sebkha et Las Palmas, où la grogne prend forme, avant de prendre de l’ampleur en avril. Contraints à l’exode, ces habitants réclament, sans grand succès jusqu’ici, des indemnisations à l’Etat et aux sociétés immobilières qui avaient, au départ, viabilisé les sites aujourd’hui inondés. Cette dimension sociale du problème a amené le président mauritanien Mohamed Abdelaziz à visiter les sites en avril 2011 et à créer, le même jour, un comité interministériel pour se pencher sur la question. Mais le comité n’a pas encore livré ses propositions de solutions aux conséquences environnementales et sociales du problème. Les avis sont partagés sur la question de savoir si Nouakchott pourra résister à ce phénomène. Experts en environnement, en urbanisme et en assainissement l’expliquent différemment alors que les organisations non gouvernementales (ONG), les agents immobiliers et les victimes des inondations ont, eux aussi, leurs propres approches. L’Etat croit à une solution à travers le Programme spécial de sauvegarde de la ville (PSPVN), financé pour quelque huit millions de dollars, et qui comprend une composante littorale et végétale.
Le coordinateur du PSPVN, Bamody Diakité, met d’abord en cause les quelque 120.000 mètres cubes d’eaux drainées à partir du fleuve Sénégal pour être traitées avant d’alimenter Nouakchott, mais dont une bonne partie se perd par terre à cause de la vétusté des conduites d’eau. Il dénonce ensuite l’absence de réseaux d’assainissement, affirmant que ces facteurs accentuent le phénomène de la montée des eaux vers la ville. Moktar Kane, un retraité victime, se plaint: «J’ai dépensé 35 millions d’ouguiyas (environ 138.300 dollars US), contre un lot inondable. Mes voisins et moi, soit 476 familles, exigeons un assainissement pour évacuer les eaux usées et les eaux de ruissellement ou, à défaut, un dédommagement substantiel». Tout dédommagement est exclu, indique la société immobilière Iskan (qui signifie habitat en arabe). «Les lots attribués datent de 1982, la nappe était alors à deux mètres», réagit son directeur technique, Med Ali, ajoutant que «tout Nouakchott se trouve au dessus d’une nappe. Seul l’Etat peut trancher».
Pour sa part, Tabara Gaye, une veuve et propriétaire d’un logement à la SOCOGIM PS, réclame «une aide urgente à l’Etat avant l’hivernage afin de louer des citernes pour l’évacuation des eaux et pour couvrir les frais de remblai, en attendant la décision du comité interministériel». Gaye souhaite une solution permettant aux familles de rester sur ces lieux qu’elles ont occupés depuis trois décennies. Indignée par la réaction des agents immobiliers, elle déclare à IPS: «Mes collègues et moi sommes informés par Iskan qu’elle dégage toute responsabilité et que le contrat-location nous liant a déjà expiré».
«Nous croyons aux engagements du président (Abdelaziz) de trouver un règlement à cette question. Hier (20 juin 2011) seulement, la maison de mon voisin s’est effondrée. Ce sont des dommages économiques considérables, voire des risques de dégâts humains», ajoute-t-elle.
Le responsable du projet adaptation aux changements climatiques et côtiers en Afrique de l’ouest, Dr Marico Demba, affirme que «des quartiers, situés en dessous du niveau de la mer, sont bâtis sur une nappe marine», estimant que l’adaptation aux changements climatiques nécessite des moyens dont le pays ne dispose pas.
Le directeur du contrôle environnemental, Ould Lefdal, confirme cette opinion, soulignant que la ville de Nouakchott «se situe dans une dépression de 0,5 à un mètre en dessous du niveau de la mer». Il ajoute que «la mer avance vers la ville à raison de 25 mètres par an». De son côté, le directeur de l’Office d’assainissement, Houssein Jiddou, déclare que «La nature du site et l’état des constructions sont à l’origine de la situation».
Le président de l’Organisation mauritanienne pour le développement durable, Mohamed Chah, préconise un «déplacement des sinistrés», tandis que son collègue de l’ONG Action pour une gestion rationnelle de l’environnement, Banimou Tlayor, souligne que «le port a changé la morphologie du littoral et que toute élévation de la mer expose Nouakchott aux inondations». L’autre aspect de la menace des eaux s’explique par le poids de l’action de l’homme. A cet égard, Diakité, du PSPVN, dénonce «l’usage du sable marin pour la construction des bâtiments, qui a ouvert 18 brèches sur le cordon dunaire» sur la plage. Pour colmater ces brèches, plusieurs études ont été faites. «La plus réalisable, l’endiguement marin par le biais du dragage de la mer pour renforcer le cordon dunaire, fera prochainement l’objet d’un appel d’offres», selon Diakité. Il reconnaît la grave détérioration du milieu naturel près du Port de Nouakchott où «15 kilomètres du cordon ont été détruits par l’érosion éolienne et où une digue de protection est en cours de réalisation par des Chinois». Cette situation à grands risques, tardivement appréhendée par les acteurs concernés, préoccupe les habitants de Nouakchott qui s’inquiètent pour l’avenir de leur capitale. Mais en réalité, tout semble réellement dépendre de l’évolution du climat et du réchauffement de la planète, souligne Lefdal.

