ZIMBABWE: Des femmes rurales voteront avec leurs pieds

BULAWAYO, 4 juin (IPS) – A l'indépendance du Zimbabwe en 1980, Loyce Tshuma, 55 ans, une villageoise de la zone rurale de Tsholotsho, dans le 'Matabeleland North', était une croyante fidèle en politique comme un puissant vecteur pour changer et améliorer la vie. Depuis ce temps, elle n’a jamais manqué l’occasion de voter.

Mais aujourd’hui, avec les prochaines élections générales, Tshuma a perdu toute confiance dans le processus. “Tant de choses ont changé par rapport à ce que je croyais en la politique”, déclare Tshuma. “Il n'y a pas eu d'engagement à améliorer notre vie et certains pensent maintenant que les choses pourraient être meilleures si nous avions promu nos propres femmes pour nous diriger”, a-t-elle indiqué, exprimant une frustration générale qui a émergé au cours des entretiens de IPS avec certaines femmes rurales. Comme le pays se dirige vers des élections générales qui, selon le président Robert Mugabe, doivent être organisées en 2011, le sentiment dominant parmi les femmes rurales qui ont parlé à IPS est qu'il n'y a pas eu beaucoup d'amélioration de leur vie depuis l'indépendance. Au début de 2011, un audit réalisé par le 'Zimbabwe Election Network' (Réseau pour les élections au Zimbabwe – ZESN) a constaté que très peu de femmes (48 pour cent) ont été enregistrées en 2010 pour voter en 2011 puisque bon nombre – de même que des jeunes – avaient perdu l’intérêt à participer aux élections générales. Il demeure également une absence manifeste de leaders politiques féminins dans les régions rurales du pays. Des activistes estiment qu'il n'y a aucun signe que les femmes discutent les postes et sièges actuellement occupés par leurs homologues masculins malgré les engagements des partis politiques à assurer la parité entre les sexes au sein de leurs structures. Pendant que des partis politiques se sont engagés à élire des femmes à des postes d'influence conformément aux protocoles de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et d'autres cadres de politique multilatérale qui recherchent la parité de genre au parlement et dans le gouvernement, les prochaines élections offrent un test pour ces engagements. Les principaux partis politiques eux-mêmes ont du mal à respecter les engagements pour la parité de genre qu'ils se sont fixés, comme il a été constaté au récent congrès du Mouvement pour le changement démocratique (MDC). Ici, les postes élevés ont été dominés par les hommes. Sur 13 postes de direction, un seul a été gagné par une femme, Thokozani Khuphe, qui a été réélue vice-présidente du parti. Des militants pour l’égalité entre les sexes disent que l’Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique (ZANU-PF), l'ancien parti au pouvoir qui fait maintenant partie du gouvernement d'union nationale, n'a pas réussi non plus dans l'égalité de genre. Il y a seulement sept femmes ministres au Zimbabwe. “Les femmes ne sont toujours pas prises au sérieux même par les hommes politiques eux-mêmes”, a déclaré Tabitha Khumalo, une haute responsable du MDC. “Nous devons encore changer les attitudes parmi nous-mêmes avant que nous ne disputions les élections avec les hommes, et c’est seulement à ce moment que d'autres femmes, dont nous voulons qu’elles votent pour nous, nous prendront au sérieux”, a-t-elle expliqué. La 'Women in Politics Support Unit' (Unité d'appui des femmes en politique – WIPSU) dit que les statistiques sur la représentation des femmes au parlement “ont atteint neuf pour cent, la plus faible, et 22 pour cent en 2009, la plus forte – loin du minimum de 30 pour cent fixé par la Déclaration de 1997 de la SADC sur le genre et le développement, et encore plus loin de la réalisation du point de référence de 50 pour cent défini par le Protocole de la SADC sur le genre et le développement et le troisième Objectif du millénaire pour le développement”. Il est devenu une caractéristique reconnue de la politique locale où les femmes mettent les accoutrements du parti à l'effigie du président du parti, et c'est là où s’arrête leur participation active, comme en témoigne le nombre de femmes qui sont élues. “Les femmes rurales sont faciles à oublier par les politiciens dès que l'élection est terminée, puisqu’ils ont toutes les formes de communication avec les gens bloqués dans le monde parce que vivant dans des zones rurales”, affirme Josephine Ngulube, une activiste pour l’égalité de genre, basée à Bulawayo, dans le sud du pays. “Si le politicien ne peut pas aller vers elles, elles ne peuvent pas non plus aller vers lui. Le désenchantement à l'égard du processus électoral est compréhensible parce qu’il peut être prouvé qu'elles demeurent les plus pauvres dans ce pays touché par des années de difficultés économiques”, a dit Ngulube. Toutefois, c’est le mécontentement des femmes rurales telles que Tshuma qui pourrait être révélateur de l'état de la participation des femmes au vote et au leadership. La ZANU-PF de Mugabe a annoncé qu'il ciblera l'inscription des femmes avant le prochain scrutin puisque le parti affirme que son soutien est dans les zones rurales. Les femmes rurales ont été traditionnellement considérées comme un énorme électorat pour les partis politiques qui ont néanmoins continué de positionner les hommes pour les sièges au parlement et au sénat. Mais le changement des attitudes et des perceptions par rapport au vote lui-même, par les femmes rurales, du moins selon les derniers entretiens accordés à IPS et le rapport du ZESN, pourrait signifier que la campagne pour la parité entre les sexes, dans le gouvernement et au parlement, pourrait connaître un revers. “Nous avons vu dans le passé que les femmes ne soutiendraient généralement pas une autre femme, mais elles commencent à être politiquement instruites et disent qu'elles préfèreraient voter pour l'une d'entre elles à partir du type de leadership qu'elles ont reçu des hommes”, a déclaré Samukeliso Mthunzi, une chercheuse zimbabwéenne sur les relations entre les sexes, basée en Afrique du Sud. “Les attitudes doivent changer si les femmes veulent s'affirmer sur le marché des idées politiques, sinon nous verrons des électrices boycotter simplement les scrutins sans aucune solution à long terme à la raison pour laquelle elles sont restées loin en premier lieu”, souligne Mthunzi. Selon des agences telles que le Fonds international des Nations Unies pour le développement agricole, les femmes rurales en Afrique subsaharienne sont parmi les plus pauvres dans le monde puisqu’elles survivent en tant que petites agricultrices. C'est cette lamentable pauvreté, qui persiste malgré leur capacité à voter pour un changement, qui pourrait les voir refuser de participer aux scrutins, croit-elle.