DAKAR, 20 avr (IPS) – «Nous n’avons plus besoin d’aller à Hanène, une localité située à trois kilomètres, pour la vaccination ou le suivi de la progression de la croissance de nos enfants», se réjouit Maguette Niang, une maman de 40 ans que IPS a rencontrée à Keur Madaro, un village de l’ouest du Sénégal.
Un personnel affecté dans un bâtiment de deux à trois pièces appelé «case de santé communautaire» veille sur la santé de nombreuses personnes dans plusieurs villages sénégalais. Un projet quinquennal lancé en 2006 et baptisé Wër (la bonne santé, en langue wolof) est mis en œuvre conjointement par le ministère sénégalais de la Santé et de la Prévention, l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), les organisations non gouvernementales (ONG) Plan International, Child Fund, World Vision et Africare. Il s’agit pour ces partenaires d’équiper les cases de santé communautaire et les doter de médicaments, afin d’assurer des services de proximité et des soins primaires aux populations. «Ce projet a induit des changements positifs dans la mesure où les populations viennent de plus en plus demander des conseils ou se faire soigner dans les cases de santé. Les campagnes de sensibilisation que nous menons sur le paludisme, les infections respiratoires aiguës, le dépistage de la tuberculose, d’autres maladies, et la planification familiale sont régulièrement suivies par les populations», témoigne Djiby Faye, agent de santé communautaire (ASC) à Ndioukhane Sérère, à Thiès (ouest du pays). Grâce aux cases de santé, «il y a eu une nette amélioration des compétences des ASC en matière de traitement des infections respiratoires aiguës, du paludisme… On n’a plus besoin d’aller voir l’infirmier chef de poste pour guérir du paludisme, à moins qu’il ne s’agisse d’un cas grave», affirme Faye à IPS. Les médicaments antipaludéens sont gratuits, mais les populations payent pour les soins et d’autres médicaments, selon Faye. «Ce projet est en train d’améliorer la santé de la mère et de l'enfant. Il a permis de renforcer la couverture des programmes de santé dans notre communauté rurale, Notto (Thiès), par le recyclage et la formation d'agents de santé communautaire, l’équipement des cases de santé, la mise en place d'éducateurs communautaires de santé chargés d’appuyer les activités menées dans les cases de santé», déclare à IPS, Mamadou Lamine Niang, l’infirmier en chef du centre de santé de Hanène, qui couvre 23 villages dont celui de Keur Madaro. Cependant, l’absence de sages-femmes et d’infirmiers dans les cases de santé met en péril la santé mère-enfant, les accouchements à domicile ou dans ces cases étant interdits par les autorités sénégalaises qui les considèrent «dangereux», souligne Niang. Les populations se réjouissent de la proximité des services de santé grâce au projet Wër qui arrive cependant à terme en juin 2011, dans la région de Thiès. «Il y a quelques années, les populations étaient réticentes à la vaccination. Avec les causeries organisées par les cases de santé, les gens se préoccupent de plus en plus de leur santé», affirme Sophie Diouf, une habitante de Keur Madaro. «On dispense des soins immédiats. Les gens se font consulter et soigner sur place», confie Abdou Seck, superviseur du projet Wër dans la zone de Notto. Mais, «on ne peut pas dire que le projet Wër a atteint ses objectifs parce qu'il reste beaucoup à faire malgré les efforts fournis», constate l’infirmier Niang. Niang déplore «la recrudescence du paludisme faute de moustiquaires imprégnées, la lenteur du fonctionnement des cases de santé qui sont faiblement équipées, et la faiblesse des compétences des agents de santé communautaire qui sont peu motivés». En plus des campagnes de sensibilisation sur certaines maladies, le personnel – matrones, relais et éducateurs de santé – anime des causeries avec les femmes, pour vulgariser la planification familiale et assurer un bon suivi de la croissance de l’enfant. Mais, ces tâches sont assurées par des agents mal rémunérés. «Nous voulons que soient renforcées nos compétences. Nous ne sommes pas motivés et n’avons pour toute rémunération que les 10 à 20 pour cent des recettes tirées de la vente des médicaments», déplore Faye. Les agents de santé communautaire sont des volontaires et ne sont pas payés par le budget de l’Etat qui leur assure seulement une formation technique nécessaire pour les soins. «La mobilité des éducateurs communautaires est difficile faute de moyens de transport. L’efficacité de ce projet de santé communautaire est limitée, parce que les postes de santé qui coiffent les cases de santé sont laissés en rade», explique Niang. S'exprimant en son personnel, Dieynaba Niang, une éducatrice de santé communautaire travaillant pour l’ONG Plan International, regrette que les cases de santé ne soient pas encore dotées de personnel qualifié – infirmiers et sages-femmes – pour appuyer les accouchements.

